(Paris) Gilets jaunes, grands syndicats et casseurs ont convergé pour la première fois hier à Paris lors de la traditionnelle manifestation du 1er-Mai. Des heurts, mais pas le chaos appréhendé.

Jean-Christophe Laurence
Jean-Christophe Laurence La Presse

Les promesses du président de la République ne les ont visiblement pas convaincus.

Une semaine après les nouvelles concessions d’Emmanuel Macron, destinées à ramener le calme en France, les gilets jaunes sont redescendus dans la rue hier pour la traditionnelle manifestation du 1er-Mai, qui s’est soldée par des heurts au centre de Paris.

Partout, la même déception, la même insatisfaction devant les mesures annoncées par le chef de l’État (décotes sur la retraite, réduction d’impôts pour les classes moyennes), jugées globalement insuffisantes.

« [Macron] n’a pas convaincu du tout. Il tourne autour du pot et ne donne que le minimum. D’ailleurs, va-t-il même tenir ses promesses ? », demande Bilou, gilet jaune de la première heure, venu de la lointaine banlieue parisienne.

« Il n’écoute pas nos revendications, ajoute Krystelle, visiblement remontée. S’il avait éliminé la TVA [taxe de vente] sur les produits de première nécessité et s’il avait rétabli l’impôt sur les grandes fortunes, la moitié des gilets jaunes seraient rentrés chez eux, je vous le dis, moi… »

42 blessés

Les manifestations du 1er-Mai sont traditionnellement organisées par les grands syndicats français, Confédération générale du travail (CGT) en tête, pour souligner la fête des Travailleurs.

Mais on assistait hier à un intéressant mélange de couleurs, puisque le rouge syndical habituel se mélangeait pour la première fois au fluo « réfléchissant » des gilets jaunes. Convergence toute naturelle, les deux populations partageant une même hostilité pour Emmanuel Macron et sa politique ultralibérale, dont les premières victimes sont les classes populaires.

« Violence fiscale, violence sociale, violence financière et violence policière, ça suffit », résument Camille et Vincent, tandis que Marc, arborant fièrement son dossard rouge de la CGT, accuse le président de « trahir les travailleurs ».

Sans surprise, les radicaux altermondialistes du black bloc se sont de nouveau greffés à la fête, avec pour objectif avoué d’en découdre avec les forces de l’ordre.

Les affrontements ont commencé avant le début de la manifestation et se sont poursuivis au milieu du cortège, alors que les CRS (policiers antiémeutes) multipliaient l’emploi de jets d’eau et de grenades lacrymogènes pour disperser les casseurs, mais au détriment des manifestants plus pacifiques. Bilan : 42 blessés et 330 interpellations.

Rappelons que les forces de l’ordre ont été vivement critiquées pour leur emploi de la force depuis le début du mouvement des gilets jaunes. Au lieu du classique « CRS = SS », un nouveau slogan a d’ailleurs fait son apparition hier : « CRS = Daech », en référence aux terroristes du groupe État islamique.

À chaque époque ses références.

Ces heurts épisodiques n’ont toutefois pas pris le dessus sur une manifestation tendue, mais exempte de violences extrêmes.

Le ministère de l’Intérieur a enregistré 165 000 manifestants dans toute la France, dont 28 000 à Paris. Des agences indépendantes parlent plutôt de 48 000 participants dans la capitale, chiffre plus plausible à vue de nez, considérant le très long cortège, plein de drapeaux et de groupes militants divers, qui s’est ébranlé depuis la gare Montparnasse pour se terminer place d’Italie, dans un calme relatif.