De 10h jusqu'à la fin de l'après-midi, la moitié de l'Est parisien leur a appartenu. Entre les places de la Nation, de la Bastille et de la République, sur un parcours de 7 km, 10 000 céréaliers, producteurs de blé, de colza ou d'orge ont exprimé - dans un calme parfait, qui leur a même valu les félicitations de la Préfecture de police - leur inquiétude et leur colère à l'égard de l'effondrement du prix des céréales, revenu cette année à son niveau de 1990.

Louis-Bernard Robitaille, Collaboration spéciale AGENCE FRANCE-PRESSE

Plus de 1500 d'entre eux ont fait le trajet, de la Beauce ou de la Lorraine, à bord de leurs tracteurs, à 40 km/h. Ceux qui sont venus de la région de Metz ont roulé pendant deux jours pour se rassembler place de la Nation, dans l'est de Paris. D'autres sont venus de la région de Bordeaux.

Au départ du cortège, place de la Nation, quelques centaines de sympathisants se sont agglutinés. Olivier, 19 ans, qui étudie en agronomie dans la région parisienne, est venu soutenir le mouvement, d'autant plus que son père, monté sur son tracteur, faisait partie de la manifestation.

«La baisse des prix des céréales depuis deux ans est devenue intolérable, dit-il. Rien qu'en 2009, les prix des céréales ont baissé de 24%. Les revenus des céréaliers se sont effondrés depuis deux ans. Actuellement, beaucoup de céréaliers produisent à perte, les autres s'en tirent avec des revenus de misère.»

Au départ de la manifestation, certains agriculteurs ont échangé avec les badauds et les journalistes en attendant leur tour: «Mon exploitation m'a coûté 300 000 (environ 450 000$) en investissement, explique François, mais cette année, je ne produirai aucun revenu, même si je travaille de 70 à 80 heures par semaine. Depuis un an, je fais tout juste mes frais, et nous vivons sur le salaire de ma femme.» Un autre manifestant descendu de son tracteur: «La tonne de blé nous est payée 100, mais elle m'en coûte 160.»

La filière céréales constitue depuis des décennies l'«aristocratie» du monde agricole en France et représente 40% des terres cultivées, principalement dans la grande région parisienne et dans la moitié nord du pays.

Mais, après une spectaculaire flambée des prix en 2007, le revenu moyen des céréaliers est retombé des deux tiers, revenant au niveau de 1990. Une situation d'autant plus délicate qu'entre-temps, les subventions de l'Union européenne se sont légèrement déplacées au profit de producteurs jusque-là moins fortunés, par exemple ceux du secteur des fruits et légumes.

Et les céréaliers, qui engloutissaient traditionnellement 80% des aides européennes, ont vu cette année leurs subventions baisser de 100 l'hectare.

À l'échelle occidentale, la France conserve un secteur agricole particulièrement important et absorbe à elle seule plus du tiers des subventions européennes à l'agriculture, dont elle est la première bénéficiaire en Europe. Du moins à l'heure actuelle, car une vaste négociation doit remettre à plat l'ensemble de la politique agricole commune européenne en 2013.