(Londres) De ses « commentaires racistes » à son image de populiste, le premier ministre britannique Boris Johnson n’a pas bonne presse dans l’entourage du président fraîchement élu Joe Biden, mais Londres compte sur son engagement pour le climat pour sauver sa « relation spéciale » avec les États-Unis.  

Jitendra JOSHI
Agence France-Presse

Toute l’ambivalence du président américain élu vis-à-vis de la Grande-Bretagne se résume en une vidéo, devenue virale après avoir été partagée samedi par un journaliste de la BBC : « La BBC ? Je suis Irlandais ! », y plaisante Biden, esquivant ainsi en janvier les questions d’un journaliste britannique.  

La réaction avait beau se vouloir humoristique, le ton était donné : Boris Johnson ne trouverait pas forcément un ami en la personne de Joe Biden, qui a depuis exprimé son mécontent après l’introduction d’un projet de loi controversé sur l’accord du Brexit.  

Revenant partiellement sur certaines dispositions concernant l’Irlande du Nord, ce texte fait craindre aux Démocrates un retour des tensions dans la province britannique, où trois décennies de « Troubles » avaient fait 3500 morts.  

Biden avait prévenu en septembre que le Royaume-Uni pouvait faire une croix sur tout accord commercial post-Brexit avec les États-Unis si l’Irlande du Nord devenait « une victime » de son divorce avec l’UE.  

Conclure un traité transatlantique ne sera de toute façon « pas un jeu d’enfant, quelle que soit (l’administration) américaine », a estimé dimanche dans une interview télévisée Boris Jonhson, jugeant qu’il avait tout de même « de bonnes chances » d’y parvenir.  

« Métamorphose flagorneuse »

Les tensions entre les deux dirigeants remontent à longtemps. Alors que Boris Johnson se rapprochait d’une victoire éclatante aux élections législatives de décembre dernier, celui qui était alors candidat à la Maison-Blanche l’avait qualifié avec mépris de « clone physique et émotionnel » de Donald Trump.  

Le dirigeant britannique se voit lui reprocher par certains démocrates ses commentaires provocateurs sur Barack Obama. En 2016, il avait en effet affirmé que le président américain de l’époque, dont Biden était vice-président, avait une aversion pour le Royaume-Uni en raison de ses origines « en partie kényanes ».  

Le conservateur essaye désormais de faire amende honorable et a été l’un des premiers dirigeants européens à féliciter Joe Biden pour sa victoire.  

« Les États-Unis sont nos alliés les plus importants et j’ai hâte de coopérer étroitement sur nos priorités communes », a-t-il tweeté. Des propos qualifiés de « métamorphose flagorneuse » par l’ex-assistant d’Obama Tommy Vietor, selon qui les Démocrates n’« oublieront jamais (ses) commentaires racistes sur Obama et (sa) dévotion servile à l’égard de Trump ».  

En termes politiques, le Royaume-Uni est pourtant bien plus proche de Joed Biden sur le changement climatique, l’Iran, la Russie et le multilatéralisme qu’il ne l’était de l’administration Trump.  

Boris Johnson s’est réjoui dimanche de travailler avec Joe Biden sur des « sujets cruciaux », alors que le Royaume-Uni s’apprête l’année prochaine à prendre la présidence du G7 et à accueillir la conférence internationale sur le climat COP26.  

Initialement prévue cette semaine à Glasgow, la COP26 a été repoussée à novembre 2021 en raison de la pandémie de COVID-19, ce qui permettra à Johnson de négocier avec Biden — qui a promis de rejoindre l’Accord de Paris « au premier jour » de sa présidence —, plutôt qu’avec l’administration climatosceptique de Trump.  

« Relation spéciale »

Alors que Londres s’apprête à succéder aux États-Unis à la tête du G7, cette passation constitue « une chance de présenter au monde dans une tribune commune notre vision pour le monde sur le changement climatique », a estimé le sénateur américain Chris Coons, proche allié de Joe Biden.

« Nous pouvons réaliser plus de choses ensemble que nous ne le pourrions séparément », a-t-il déclaré dimanche sur la BBC, vantant la « relation spéciale entre les États-Unis et le Royaume-Uni » qui « dure depuis des décennies ».  

Le ministre des Affaires étrangères Dominic Raab, qui a rencontré Chris Coons lors de sa visite en septembre à Washington, a salué dimanche ses propos, soulignant les positions similaires de Londres et Biden sur la lutte contre le changement climatique, le commerce et le multilatéralisme.  

Boris Johnson a lui insisté sur leurs valeurs communes — la protection de la démocratie, la liberté d’expression et les droits humains — « qui sont actuellement menacées », mais que les deux nations pourront défendre ensemble, « comme elles l’ont fait maintes fois dans le passé ».  

« Les États-Unis constituent notre plus proche et plus important allié », a-t-il ajouté, « Cela était le cas sous les présidents et les premiers ministres successifs. Cela ne changera pas ».