Le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a mis en garde vendredi l'armée assurant que «personne n'est au-dessus des lois», au moment où dix-huit nouveaux militaires étaient interpellés dans le cadre d'une enquête pour complot présumé contre le gouvernement en 2003.

Mis à jour le 26 févr. 2010
AGENCE FRANCE-PRESSE

Vendredi, un tribunal turc a inculpé et ordonné la détention de treize suspects, portant à 33 le nombre total de personnes incarcérées dans le cadre de cette affaire.

Le chef de gouvernement s'est montré particulièrement ferme en excluant toute impunité dans le cadre de cette affaire, qui a provoqué une grave crise de pouvoir dans le pays.

«Ceux qui préparent des plans en secret pour écraser la volonté du peuple doivent se rendre compte qu'à partir de maintenant, ils devront affronter la justice (...) Personne n'est au-dessus des lois. Personne ne peut jouir de l'impunité», a déclaré M. Erdogan lors d'une réunion de son parti de la justice et du développement (AKP, issu de la mouvance islamiste) sans toutefois mentionner explicitement l'enquête en cours.

Parmi les 18 nouvelles arrestations opérées vendredi dans le cadre d'une opération menée dans 13 provinces figure le chef des forces paramilitaires de la province de Konya, au centre du pays.

Vendredi, un tribunal turc a ordonné la détention, dans l'attente de leur procès, de treize nouveaux suspects dans l'affaire du complot présumé, portant le total des personnes poursuivies à 33, selon l'agence Anatolie.

Parmi eux figurent Cetin Dogan, général à quatre étoiles à la retraite, qui dirigeait la Première armée, basée à Istanbul, à l'époque où le complot aurait été conçu, et le général à la retraite Engin Alan, ancien chef des forces spéciales de l'armée.

Neuf officiers actifs, dont deux amiraux, et deux militaires à la retraite, dont un général, se trouvent également dans le groupe placé en détention préventive. Un colonel a été laissé en liberté pour raisons médicales.

Le Premier ministre a balayé les critiques de l'opposition selon lesquelles l'AKP devenait de plus en plus autoritaire et tentait de discréditer l'armée, considérée comme le garant de la laïcité en Turquie.

«Ce qui est train de se passer aujourd'hui, c'est la normalisation (...) Ce sont les marques d'une démocratie avancée», a-t-il dit en assurant que «personne ne devrait éprouver de doutes ou de craintes».

Les plus hauts gradés du complot présumé, notamment les ex-chefs de la Marine et de l'aviation Ozden Ornek et Ibrahim Firtina, avaient été libérés jeudi soir sur ordre du Parquet après interrogatoire.

Leur remise en liberté est intervenue après une importante réunion des dirigeants civils et militaires turcs qui se sont engagés à régler la crise dans le cadre des lois et de la constitution, dans une tentative apparente d'apaiser les tensions.

Des procureurs d'Istanbul instruisant plusieurs dossiers de conspiration avaient procédé lundi à un coup de filet inédit contre l'élite militaire, qui avait touché 49 officiers.

Le projet de coup d'État présumé aurait été préparé en 2003 au sein du corps d'armée à Istanbul, peu après l'arrivée au pouvoir en 2002 de l'AKP, qui est issu d'un parti islamiste désormais interdit.

La Première armée était à l'époque dirigée par le général Dogan. Il avait joué un rôle prépondérant dans la campagne lancée par les militaires en 1997 qui avait abouti à la démission du premier chef de gouvernement islamiste du pays, Necmettin Erbakan. Ce dernier est considéré comme le mentor de M. Erdogan.

On ignore si le complot avait eu un commencement d'exécution ou s'il est demeuré à l'état de projet. Les premières informations à ce propos avaient été publiées en janvier par le journal turc Taraf, qui cible régulièrement les forces armées.

Le complot incriminé visait, selon la justice, à semer le chaos en Turquie en provoquant des attentats spectaculaires.