À moins de neuf mois du Brexit, Theresa May réunit vendredi son gouvernement pour déterminer la future relation qu'elle souhaite avec l'Union européenne, une discussion qui s'annonce très tendue compte tenu des divisions persistantes qui déchirent l'exécutif britannique.

Ouerdya AIT ABDELMALEK AGENCE FRANCE-PRESSE

La rencontre a débuté en milieu de matinée à Chequers, la résidence de campagne des Premiers ministres, à 70 km au nord-ouest de Londres.

Déjà la presse et les analystes pronostiquent qu'elle sera sanglante, des fuites sur le projet de la Première ministre conservatrice ayant mis le feu aux poudres jeudi soir dans le camp des partisans d'une rupture franche avec Bruxelles.

Selon ces informations, Mme May souhaiterait un alignement avec les règles européennes pour le commerce des biens, y compris agroalimentaires. Une solution qui ne permettrait pas au Royaume-Uni de signer avec les États-Unis le type d'accord commercial souhaité pour réussir l'après-Brexit.

Downing Street a démenti vivement l'impossibilité de conclure un accord commercial avec les États-Unis, sans parvenir à calmer les esprits.

Sept ministres en faveur d'un divorce sans concession avec l'UE se sont réunis autour du ministre des Affaires étrangères Boris Johnson jeudi pour préparer leur contre-attaque. Selon le quotidien Daily Telegraph, ils diront à Mme May que sa solution « est inacceptable » et que si elle persiste, elle « va détruire le gouvernement ».

Côté Downing Street, après des mois à ménager la chèvre et le chou pour éviter la défection de poids lourds comme Boris Johnson ou le ministre du Brexit, David Davis, le ton semble avoir changé.

Il y a une « génération de jeunes députés prêts à les remplacer », a dit une source au sein de l'équipe de Mme May au site Politico, ajoutant que si des ministres choisissent de claquer la porte, il faudra qu'ils renoncent immédiatement à leur voiture de fonction et repartent en taxi.

Au coeur des divisions figure la très sensible question irlandaise, le Brexit menaçant de recréer une frontière entre le nord rattaché au Royaume-Uni et le sud, membre de l'UE.

Les « Brexiters » veulent une solution dite de « facilitation maximale », qui intègre la mise en place de contrôles douaniers entre le Royaume-Uni et l'UE, en s'appuyant sur des solutions technologiques pour conserver la fluidité des échanges.

Face à eux, les ministres des Finances, Philip Hammond, et de l'Industrie, Greg Clark, prônent la solution plus « douce » d'un partenariat douanier inédit : le Royaume-Uni percevrait les taxes douanières au nom de l'UE pour les biens transitant sur son territoire mais destinés au marché des 27.

Patience à bout

Ces disputes se déroulent sous l'oeil impatient de Bruxelles qui aimerait voir les discussions enfin progresser, deux ans après le vote des Britanniques pour sortir de l'UE.

« Plus vite nous aurons une proposition britannique précise sur la frontière irlandaise, meilleures seront les chances de finaliser les négociations du Brexit cette année », a déclaré cette semaine le président du Conseil européen Donald Tusk.

Theresa May a prévu de publier son livre blanc détaillant ses objectifs jeudi. Pour tenter de tâter le terrain, elle s'est rendue cette semaine au Pays-Bas et en Allemagne.

Face au risque de blocage, le chancelier autrichien Sebastian Kurz, dont le pays assure la présidence tournante de l'UE, a évoqué jeudi la possibilité de prolonger les négociations pour empêcher que le Royaume-Uni quitte l'Union sans accord de divorce.

« Si nous ne parvenons pas à une solution, alors je plaide pour que l'on poursuive les négociations afin d'éviter un Brexit dur », a-t-il dit.

Côté entreprises, la patience « est à bout », a souligné Adam Marshall, le directeur général des British Chambers of Commerce (BCC), qui regroupe 52 chambres du commerce régionales britanniques.

Après Siemens et les milieux financiers, le directeur général de Jaguar Land Rover (JLR), Ralf Speth, a averti cette semaine qu'un Brexit dur le mènerait à revoir ses investissements au Royaume-Uni.

Tom Enders, le président exécutif d'Airbus, dont le groupe a déjà émis la même menace, a souligné vendredi que les conséquences d'un Brexit dur seraient « très graves ».