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Bulgarie: les conservateurs en tête, mais sans majorité

L'ancien premier ministre Boïko  Borissov (photo) avait... (Photo: AFP)

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L'ancien premier ministre Boïko Borissov (photo) avait démissionné cet hiver sous la pression de la rue. On le voit ici lors du jour du vote.

Photo: AFP

Agence France-Presse
SOFIA

Le parti conservateur bulgare GERB de l'ancien premier ministre Boïko Borissov, qui avait démissionné cet hiver sous la pression de la rue, a remporté de peu dimanche soir l'élection législative anticipée, selon des sondages réalisés à la sortie des bureaux de vote.

Il recueillerait entre 30,3 et 33% des suffrages, son principal rival, le Parti socialiste (PSB, ex-communiste) entre 25,3 et 27,1%, selon cinq instituts de sondages.

C'est la première fois en Bulgarie qu'un parti est réélu depuis la fin du régime communiste il y a 23 ans.

Ce score, s'il est confirmé, ne donne toutefois pas de majorité parlementaire aux conservateurs et la formation d'un gouvernement de coalition s'annonce difficile tant les affrontements de la campagne électorale ont été rudes.

La commission électorale ne fournira des résultats partiels que lundi dans la matinée.

Les deux autres partis ayant franchi la barre des 4% nécessaire pour entrer au Parlement, qui comporte 240 sièges, sont le Mouvement pour les droits et libertés (MDL, minorité musulmane turque), crédité d'environ 10% des voix, et le parti nationaliste et xénophobe Ataka (entre 7,3 et 8,5%). Ces deux partis ne se sont jamais alliés ou n'ont jamais soutenu un même gouvernement.

Si Ataka a soutenu un temps Boïko Borissov après la formation d'un gouvernement minoritaire en 2009, le parti d'extrême droite avait par la suite pris ses distances.

Une grande coalition entre les deux ennemis jurés que sont le GERB et les socialistes paraît par ailleurs hors de question.

«Il y a un très grand danger de blocage du parlement», a réagi Ognian Mintchev, directeur de l'institut d'études régionales et internationales. «Nous ne saurons que demain avec certitude, après le décompte des voix des Bulgares de l'étranger, qui sera le 5e parti et s'il y en aura un. Les principaux partis d'opposition --PSB et MDL-- pourraient aussi avoir ensemble au moins de 120 voix ou plus, et cela change tout», a souligné Andrey Raytchev, de l'institut Gallup.

Les socialistes et le MDL avaient formé une coalition entre 2005 et 2009, sous le mandat de Sergueï Stanichev, le dirigeant du PSB.

Après les manifestations massives de cet hiver, les Bulgares ont voté dimanche sans se faire trop d'illusion: la campagne électorale, loin de répondre aux attentes de la population, avait viré au règlement de comptes entre socialistes et conservateurs autour d'un scandale d'écoutes téléphoniques illégales.

Les Bulgares ont, comme prévu, quelque peu boudé les urnes: environ 50% des 6,9 millions d'électeurs avaient voté, selon les sondages, contre environ 60,2% il y a quatre ans.

Si aucun gouvernement n'est formé après le scrutin, le cabinet intérimaire dirigé par le diplomate Marin Raykov restera aux affaires jusqu'à l'éventuelle organisation de nouvelles élections à l'automne, un scénario envisagé par de nombreux politologues à Sofia.

Une telle impasse ne ferait qu'aggraver la situation économique du pays, où la croissance n'a atteint que 0,8% l'an passé et où près d'une personne sur cinq est sans emploi, selon des chiffres officieux.

Certains n'excluent pas non plus une reprise de la crise sociale de l'hiver dernier. Des dizaines de milliers de Bulgares étaient alors descendus dans les rues des grandes villes pour protester contre l'explosion de leur facture d'électricité, qui avait plus que doublé en janvier comparé au mois précédent. Un choc dans un pays où le salaire mensuel moyen est inférieur à 400 euros.

Le mouvement spontané s'était transformé, sous l'influence de multiples groupes de la société civile, en une vaste mobilisation contre la misère chronique --la Bulgarie est le pays le plus pauvre de l'Union européenne-- le chômage et la corruption qui ronge la classe politique et les institutions du pays.

Le désespoir avait conduit sept personnes à s'immoler par le feu, dont six sont décédées, un fait sans précédent dans ce pays balkanique.

La révélation samedi d'une vaste fraude présumée a encore alourdi le climat, après l'annonce par le Parquet de Sofia de la saisie de 350 000 bulletins de vote suspects dans une imprimerie chargée par le gouvernement de fournir l'ensemble des bulletins.

Les socialistes ont accusé le GERB de vouloir «totalement falsifier les élections». Les conservateurs ont démenti, criant au complot politique.

Des affaires d'achats de vote, pratique répandue en Bulgarie et qui séduit les plus démunis, notamment au sein de la minorité rom, avaient déjà terni ces élections. Au total, 43 enquêtes judiciaires ont été ouvertes dans tout le pays, selon le Parquet.

Disant craindre des fraudes, des partis opposés au GERB ont commandé un comptage des voix parallèle par l'institut autrichien SORA, qui donnera ses estimations tard dans la soirée.




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