Un épais nuage de cendres volcaniques a paralysé le trafic aérien du nord de l'Europe, hier. L'éruption «explosive» du volcan Eyjafjallajokull dans le sud de l'Islande, mercredi matin, pourrait se poursuivre pendant des semaines, voire des mois. Ces perturbations, les plus graves depuis la Seconde Guerre mondiale, ne sont peut-être que le début d'un long cauchemar pour les voyageurs européens.

Mali Ilse Paquin, collaboration spéciale LA PRESSE

Plus d'un million de voyageurs européens ont été pris en otages par un énorme nuage de poussières volcaniques, hier. Le volcan Eyjafjallajokull, dans le sud de l'Islande, émet depuis mercredi matin une fumée épaisse qui se déplace vers l'est, touchant tout le nord de l'Europe.

Afin d'éviter la catastrophe, les contrôleurs du trafic aérien ont pris des mesures extraordinaires: fermer les aéroports situés sur la trajectoire de la nuée. Les cendres volcaniques peuvent endommager les réacteurs des avions et nuire à la visibilité des pilotes.

Résultat, l'espace aérien de la Grande-Bretagne, de l'Irlande, des pays scandinaves, de la Belgique, des Pays-Bas, du nord de la France et de la Pologne est devenu une zone interdite au cours de la journée.

Du jamais vu depuis la Seconde Guerre mondiale.

Plusieurs milliers d'avions sont demeurés au sol ou ont dévié de leur route pour éviter le nord de l'Europe. Jusqu'à 5000 vols européens ont été touchés, sur un total de 28 000. Tous les vols internationaux en direction de l'Europe ont été perturbés.

Les autorités aériennes espèrent pouvoir rétablir les activités aéroportuaires aujourd'hui.

Ironie du sort, l'aéroport de la capitale islandaise Reykjavik, situé à 120 km à l'ouest du volcan, est resté ouvert grâce aux vents dominants venant de l'ouest.

L'agence britannique du trafic aérien avait fermé tous les aéroports à midi. Au moment d'écrire ces lignes,

les avions devaient être maintenus au sol au moins jusqu'à 13 h aujourd'hui, sauf pour quelques vols entre l'Écosse et l'Irlande du Nord.

L'aéroport Heathrow, le plus occupé du monde avec 1300 atterrissages et décollages par jour, était désert hier après-midi.

Des agents de bord étaient postés devant les portes fermées des terminaux de l'aéroport. Aucun passager ne pouvait accéder à l'aire des départs. Ils étaient plusieurs dizaines à faire le pied de grue, le téléphone cellulaire vissé à l'oreille.

«Pourquoi moi?»

Aamir Iqbar était extrêmement inquiet. Il devait s'envoler pour le Pakistan afin d'être au chevet de sa mère, qui est aux soins intensifs. «Dame nature n'aurait pas pu attendre un jour, s'est lamenté l'étudiant de 30 ans, désespéré de partir. Ma mère a besoin de moi. Je suis enfant unique.»

Stefani Paracchini devait partir pour Milan après une entrevue pour un emploi. «Je me suis demandé: "Pourquoi moi?" J'ai essayé d'appeler ma compagnie aérienne, mais la ligne est toujours occupée. Je préfère être sur place pour en avoir le coeur net. Je n'ai nulle part où dormir ce soir», a dit la jeune femme.

Les voyageurs étaient à la merci du bon vouloir de leur transporteur aérien. «J'espère qu'on me trouvera une chambre d'hôtel pour la nuit», a dit Mayank Kandwal, 24 ans, qui devait s'en aller en Inde.

La Pologne à nouveau frappée

L'épais nuage de cendres pourrait compromettre les funérailles en Pologne du défunt président Lech Kaczynski, mort samedi dernier dans un écrasement d'avion. Plus de 70 délégations internationales sont attendues à Cracovie dimanche.

Or, l'agence polonaise de navigation aérienne a fermé le trafic dans le nord du pays et s'attendait à élargir la zone interdite vers le centre au cours de la nuit. Le porte-parole, Grzegorz Hlebowicz, s'est dit impuissant à prévoir la suite des choses.

«Nous pouvons nous prononcer quelques heures à l'avance seulement», a-t-il déclaré à l'Agence France-Presse.

Du côté de la Maison-Blanche, l'attaché Bill Burton a confirmé que Barack Obama était «déterminé» à se rendre en Pologne.

Imprévisible

La nuée qui incommode ainsi l'Europe voyage à une altitude de 6000 à 15 000 m, soit à la hauteur d'un avion en vitesse de croisière.

Aucun expert n'a voulu prédire, hier, le comportement du volcan Eyjafjallajokull.

«Cette éruption est explosive. Elle pourrait durer plus d'un an», a affirmé à l'AFP Magnus Tumi Gudmunsson, professeur islandais de géophysique.

Les sismographes indiquent que son intensité est à la hausse depuis hier matin, selon le géophysicien islandais Pall Einarsson.

«S'il y a une seule règle avec les volcans, c'est celle-ci: il n'y a pas de règles», a affirmé le professeur de l'Université de l'Islande.

- Avec l'Agence France-Presse