(Bobigny) Selon le procureur, ils voulaient « casser du Rom » : six jeunes hommes sont jugés vendredi à Bobigny pour avoir attaqué un campement après la propagation sur les réseaux sociaux, fin mars, de rumeurs d’enlèvements d’enfants qui avaient entraîné une vague de violences contre cette communauté.  

Sarah BRETHES
Agence France-Presse

Mi-avril, le tribunal correctionnel de Bobigny a déjà condamné trois prévenus à des peines allant jusqu’à dix mois de prison ferme pour une expédition punitive menée dans un squat. L’un d’entre eux avait lâché son chien contre les occupants.  

A l’origine de ces violences survenues dans plusieurs communes d’Ile-de-France, des messages sur les réseaux sociaux évoquant des tentatives d’enlèvements d’enfants par des personnes circulant à bord d’une camionnette, notamment dans les Hauts-de-Seine et en Seine-Saint-Denis.   

Malgré le démenti des autorités, plusieurs camps et squats ont été la cible d’attaques, qualifiées de « dérives inacceptables » par le gouvernement.

Vendredi, six hommes âgés de 23 à 27 ans, originaires de Chelles (Seine-et-Marne), seront jugés pour « participation à un groupement formé en vue de commettre des violences ».

Vers 21 h, le 25 mars, une cinquantaine de personnes armées de couteaux et de bâtons s’en étaient prises à des Roms installés à Bobigny au bord d’une route nationale, selon une source policière. Des camionnettes avaient été incendiées. D’autres rixes avaient éclaté plus tard dans la soirée dans cette ville de Seine-Saint-Denis.

« Partis de Chelles pour se rendre à Bobigny, l’objectif de cette équipée était de casser du Rom », avait dénoncé le procureur de la République lors de la première comparution, le 28 mars, de ces six prévenus, étudiants ou jeunes actifs, dont le procès avait alors été renvoyé.

« Ces individus semblent ordinaires mais il y a de la bêtise, un fond de racisme », avait estimé le magistrat.  

L’un d’eux avait expliqué s’être « rendu compte que c’était une “fake news” » après s’être « renseigné au commissariat ». Leur avocat avait plaidé une « crise de bêtise fulgurante aiguë ».

L’association la Voix des Roms, qui a recensé 38 agressions après la propagation de cette rumeur, s’est constituée partie civile.  Elle réclame « l’élaboration et la mise en œuvre rapide d’un plan national de lutte contre l’antitsiganisme profond qui gangrène notre société ».

« Si ces tentatives de pogrom ont été possibles dans la France de 2019, cela veut dire que la France de 2020 doit se donner le moyen qui, dans le long terme, permettra d’en exclure la possibilité », estime l’association, qui souligne « la terreur qui a obligé des centaines de familles à se cloîtrer pendant au moins deux semaines ».

Après cette vague d’expéditions punitives, le Conseil de l’Europe, vigie des droits de l’Homme en Europe, avait appelé la France à la « vigilance ».