(Paris) Le nouveau gouvernement « de mission et de rassemblement » du président français Emmanuel Macron pour aborder la fin de son quinquennat a été dévoilé lundi soir, avec quelques changements à des ministères clés comme l’Intérieur, l’Écologie, et l’arrivée surprise d’un ténor du barreau à la Justice.

Laurence BENHAMOU
Agence France-Presse

Emmanuel Macron avait affirmé dimanche sur Twitter vouloir un gouvernement « de mission et de rassemblement » pour porter sa politique qui doit « s’adapter aux bouleversements internationaux et aux crises ».

Le ministre de l’Intérieur de la précédente équipe, Christophe Castaner, un très proche d’Emmanuel Macron, mais qui s’était mis à dos les policiers, est remplacé par Gérald Darmanin, qui était auparavant responsable des Comptes publics.

Ancien lieutenant du président Nicolas Sarkozy (2007-2012), M. Darmanin, 37 ans, est issu de la droite, tout comme le premier ministre désigné vendredi par Emmanuel Macron, Jean Castex, un inconnu du grand public. Mais il est promu au sein du gouvernement au moment où la justice a ordonné la reprise des investigations concernant une accusation de viol le visant en 2009.

Début 2018, il a en effet été mis en cause par deux femmes, l’une pour viol, l’autre pour abus de faiblesse, en plein mouvement #metoo – des accusations qu’il réfute. Si l’enquête se poursuit donc pour l’une d’elles, le parquet a rendu un non-lieu pour la seconde.

L’autre gros changement concerne l’Écologie, quelques jours après la poussée des écologistes dans certaines grandes villes lors des élections municipales, marquées par une très forte abstention.

Barbara Pompili, 45 ans, ancienne membre du parti écologiste EELV passée au parti présidentiel LREM, a été désignée à ce poste clé. Elle aura pour tâche de « verdir » la politique environnementale d’Emmanuel Macron. Troisième dans l’ordre protocolaire, elle se retrouve poids lourd du gouvernement.

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La nouvelle ministre de l’Écologie, Barbara Pompili

« Nous aurons peu de priorités : la relance de l’économie, la poursuite de la refondation de notre protection sociale et de l’environnement, le rétablissement d’un ordre républicain juste, la défense de la souveraineté européenne », avait déclaré en fin de semaine Emmanuel Macron pour définir sa feuille de route.

Bruno Le Maire reste en charge de l’Économie, des Finances et de la Relance, et Jean-Yves Le Drian reste aux Affaires étrangères et européennes, avec un statut protocolaire de numéro deux.

La nomination la plus surprenante est celle d’un ténor du barreau, le célèbre avocat Éric Dupond-Moretti, au poste de Garde des Sceaux, ministre de la Justice.

Éloquence et stature hors-norme, il était jusqu’ici célèbre pour ses plaidoiries redoutées en cour d’assises et ses coups d’éclat lors de procès particulièrement médiatiques.

Réinvention

Cette équipe, qui compte aussi dans ses rangs Roselyne Bachelot, une ancienne ministre de droite devenue chroniqueuse télé, désormais responsable de la Culture, sera donc chargée de mettre en musique la deuxième partie du quinquennat d’Emmanuel Macron.

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La nouvelle ministre de la Culture, Roselyne Bachelot

Après trois ans de pouvoir, des réformes controversées comme celles de l’assurance chômage, plusieurs crises (manifestations des gilets jaunes…), le président français avait annoncé un besoin, selon ses mots, de « se réinventer », alors qu’il n’est pas très populaire et que le pays se prépare à subir un fort contrecoup économique du fait de la pandémie de coronavirus.

Un besoin encore exacerbé après le revers du parti présidentiel aux élections municipales du 28 juin à l’issue desquelles une majorité de communes sont dirigées par la droite, et où plusieurs grandes villes sont passées aux mains de maires écologistes.

Emmanuel Macron avait promis « de nouveaux visages, de nouveaux talents ». Cela se résume essentiellement à l’arrivée au gouvernement de maître Dupond-Moretti, un titan des prétoires français, qui s’est aussi essayé au théâtre, au ministère régalien de la justice.

Le nouveau gouvernement se réunira dès mardi en conseil des ministres pour commencer à travailler.

La prochaine étape importante pour comprendre le nouveau cap politique d’Emmanuel Macron pour la fin de son mandat avant les élections présidentielles de 2022 est attendue le 14 juillet, pour la fête nationale.

Il devrait détailler ses projets à l’occasion d’une nouvelle intervention, renouant avec une tradition présidentielle qu’il avait supprimée.

Le premier ministre présentera son programme « quelques jours après », selon l’entourage d’Emmanuel Macron.