Le président serbe Boris Tadic effectuera jeudi une visite historique à Vukovar, dans l'est de Croatie, théâtre des plus grandes atrocités pendant la guerre de 1991-1995.

Publié le 3 nov. 2010
AGENCE FRANCE-PRESSE

La visite de M. Tadic, qui devrait être suivie par une visite officielle à Zagreb au cours du mois, est perçue comme un autre pas vers la réconciliation dans les Balkans ravagés par une série de conflits inter-ethniques au cours des années 1990. Il sera le premier leader serbe à avoir rendu hommage aux victimes de Vukovar.

M. Tadic et son homologue croate, Ivo Josipovic, rendront hommage à quelque 200 civils et prisonniers de guerre croates, tués par les forces serbes suite à la prise de la ville en novembre 1991 et un siège de trois mois après lequel quelque 22 000 non-Serbes ont été expulsés.

Le massacre de Vukovar a été l'épisode le plus sanglant de la guerre de 1991-95. Deux anciens responsables de l'Armée populaire yougoslave (JNA) ont été condamnés par le Tribunal pénal international (TPI) pour ce drame.

Les deux présidents visiteront le centre mémorial d'Ovcara où les victimes ont été tuées et enterrées dans des fausses communes.

Ils se rendront également dans le village voisin de Paulin Dvor, où 18 Serbes et un civil d'ethnie hongroise ont été assassinés par les forces croates en décembre 1991.

La proclamation de l'indépendance de la Croatie de l'ex-Yougoslavie en 1991 a provoqué une conflit de quatre ans avec les rebelles serbes qui s'y opposaient. Pendant la guerre (20 000 morts), Belgrade avait apporté un soutien politique et militaire aux rebelles.

Les liens entre la Croatie et la Serbie se sont graduellement améliorés depuis. Le processus a visiblement été accéléré sous la présidence de MM Tadic et Josipovic qui prônent l'intégration à l'Union européenne et appellent à la réconciliation.

M. Tadic devrait rencontrer à Vukovar les familles de Croates toujours portés disparus, ainsi que les représentants de la communauté serbe.

Le Premier ministre croate, Jadranka Kosor, devrait également participer à cette visite.

L'arrivé de M. Tadic à Vukovar a donné lieu à une certaine controverse en Croatie et un parti de droite a appelé les citoyens de Vukovar à protester contre cette visite et se rassembler sur les bords des routes d'Ovcara où les deux présidents devraient passer.

Dans une interview à un quotidien croate, M. Tadic a indiqué que sa visite représentait «un message à tous les gens vivant en Europe de sud-est qu'une telle chose ne devrait plus jamais se passer».

La visite est «un geste symbolique et de civilisation très important» qui contribuera à «faciliter les liens entre la Croatie et la Serbie encombrés par le passé», a indiqué de bureau du président croate.

Après la guerre, Vukovar et toute sa région ont été placées sous l'administration de l'ONU et réintégrées à la Croatie en 1998.