(Washington) Des slogans et des promesses, à défaut de pouvoir vraiment agir pour l’instant : Joe Biden et Kamala Harris ont promis dimanche de batailler pour le droit à l’avortement, 50 ans jour pour jour après un célèbre arrêt de la Cour suprême.

Plusieurs manifestations ont eu lieu dans le pays pour commémorer l’arrêt Roe c. Wade, une jurisprudence démontée en juin dernier par la plus haute juridiction américaine, désormais farouchement conservatrice et qui a mis fin au droit constitutionnel à l’avortement.

À New York, environ 300 personnes ont défilé, avec les mêmes slogans que les femmes dans les années 1970, comme « My body, my choice » (« Mon corps, mon choix »).

Ymoni Shavuo, l’une des organisatrices, âgée de 27 ans, se souvient avoir pleuré lorsque la jurisprudence « Roe c. Wade » est tombée.

« Aujourd’hui nous portons le deuil de ce droit constitutionnel […], mais je ne suis pas découragée, je ne renonce pas, je suis encore davantage mobilisée », dit-elle à l’AFP.

Kristyn Beausoleil, 48 ans, raconte qu’elle-même, ses deux sœurs et sa mère ont avorté : « Les raisons ne regardent que nous […]. Nos vies auraient été vraiment différentes si nous n’avions pas eu ce choix. »

« Nous devrions célébrer aujourd’hui le 50e anniversaire de l’arrêt Roe c. Wade », a rappelé Joe Biden dans un tweet.

« Au lieu de cela, des responsables républicains “MAGA” (c’est-à-dire acquis au programme » Make America Great Again « de l’ancien président Donald Trump, NDLR) sont entrés en guerre contre le droit des femmes à prendre elles-mêmes les décisions concernant leur santé », a dénoncé Joe Biden.

« Comment osent-ils ? »

La vice-présidente Kamala Harris s’est jointe à cette attaque.

« Comment osent-ils ? » s’est-elle exclamée lors d’un discours prononcé en Floride, évoquant ces responsables républicains qui veulent légiférer au niveau fédéral pour restreindre, voire supprimer le droit à l’avortement partout aux États-Unis.

Elle a aussi fustigé « les lois conçues par des extrémistes dans certains États dont la Floride » pour restreindre l’accès à l’avortement.

Au total, une vingtaine d’États gouvernés par les républicains se sont engouffrés dans la brèche ouverte par la Cour suprême, à laquelle Donald Trump a donné une composition résolument conservatrice.

L’organisation de planification familiale Planned Parenthood, soulignant que la majorité des Américains est favorable au droit à l’avortement, estime qu’une femme sur trois aux États-Unis vit dans un État ayant pris de telles mesures.

Sa présidente Alexis McGill Johnson a estimé que « ce qui arrive aux patientes et au personnel médical est terrible, mais cela relance aussi notre mouvement. […] Nous serons là et nous nous battrons. Chaque jour. »

« Pas négociable »

Dans ses tweets dimanche, Joe Biden martèle que « le droit des femmes à choisir n’est pas négociable » et appelle le Congrès à adopter une loi qui reprendrait les termes de l’arrêt de 1973, en s’imposant aux États conservateurs.

« Nous ne reculerons pas. Et nous savons que la bataille ne sera pas terminée tant que nous ne garantirons pas ce droit » à l’avortement dans un texte fédéral, a dit Kamala Harris pour sa part.  

Mais ni le démocrate de 80 ans ni la vice-présidente ne se font d’illusions.  

L’une des deux Chambres du Congrès, la Chambre des représentants, vient de passer aux mains des républicains. Ce Congrès divisé rend illusoire l’idée d’une grande loi sur l’avortement, que ce soit d’ailleurs pour le protéger ou le saper.  

La pression de la droite religieuse, sur ce sujet qui divise les États-Unis depuis des décennies, ne faiblit pas.

Des milliers d’opposants à l’avortement ont défilé vendredi pour réclamer aux parlementaires une interdiction nationale.

Le président ne peut lui que prendre des décrets à la portée limitée.

Dimanche, la Maison-Blanche a par exemple promis de protéger autant que possible l’accès aux pilules qui permettent d’interrompre une grossesse pendant les premières semaines.