(New York) Allen Weisselberg a préféré faire de la prison plutôt que de trahir Donald Trump.

Publié le 19 août
Richard Hétu
Richard Hétu Collaboration spéciale

Certes, l’ancien directeur financier de la Trump Organization n’a pas écopé une longue peine d’emprisonnement, jeudi matin, après avoir plaidé coupable à des accusations de fraude et d’évasion fiscale devant un juge de New York.

Aux termes d’une entente avec le procureur de Manhattan, Weisselberg pourrait n’avoir qu’à purger les 100 premiers jours d’une peine d’emprisonnement de cinq mois avant de retrouver sa liberté.

Il était passible de 15 ans d’emprisonnement pour avoir trompé les autorités fiscales en conspirant pendant plusieurs années avec la Trump Organization pour accorder des avantages « hors livres » à des cadres supérieurs de la société immobilière.

Il a lui-même reconnu avoir évité de verser des impôts sur plus de 1,7 million de dollars de revenus grâce à ce stratagème. Ce montant inclut le loyer d’un appartement à Manhattan, les paiements de location de deux véhicules Mercedes-Benz et les frais de scolarité de ses petits-enfants.

Mais aussi avantageuse soit-elle, cette entente marque la déchéance d’un homme qui a commencé sa carrière au sein de la Trump Organization en tant que comptable de Fred Trump, père de Donald Trump, dans les années 1970.

Allen Weisselberg, l’un des hommes de confiance de Donald Trump, est désormais reconnu comme un criminel. Il devra purger sa peine à Rikers Island, île new-yorkaise où se trouve une prison réputée pour son insalubrité et sa violence. Il devra verser des impôts, pénalités et intérêts totalisant près de 2 millions de dollars.

Et il devra être prêt à témoigner dans le procès que devra subir en octobre la Trump Organization pour le même stratagème pour lequel il a plaidé coupable.

« Mettre fin aux cauchemars juridiques »

Âgé de 75 ans, Weisselberg a accepté tout cela plutôt que de coopérer avec la justice new-yorkaise, comme l’espérait à l’origine le procureur de Manhattan, dans une enquête criminelle plus large visant Donald Trump lui-même.

« Dans l’une des décisions les plus difficiles de sa vie, M. Weisselberg a décidé de plaider coupable aujourd’hui pour mettre fin à cette affaire et aux cauchemars juridiques personnels qu’elle a causés pendant des années pour lui et sa famille », a déclaré Nicholas Gravante, un de ses avocats.

L’inculpation d’Allen Weisselberg et de la Trump Organization découlait de cette enquête plus large lancée en août 2018 par Cyrus Vance, le procureur de Manhattan de l’époque. Vance cherchait à déterminer si Donald Trump avait gonflé de façon illégale la valeur de ses hôtels, clubs de golf et autres actifs dans le but d’obtenir des prêts.

Et il entretenait l’espoir que la menace d’une peine d’emprisonnement inciterait Weisselberg à témoigner contre son patron. Celui qui portait le titre de directeur financier de la Trump Organization jusqu’à son inculpation n’a jamais montré la moindre intention de céder à cette menace.

N’empêche : en février dernier, deux membres de l’équipe de procureurs de Cyrus Vance ont démissionné quand le successeur de ce dernier, Alvin Bragg, leur a fait part de ses doutes quant à la possibilité d’engager des poursuites contre Donald Trump.

Selon Mark Pomeranz, l’un de ces procureurs, il ne faisait pas de doute que l’ancien président s’était rendu « coupable de multiples infractions graves ».

« Ses déclarations financières étaient fausses et il a un long passé de fabrication d’informations relatives à ses finances personnelles et de mensonges sur ses actifs aux banques, aux médias nationaux et à beaucoup d’autres personnes, y compris le peuple américain », a écrit Pomeranz dans sa lettre de démission à Bragg.

Jeudi, Alvin Bragg a déclaré que le plaidoyer de culpabilité d’Allen Weisselberg « implique directement la Trump Organization dans un large éventail d’activités criminelles et exige de Weisselberg qu’il fournisse des témoignages précieux dans le procès à venir contre la société ».

La Trump Organization a fait savoir que le plaidoyer de son ancien directeur financier ne changeait rien à son propre plaidoyer de non-culpabilité. Elle a décrit Weisselberg comme « un homme honorable qui, au cours des quatre dernières années, a été harcelé, persécuté et menacé par les forces de l’ordre ».

Si elle est reconnue coupable, la Trump Organization devra verser des amendes.

Pas de commentaire de Trump

Donald Trump, qui se trouve au centre d’un tourbillon d’enquêtes criminelles, n’a pas commenté le plaidoyer de culpabilité d’Allen Weisselberg. Au fait, l’enquête criminelle du procureur de Manhattan le visant est toujours officiellement ouverte. Elle se déroule en parallèle avec l’enquête civile que mène la procureure générale de l’État de New York, Letitia James, sur ses pratiques commerciales.

James tente également de déterminer si le patron de la Trump Organization a gonflé illégalement la valeur de ses actifs.

La semaine dernière, l’ancien président a invoqué le 5e amendement plus de 400 fois pour ne pas s’incriminer lors d’une déposition sous serment devant la procureure générale de l’État de New York. Cette dernière s’est réjouie, jeudi, du plaidoyer de culpabilité d’Allen Weisselberg.

« Ce plaidoyer de culpabilité envoie un message fort et clair : nous sévirons contre toute personne qui vole le public à des fins personnelles, car personne n’est au-dessus de la loi », a-t-elle déclaré dans un communiqué.

La loyauté d’Allen Weisselberg à l’endroit de Donald Trump pourrait cependant contribuer à faire croire le contraire.