Le chef du contre-espionnage français a été mis en examen (inculpé) lundi par un juge dans l'affaire d'espionnage téléphonique d'un journaliste du Monde enquêtant sur l'affaire Bettencourt, potentiellement embarrassant pour le pouvoir, a annoncé son avocat.

Publié le 17 oct. 2011
AGENCE FRANCE-PRESSE

Le directeur central du renseignement intérieur (DCRI), Bernard Squarcini a été mis en examen notamment pour «atteinte au secret des correspondances», «collecte illicite de données» et «recel du secret professionnel», mais n'a pas l'intention de démissionner, a affirmé son avocat, Patrick Maisonneuve.

Un autre chef de la police, le directeur général de la police nationale (DGPN), Frédéric Péchenard, doit également être entendu ultérieurement par la magistrate.

Bernard Squarcini et Frédéric Péchenard sont considérés comme des proches du président français Nicolas Sarkozy.

La juge Sylvie Zimmermann cherche à déterminer leur rôle dans une enquête de la DCRI à l'été 2010 comprenant l'analyse de factures téléphoniques détaillées de journalistes du Monde pour identifier les sources du quotidien dans cette affaire.

«Ayant assumé la responsabilité des vérifications techniques qui ont été effectuées par ses collaborateurs, M. Squarcini a donc été mis en examen», a dit son avocat après près de 5 heures d'audition.

«Le débat a été essentiellement juridique sur l'application de la loi» sur la mise en oeuvre des interceptions téléphoniques, a-t-il ajouté.

Dans cette enquête, le numéro 2 de la DCRI, Frédéric Veaux, a déjà été entendu, le 10 octobre, comme témoin assisté par la magistrate. Il n'avait pas été mis en examen.

L'affaire Bettencourt est née d'un différend familial entre la riche héritière des cosmétiques L'Oréal, Liliane Bettencourt, et sa fille.

Elle a rapidement dégénéré en un scandale politico-financier, mêlant soupçons de favoritisme et de financement politique illégal, qui a coûté son poste fin 2010 de ministre du Travail à Éric Woerth. Ce dernier avait été le trésorier de la campagne de Nicolas Sarkozy pour l'élection présidentielle de 2007.

Un haut magistrat, Philippe Courroye, procureur de Nanterre (près de Paris), devait aussi être entendu dans cette affaire et risquait une mise en examen (inculpation). Mais son audition a été reportée sine die, début octobre, pour des questions de procédure.