Il a quitté la Syrie à l’été 2015 pour regagner l’Europe, souhaitant « mourir les armes à la main ». Tyler Vilus est devenu vendredi le premier djihadiste français condamné pour des meurtres commis en territoire syrien entre 2013 et 2015.

Janie Gosselin Janie Gosselin
La Presse

Dans une mise en scène devenue la signature du groupe terroriste État islamique, une vidéo montre deux hommes en tenue orange se faire abattre d’une balle dans la tête. Le Français Tyler Vilus apparaît, à visage découvert, parmi les djihadistes présents lors de l’exécution filmée en 2015 sur le territoire syrien.

La vidéo, décrite par l’Agence France-Presse, a été présentée au procès du premier djihadiste français jugé devant la cour d’assises de Paris pour des meurtres commis en Syrie durant le règne du groupe terroriste. Il a été condamné vendredi soir à 30 ans de réclusion criminelle par la Cour, qui a préféré lui laisser « une lueur d’espoir » pour qu’il puisse « évoluer ». Il risquait la prison à perpétuité.

Il était jugé pour « association de malfaiteurs terroriste », « direction d’une organisation terroriste » et « meurtres en bande organisée ». Il a été reconnu coupable de tous les chefs.

Joint avant la tombée du verdict, Amarnath Amarasingam, spécialiste du terrorisme, voyait le potentiel d’un « tournant » avec ce procès.

Plusieurs pays cherchent comment faire les choses de la bonne façon, comment inculper au pays une personne pour ces crimes commis ailleurs.

Amarnath Amarasingam, spécialiste du terrorisme

Les preuves restent aussi difficiles à amasser. « C’est très rare qu’une personne montre son visage découvert et est celle qui est filmée en train de commettre l’exécution », a remarqué M.  Amarasingam, qui enseigne à l’Université Queen’s.

Attentats de Paris

Tyler Vilus avait nié avoir pris part aux meurtres, se décrivant comme un simple spectateur. Il a cependant fini par admettre mercredi, pour la première fois, ses intentions de commettre des actes violents lorsqu’il a quitté la Syrie en 2015.

Les enquêteurs français des services de renseignement l’ont soupçonné d’être retourné en Europe pour participer aux attentats du 13-Novembre, sans jamais arriver à le prouver formellement.

Arrêté à l’aéroport d’Istanbul le 2 juillet 2015, Tyler Vilus avait envoyé un message texte à un contact djihadiste pour l’avertir de son arrestation. Cette personne, comme il l’a admis plus tard, était Abdelhamid Abaaoud, coordonnateur belge des attentats qui ont fait 130 morts dans la capitale française quatre mois plus tard.

« Le fait qu’il ait été en communication [avec Abdelhamid Abaaoud] est notable, a souligné Amarnath Amarasingam. Ça veut dire qu’il était bien branché dans l’organisation. »

Le spécialiste du terrorisme a ajouté que des djihadistes étrangers ont souvent quitté leur pays ensemble ou ont fréquenté les mêmes mosquées, ce qui explique les liens entre les différents individus. Or, ça ne semble pas être le cas de Tyler Vilus.

Les autorités françaises soupçonnent l’homme de 30 ans, dont le procès a commencé le 25 juin dernier, d’avoir dirigé en Syrie une brigade composée d’étrangers, responsable de tortures et d’exécutions, à laquelle auraient aussi appartenu des kamikazes des attentats du 13-Novembre. Tyler Vilus s’est lui-même décrit comme un « émir » du groupe État islamique après son installation en Syrie en mars 2013, où il aurait aussi agi comme « policier ».

Né à Troyes, Tyler Vilus s’est converti à l’islam radical en 2011. Sa mère, Christine Rivière, avec qui il avait une « relation fusionnelle », selon l’avocat de cette dernière, a elle aussi adhéré au mouvement. « Mamie Djihad », comme elle a été surnommée, a été condamnée à 10 ans de prison en 2017 pour association de malfaiteurs à visée terroriste et financement du terrorisme. Elle avait visité son fils en Syrie. Le jugement a été confirmé en appel.

Le Monde, AFP, France Info