(Londres) L’ex-premier ministre travailliste Tony Blair a appelé le Labour, en quête d’un nouveau chef après sa défaite électorale historique, à «se renouveler» pour tourner la page du «socialisme quasi-révolutionnaire» de Jeremy Corbyn.

Sylvain PEUCHMAURD
Agence France-Presse

Les travaillistes n’ont décroché que 203 sièges à la Chambre des communes aux élections du 12 décembre, déclenchées pour sortir de l’impasse du Brexit après plus de trois ans de crise politique. Il faut remonter à 1935 pour retrouver une telle défaite.

Malgré près d’une décennie de pouvoir marquée par une austérité impopulaire, les conservateurs du premier ministre Boris Johnson leur ont ravi des terres ouvrières acquises depuis des décennies, mais favorables à la sortie de l’UE, comme Sedgefield, l’ancien fief de Tony Blair.

Seul dirigeant à avoir mené les travaillistes au pouvoir ces 45 dernières années avec son New Labour au libéralisme assumé, Tony Blair s’est inquiété de l’avenir même de sa formation, l’appelant à «se renouveler», faute de quoi elle risque d’être «remplacée».

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Tony Blair

«La prise du pouvoir au Labour par l’extrême gauche l’a transformé en un mouvement de protestation incapable de former un gouvernement crédible», a estimé celui qui est resté au 10 Downing street entre 1997 et 2007.

«Nous avons laissé tomber le pays […] à un moment de crise nationale», a-t-il ajouté, jugeant cela «impardonnable» et accusant Jeremy Corbyn d’incarner un «socialisme quasi-révolutionnaire» incapable de séduire l’électorat traditionnel travailliste.

Sur la question clé du Brexit, approuvé à 52% par les Britanniques en 2016, Tony Blair a dénoncé l’«indécision presque comique» du parti, qui n’a pas su «prendre une position claire et s’y tenir».

À la tête d’un parti aux députés largement europhiles, Jeremy Corbyn a fait campagne en promettant de négocier un nouvel accord de divorce, plus favorable aux droits des travailleurs que celui négocié par Boris Johnson, qui devrait sauf énorme surprise être adopté en deuxième lecture vendredi, en vue d’un Brexit le 31 janvier.

Il voulait ensuite soumettre ce texte à un nouveau référendum, face au maintien dans l’Union européenne, tout en restant «neutre» entre ces deux options.

«Candidate de Corbyn»

Tony Blair soulève ainsi la question de l’orientation du parti de 500 000 adhérents, qui a pris un virage serré à gauche lors de l’arrivée à sa tête de Jeremy Corbyn en 2015.

Lors d’une réunion des travaillistes mardi soir, ce dernier a fait face à la fureur de son camp, à qui il a présenté ses excuses pour le résultat des élections, tout en accusant le Brexit et les médias.

Le parti doit définir en janvier le calendrier du départ du leader septuagénaire et de l’élection de son remplaçant. Un changement de ligne semble peu probable, tant la base militante est désormais très à gauche, notamment parmi les jeunes. Et les critiques des travaillistes contre Corbyn portent plus sur sa stratégie que sur son positionnement radical.

Populaire auprès des europhiles, la chargées des Affaires étrangères Emily Thornberry a été la première à se déclarer officiellement candidate à la succession. Dans une tribune au Guardian mercredi, elle a dénoncé la décision du parti de consentir à déclencher les élections comme un «cadeau» à Boris Johnson.

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Emily Thornberry

Considéré comme l’un des favoris, Keir Starmer, 57 ans, chargé du Brexit au sein du «gouvernement fantôme» travailliste, a appelé le parti à ne pas sur-réagir en donnant un grand coup de barre à droite, se revendiquant «socialiste».

Également parmi les favoris, Rebecca Long-Bailey, députée de 40 ans réputée proche de Jeremy Corbyn. Elle n’est pas apparue dans les médias depuis les élections.

Selon le politologue Tim Bale, directeur adjoint du centre de réflexion UK in a Changing Europe, que Rebecca Long-Bailey prenne la tête du parti serait «problématique» pour le Labour, dans la mesure où elle serait vue comme «la candidate de Corbyn», incarnant la «continuité».