«Spéciale», «fondamentale», «essentielle», voire «royale»: la visite du président Barack Obama à Londres a déclenché une surenchère anglo-américaine de superlatifs destinée à rassurer sur la vigueur de la relation bilatérale, que beaucoup jugent en perte de vitesse.

Publié le 24 mai 2011
AGENCE FRANCE-PRESSE

Le lien transatlantique entre les États-Unis et leur ancienne puissance coloniale, rééquilibré au profit de Washington depuis le début du XXe siècle, est traditionnellement désigné comme «la relation spéciale».

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Depuis la deuxième guerre mondiale, elle a été portée à son paroxysme par trois «couples politiques»: Harry Truman et Winston Churchill; Ronald Reagan et Margaret Thatcher; puis George Bush et Tony Blair, enthousiaste au point de se voir affublé du sobriquet de «caniche de Bush» par ses détracteurs.

Les médias britanniques, qui examinent traditionnellement à la loupe la courbe de température de la relation bilatérale, ont cru ensuite déceler un certain désamour dans le tandem constitué par le travailliste Gordon Brown et le président Obama.

Et mardi, le Financial Times assurait, en citant des diplomates américains anonymes, que la relation entre Obama et le premier ministre conservateur David Cameron était «businesslike», c'est-à-dire sans enthousiasme particulier.

Principale raison évoquée, la priorité donnée par Washington à ses relations avec les pays émergents, en Asie particulièrement.

Le Times attribuait cette apparente absence de chaleur au fait que «contrairement aux autres responsables politiques américains, les tapes dans le dos et la bonhomie ne sont pas le fort de M. Obama».

L'Independent évoquait pour sa part la «quête inachevée d'une relation solide, et pas servile» de la part de M. Cameron.

MM. Obama et Cameron ont publié mardi une sorte de démenti, au détour d'une tribune conjointe dans le Times. «Notre relation n'est pas simplement une relation spéciale, c'est une relation essentielle, pour nous et pour le monde», ont-ils affirmé.

La veille au soir, leurs ministres des Affaires étrangères avaient fait assaut de déclarations enthousiastes lors d'une conférence de presse.

«Il n'y a aucun doute que la relation USA-GB est toujours spéciale, toujours fondamentale, (...) toujours florissante. Que c'est toujours une clé de voute assurant la stabilité du monde», a dit le secrétaire au Foreign Office, William Hague.

«Je me sens obligée d'ajouter ma voix à la vôtre pour réaffirmer le caractère indispensable, unique et spécial de la relation entre nos deux pays», a renchéri la secrétaire d'État Hillary Clinton.

Les commentateurs politiques ont ajouté un étage supplémentaire en décelant une «relation spéciale personnelle» entre la famille royale et la famille Obama.

Mardi, un porte-parole du palais s'est départi de l'habituel ton compassé pour souligner «qu'il existe une vraie, vraie -et je le pense vraiment- une vraie cordialité entre les deux familles».