Porté par la popularité croissante de Marine Le Pen, le Front national espère bien faire sa marque aux élections cantonales de demain et du 27 mars en France. Bien que les gains s'annoncent modestes, les tenants de l'extrême droite vouent un véritable culte à leur nouvelle championne, relate Marc Thibodeau, qui s'est rendu dans le sud de la France pour assister à un rassemblement politique aux apparences de love-in.

Mis à jour le 19 mars 2011
Marc Thibodeau LA PRESSE

Le temps d'une soirée, la petite ville de Bompas, dans le sud-est de la France, à une dizaine de kilomètres de la Méditerranée, a été frappée par une vague «bleu marine».

«Il y a un tsunami qui se prépare», s'est félicité un partisan de Marine Le Pen, applaudie à tout rompre la semaine dernière lors d'un rassemblement à Bompas en prévision des élections cantonales françaises.

La salle s'est rapidement remplie d'admirateurs de la nouvelle championne de l'extrême droite, laquelle a vu son ascension confirmée récemment par des sondages qui la placent dans le peloton de tête pour l'élection présidentielle de 2012.

Parmi les centaines de personnes présentes le 11 mars se trouvaient nombre de militants de longue date du Front national trop heureux de voir leurs thèses gagner en popularité.

«Il était temps!Avant, il y avait des gens qui me trouvaient marrant quand je parlais de politique. Maintenant, ils sont plus virulents que moi», relève Michel Sivieude, 43 ans, qui vote depuis toujours pour le Front national.

Pierre Masséna, étudiant en médecine de 20 ans venu avec ses grands-parents, affirme que son intérêt pour le parti est aussi bien reçu dans son entourage. «En fait, la plupart de mes amis pensent comme moi», lance le jeune homme.

Patricja est venue par curiosité. Âgée de 32 ans, d'origine polonaise, elle ne trouve rien à redire à la rhétorique agressive du Front national sur les étrangers parce qu'elle cible «les autres», ceux qui viennent de l'extérieur de l'Europe. «Il y a plein de gens comme ça qui profitent du système, dit-elle. Moi, je ne profite de rien. Je travaille, mon mari travaille. Je ne demande rien à personne.»

Alors que l'immigration est dans toutes les têtes, Marine Le Pen se fera plutôt discrète sur le sujet à la tribune, bordée de drapeaux français. En arrivant sur scène, elle ouvre les bras comme pour embrasser la foule en délire avant de se lancer dans un discours grandiloquent qui détonne avec la modestie des lieux.

Vêtue d'un sobre tailleur, elle a surtout parlé des difficultés économiques de la population, dans une analyse que n'aurait pas reniée un militant d'extrême gauche. Plutôt figée, elle s'anime lorsqu'elle dénonce l'emprise des oligarques «de l'UMPS» - fusion des acronymes de l'UMP et du Parti socialiste. Ses charges moqueuses contre l'entourage du président Nicolas Sarkozy font mouche chez le public conquis d'avance.

«Ils sont incapables de voir la fin du cycle politique dont ils étaient le centre», dit-elle, sûre de voir le Front national au second tour de l'élection présidentielle. «On passe de l'hypothèse à la probabilité et de la probabilité à la certitude», assure-t-elle. Puis, avec ses partisans, elle entonne La Marseillaise.

Par la suite, des admirateurs se précipitent près de la scène pour se faire prendre en photo ou faire signer un exemplaire de sa biographie. «C'est quelqu'un de très direct que j'admire beaucoup. J'approuve totalement ses idées», lance Catherine Lapasset, 52 ans, tout heureuse d'avoir obtenu une dédicace.

Elle se réjouit du fait que Marine Le Pen évite les sorties antisémites de son père, qui a souvent été poursuivi. Marine Le Pen insiste sur le fait que le Front national n'est pas une formation xénophobe, mais plutôt patriote, et passe rapidement sur les grandes lignes d'un programme radical qui fait de l'immigration la principale source des maux du pays et de l'islam une menace à la laïcité.

Son message plus lisse lui facilite l'accès aux médias, qui encouragent du même coup une «normalisation» de la formation. «Il est vraiment en train de se passer quelque chose. Le Front national n'a jamais été à un niveau aussi élevé», souligne Jean-Yves Camus, spécialiste de l'extrême droite.

Selon lui, le parti tire profit du fait que près de 75% des Français n'ont plus confiance dans les formations politiques classiques.

Le discours de Marine Le Pen, qui mêle insécurité, immigration et économie, trouve écho auprès d'une population vieillissante éprouvée par la stagnation du pays. Y compris à Bompas, où le parti avait fait un bon score lors des plus récents scrutins.

«Je pense que c'est l'insécurité qui va la mener au pouvoir», dit Rodrigo Michel, rencontré alors qu'il promenait son chien. L'homme de 60 ans - qui dit voter à l'extrême gauche - se plaint d'être obligé de verrouiller son garage depuis que sa femme y a découvert un voleur. Il s'énerve contre «les Arabes».

«Tout seuls, ils sont très gentils. Mais dès que vous en avez deux ou trois, vous êtes perdus. Ils font la loi. Mais il ne faut pas les mettre tous dans le même panier. Il y a un monsieur qui habite sur la place qui est très gentil», souligne-t-il.

Adada Hayat, commerçante d'origine marocaine, note que la petite ville compte beaucoup de personnes âgées qui ont «peur de tout» et qui sont tentées de blâmer les immigrés pour leurs difficultés.

La montée de l'extrême droite témoigne d'abord et avant tout de l'important malaise social qui touche la France, juge la femme de 35 ans. «Les gens se disent: «On a tout essayé, alors pourquoi pas le Front national?» Mais ça ne réglera pas les problèmes que nous avons», prévient-elle.