Au lendemain du carnage qui a coûté la vie à 19 enfants et 2 enseignantes, la communauté d’Uvalde est dévastée. Des Texans de partout se déplacent pour lui prêter main-forte.

Mis à jour le 26 mai
Lila Dussault
Lila Dussault La Presse

(Uvalde) « Je me sens comme si mon cœur s’était brisé », souffle Victoria Guajardo, 15 ans, devant sa maison qui fait face à l’école primaire d’Uvalde, au Texas. Au lendemain de la tuerie où 19 enfants et 2 enseignantes ont péri, elle était toujours sous le choc. L’une des victimes est sa cousine, Eliahna. Elle n’avait que 10 ans.

Un soleil impitoyable baignait Uvalde, mercredi, projetant une fausse impression de sérénité pour une communauté qui vient de connaître l’inimaginable. La veille, un jeune homme de 18 ans s’est introduit dans l’école primaire Robb, près du centre-ville et accueillant 500 enfants de 7 à 11 ans. Il en a abattu 19, blessé une dizaine d’autres et a tué deux enseignantes, avant de succomber sous les tirs des policiers.

Il s’agit de la tuerie en milieu scolaire la plus meurtrière de l’histoire du Texas, et de l’une des pires dans une école primaire aux États-Unis. Elle a rapidement ranimé le débat sur les armes à feu dans le pays.

Pour les habitants d’Uvalde, la vie a basculé en l’espace d’une demi-heure, mardi, à 11 h 30. La communauté principalement hispanique est passée de l’anticipation joyeuse du début des vacances à l’horreur la plus complète.

Jesse Ortiz, père de Victoria Guajardo, a tout vu.

PHOTO LILA DUSSAULT, LA PRESSE

Jesse Ortiz et sa fille Victoria Guajardo

« Je mangeais quand j’ai entendu des coups de feu », raconte le quinquagénaire, debout sur son parterre qui fait face à la petite école. Du pas de sa porte, il a filmé la scène : des dizaines de policiers s’engouffrant dans les lieux, des enfants sortis par les fenêtres ou à la course. Des parents paniqués qui tentaient d’entrer en forçant les fenêtres.

Lui-même attendait, figé, pour voir si sa petite-fille, qui fréquente cette école, allait en sortir vivante. « Elle a survécu, mais pas la fille de ma belle-sœur, confie-t-il, les yeux rougis. Ils sont dévastés. »

Je ne peux même pas imaginer ce qu’ils vivent.

Jesse Ortiz

Un chapelet de noms d’enfants

Amerie Jo Garza, Ellie Garcia, ​​Eva Mireles, Xavier Lopez… Au lendemain de la tuerie, les noms des jeunes victimes ont été diffusés sur les réseaux sociaux. Un mémorial a été improvisé sur le panneau devant l’école annonçant « Robb Elementary School – Bienvenidos ». Des ballons et des bouquets de fleurs s’y accumulent, déposés par les courageux qui osent braver les hordes de journalistes sur place.

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Des dizaines de journalistes entourent le périmètre de sécurité établi autour de l’école primaire Robb, au lendemain de la tuerie à Uvalde, au Texas.

Tout autour, des patrouilleurs circulent dans un vaste périmètre de sécurité. Des camions lourds, servant de quartier général ou de centre médical, bloquent la vue de la petite école, bâtiment d’un étage niché à l’ombre de grands arbres.

La présence d’autant de journalistes dérange Janie Rubio, une résidante de la rue qui fait face à l’école. Son parterre est piétiné sans relâche par les équipes médiatiques. La veille, elle a assisté à la fusillade, impuissante. Son petit-fils de 7 ans se trouvait dans l’établissement. « Imagine, je ne pouvais pas entrer. J’étais ici, ajoute-t-elle en pointant son parterre, puis l’école, juste de l’autre côté de la rue. Et je ne pouvais pas y aller ! »

Son petit-fils, Isaac Morales, a survécu au drame. Mercredi après-midi, il jouait au ballon devant la maison familiale, dans un semblant de normalité, au milieu du chaos. Mais le traumatisme est là : « Il ne veut pas retourner à l’école », résume Mme Rubio.

De l’aide de partout

Le choc de la tuerie a résonné bien au-delà d’Uvalde et de ses quelque 16 000 habitants. Autour du Centre civique, où les survivants reçoivent du soutien psychosocial, des âmes généreuses se sont déplacées sur des centaines de kilomètres pour prêter main-forte.

C’est le cas de J. R. Ortiz, policier de 44 ans de Pasadena, au Texas, ville située à près de 500 kilomètres à l’est. « C’est tragique, ce qui est arrivé, explique-t-il à La Presse. C’est pour ça que je suis ici. » Le père de trois enfants, dont un garçon de 9 ans, ne peut même pas imaginer l’horreur.

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J. R. Ortiz, policier de Pasadena, près de Houston, au Texas, est venu prêter main-forte à Uvalde.

Je suis juste ici pour aider. De n’importe quelle manière.

J. R. Ortiz, policier de Pasadena, au Texas

C’est au Centre civique que les parents, en attente de nouvelles de leurs enfants, se sont rassemblés la veille, pendant des heures pleines d’angoisse. Mercredi, des camions de cuisine de rue s’alignaient devant le bâtiment.

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Andrew Mora, de San Antonio, propriétaire d’un camion de cuisine de rue

Ils offrent de la nourriture et des rafraîchissements gratuits. Andrew Mora, propriétaire de l’un d’eux, a conduit près de 135 kilomètres depuis San Antonio mercredi matin pour offrir son soutien aux survivants. « C’est malveillant, ce qui s’est passé, affirme-t-il. Ça a ébranlé le monde ! » Il espère que la nourriture et le sentiment d’amour qui l’accompagne sauront offrir un baume aux familles dévastées. « Les gens sont reconnaissants, surtout quand ils réalisent qu’on vient d’ailleurs, soutient le restaurateur. Ils ne s’y attendaient pas. »