Les policiers sont arrivés rapidement à l’école primaire Robb où un tireur sévissait, mais ils ont attendu plus d’une heure avant d’intervenir, a confirmé le colonel Steven McCraw, du département de la Sécurité publique du Texas. « C’était la mauvaise décision », a-t-il admis devant une horde de journalistes.

Mis à jour le 27 mai
Émilie Bilodeau
Émilie Bilodeau La Presse

McCraw a déclaré que le chef de la police d’Uvalde croyait que le tireur s’était barricadé dans une classe et qu’il n’y avait « aucun survivant ». Il a donc décidé d’attendre l’arrivée de l’équipe d’intervention tactique avant de confronter le tueur. Salvador Ramos est entré dans l’école à 11 h 33 ; l’équipe tactique est arrivée sur les lieux à 12 h 57.

« Bien sûr, ce n’était pas la bonne décision. C’était la mauvaise décision, point final. Il n’y a aucune excuse pour cela », a indiqué M. McCraw.

Le colonel a affirmé que les policiers auraient dû « entrer dès que possible ». « Quand il y a un tireur actif, les règles changent », a-t-il souligné.

Les policiers d’Uvalde venaient pourtant de suivre une formation sur les tireurs actifs, a révélé le New York Times. La priorité absolue dans ce genre d’intervention, c’est d’arrêter le meurtrier en le confrontant, ont appris les officiers il y a deux mois.

Mardi, ils ont mis 78 minutes avant de stopper le carnage.

À 11 h 28, Salvador Ramos a enlisé sa camionnette dans un fossé tout près de l’école. Il a tiré vers deux personnes qui s’approchaient de l’accident, mais elles ont échappé aux balles. Le tueur a ensuite visé les fenêtres des classes, puis il est entré dans l’établissement par une porte laissée entre-ouverte par un enseignant. Une fois à l’intérieur, il a utilisé plus de 100 fois son arme semi-automatique, a rapporté le colonel McCraw.

PHOTO MARCO BELLO, REUTERS

La camionnette de Salvador Ramos s’est enlisée dans un fossé près de l’école.

À 11 h 35, déjà sept policiers se trouvaient sur les lieux. L’un des premiers répondants a d’ailleurs roulé « juste à côté » du tueur, mais il avait erronément identifié un enseignant comme étant le suspect.

Deux élèves, qui se trouvaient dans la classe où de nombreux enfants ont été tués, sont parvenus à appeler le 911 à plusieurs reprises pendant la fusillade. Les appels ont duré de quelques secondes à quelques minutes.

À 12 h 03, une des élèves a murmuré son nom et a indiqué qu’elle se trouvait dans le local 112. À 12 h 10, elle a rappelé pour dire qu’il y avait plusieurs morts dans sa classe. À 12 h 13 et 12 h 16, elle a affirmé qu’il y avait huit ou neuf élèves encore en vie, a relaté le colonel McCraw.

PHOTO NURI VALLBONA, REUTERS

La fillette, dont l’identité n’a pas été révélée, a affirmé qu’elle pouvait entendre la voix des policiers tout près, à l’extérieur de l’école. « S’il vous plaît, envoyez des policiers rapidement », a-t-elle supplié. Lors de l’un des multiples appels, trois coups de feu ont été entendus sur la ligne téléphonique.

Les clés du concierge ont finalement été nécessaires pour ouvrir la porte de la classe et pour abattre le tireur de 18 ans. Dix-neuf enfants et deux enseignantes ont péri.

« Ils auraient dû agir plus rapidement »

Le père de la petite Amerie Jo Garza, l’une des 21 victimes, croit que quelqu’un devrait être tenu responsable pour le cafouillage de l’intervention policière.

« Ils auraient dû agir plus rapidement », s’est exclamé Alfred Garza, à la chaîne CNN. « Le temps pressait […] Au moment où les flics ont décidé d’entrer dans le bâtiment, il était déjà trop tard. »

Depuis mardi, Alfred Garza n’arrête pas penser à sa fille et à ses camarades : auraient-ils pu être sauvés si les policiers étaient intervenus plus rapidement ? Le père a dit à CNN qu’il partage la colère que d’autres parents ressentent.

« Nous devons nous assurer qu’à partir de maintenant, plus jamais quelque chose comme ça ne se reproduira ou nous devons être mieux préparés », a-t-il déclaré.

« Des personnes sont décédées. Ma fille est morte. Quelqu’un doit être tenu responsable », a-t-il ajouté.

La mère du tueur sort de l’ombre

Plus tôt en matinée, la mère du tireur de l’école d’Uvalde s’est exprimée pour la première fois dans les médias depuis que son fils a tué 21 personnes, dont 19 enfants.

IMAGE FOURNIE PAR TELEVISA

La mère du jeune homme, Adriana Martinez

« Je n’ai pas de mots, je n’ai pas de mots, je ne sais pas à quoi il pensait », a déclaré Adriana Martinez à Televisa, une filiale de CNN.

« Il avait ses raisons de faire ce qu’il a fait et s’il vous plaît, ne le jugez pas. Je veux seulement que les enfants innocents qui sont morts me pardonnent », a-t-elle ajouté.

La femme a décrit son fils comme étant « calme ». « Il ne dérangeait personne et ne faisait jamais rien pour ennuyer les autres », a poursuivi la mère de Salvador Ramos.

L’homme de 18 ans, qui venait tout juste d’acquérir deux armes d’assaut pour son anniversaire, ne vivait plus chez sa mère. Il habitait chez ses grands-parents. Avant de se rendre à l’école Robb pour y commettre un massacre, il a tiré sa propre grand-mère au visage. Un projectile a percé sa mâchoire et elle devra subir une importante chirurgie de reconstruction dans un hôpital de San Antonio, a affirmé Rolando Reyes, le grand-père du tueur, à la chaîne CNN.

Celui-ci a d’ailleurs déclaré qu’il connaissait de nombreuses familles qui ont perdu un être cher dans la tuerie.

« Certains d’entre eux sont mes amis et je vais devoir les affronter un jour », a-t-il dit.

Il a ajouté que la grand-mère du tireur, celle qui a été blessée, « a tout fait pour lui » y compris lui cuisiner des repas et venir le chercher après ses quarts de travail tardifs dans un restaurant rapide. Le grand-père a dit ne pas comprendre pourquoi le jeune de 18 ans s’en est pris à sa grand-mère.

Une survivante témoigne

Une élève de 11 ans, survivante de l’effroyable fusillade dans une école d’Uvalde au Texas, a raconté s’être enduite de sang et avoir fait la morte pour échapper au tireur qui venait de tuer ses camarades et professeures.

Dans un témoignage à la chaîne CNN, non filmé et sans citation directe, Miah Cerrillo a expliqué avoir utilisé le téléphone portable d’une professeure morte pour appeler la police et leur demander d’intervenir face à l’adolescent de 18 ans, qui a massacré mardi 19 enfants et deux enseignantes.

Il s’agit du premier témoignage connu d’un survivant de cette fusillade.

Ce matin-là, elle et ses camarades regardaient le dessin animé Lilo et Stitch quand les deux enseignantes, Eva Mireles et Irma Garcia, ont appris qu’il y avait un tireur au sein de l’école.

L’une d’entre-elle, raconte l’élève, a essayé de fermer la porte de la classe, mais le tireur, Salvador Ramos, était déjà là. Tout est allé très vite, dit-elle, il a regardé l’institutrice, lui a dit « bonne nuit » puis lui a tiré dessus, avant d’abattre sa collègue puis des élèves. Miah a été blessée à l’épaule et à la tête par des éclats.

Ensuite, poursuit l’élève, le tireur a ouvert une porte donnant sur une seconde classe. Elle a entendu des tirs, des cris. Salvador Ramos met de la musique sur haut-parleur – de la musique triste, selon Miah Cerrillo.

Avec le téléphone de l’enseignante décédée, la petite fille et un ami supplient la police d’intervenir : « Venez, s’il vous plaît… nous avons un problème ».

Effrayée avec quelques autres élèves survivants d’un retour du tireur dans leur classe, elle dit avoir plongé ses mains dans le sang d’un camarade, dont le cadavre se trouvait à côté d’elle, pour se l’enduire partout sur elle et faire la morte.

Elle pensait alors, dit-elle, que la police n’était toujours pas arrivée sur les lieux. Plus tard, se souvient-elle auprès de la chaîne américaine, elle a entendu la police arriver dehors.

Miah a poursuivi, en pleurs, disant qu’elle ne comprenait pas pourquoi la police n’était pas venue les sauver.

Elle a dit à CNN qu’elle avait trop peur de parler à un homme ou devant une caméra, mais voulait que les gens sachent ce qu’il s’était passé dans cette salle de classe.

Des touffes de cheveux lui tombent du crâne depuis. Ses parents ont lancé une cagnotte en ligne pour financer son suivi médical et psychologique.

L’assemblée de la NRA chamboulée

À quelques kilomètres d’Uvalde, l’horaire de l’assemblée annuelle de la National Rifle Association (NRA), qui commence vendredi, a été fortement chamboulé par la tuerie. Plusieurs politiciens et vedettes musicales ont annoncé qu’elles ne participeraient pas au congrès qui se tient trois jours après le carnage.

Le gouverneur du Texas, Greg Abbott, a annulé la conférence qu’il devait donner en personne. Il participera plutôt à une conférence de presse concernant la fusillade à Uvalde. Celle-ci doit avoir lieu à midi, heure de Montréal.

M. Abbott, grand défenseur du droit à détenir une arme à feu, a annulé la conférence qu’il devait animer devant les membres de la NRA. Il s’exprimera tout de même dans une vidéo préenregistrée, a précisé le journal Dallas Morning News. Son adjoint, Dan Patrick, ne s’y rendra pas afin d’éviter « d’ajouter à la douleur des familles », a-t-il dit dans un communiqué.

L’ancien président Donald Trump et le sénateur conservateur du Texas Ted Cruz, eux, ont confirmé leur présence à la grand-messe de la NRA.

« Daniel Defense », le fabricant de l’arme semi-automatique utilisée par le tueur, a annoncé qu’il n’assisterait pas à l’assemblée de la NRA. « Daniel Defence n’assiste pas à la réunion en raison de l’horrible tragédie d’Uvalde, au Texas, où l’un de nos produits a été utilisé à des fins criminelles. Nous pensons que cette semaine n’est pas le moment approprié pour promouvoir nos produits au Texas lors de la réunion de la NRA », a déclaré Steve Reed, vice-président du marketing.

Avec CNN, l’AFP et le New York Times