(New York) Kathy Barnette, candidate au Sénat des États-Unis en Pennsylvanie, n’est pas la première personnalité issue du Parti républicain dont Mike Mikus, démocrate indéfectible, souhaite la victoire à l’occasion d’une primaire.

Publié le 17 mai
Richard Hétu
Richard Hétu Collaboration spéciale

« En 2016, je pensais que la meilleure chose qui pouvait arriver au Parti démocrate était que Donald Trump devienne le candidat présidentiel du Parti républicain. Et nous avons été pris avec lui pendant quatre ans en tant que président des États-Unis », a rappelé le conseiller politique de la région de Pittsburgh lors d’un entretien téléphonique.

« Il n’y a pas de garanties dans ce business. J’ai appris à être un peu plus prudent dans ce que je souhaite, mais je souhaite toujours qu’elle gagne la primaire », a-t-il ajouté.

Il s’agirait de la surprise électorale de l’année. Il y a deux semaines, personne n’aurait pu prédire que Kathy Barnette, commentatrice afro-américaine âgée de 50 ans, remporterait mardi cette primaire républicaine pour l’élection sénatoriale de Pennsylvanie.

Or, comble de l’ironie, Donald Trump en vient aujourd’hui à la même conclusion que Mike Mikus à propos de cette candidate accusée d’homophobie et d’islamophobie, entre autres.

« Kathy Barnette ne pourra jamais gagner l’élection générale contre les démocrates de la gauche radicale », a déclaré la semaine dernière l’ancien président, qui appuie un autre candidat en lice, en l’occurrence Mehmet Oz, un néophyte politique qui doit sa célébrité à son émission de télévision éponyme.

Selon les derniers sondages, le DOz détient une courte avance sur Kathy Barnette, qui a effectué une remontée spectaculaire depuis le début du mois, et David McCormick, ex-PDG du plus important fonds spéculatif de la planète.

Avant d’explorer les raisons pour lesquelles un démocrate comme Mike Mikus et un républicain comme Donald Trump doutent de cette femme, un mot d’abord sur le fondement de sa popularité.

Catapultée par l’avortement

« Je suis le sous-produit d’un viol. Ma mère avait 11 ans quand j’ai été conçue. Dans le monde que la gauche désire, je ne serais jamais née. Nous avons besoin de leaders qui ont de la poigne pour diriger notre nation dans ces discussions difficiles. »

Dans un tweet publié le 3 mai dernier, Kathy Barnette a utilisé ces mots pour présenter une vidéo virale où sa mère et elle racontent les circonstances de sa naissance dans un coin perdu de l’Alabama.

Cette vidéo bien léchée a été diffusée le lendemain de l’exclusivité explosive du site d’information Politico concernant le renversement possible de l’arrêt de la Cour suprême Roe c. Wade.

Selon la plupart des analystes, la question de l’avortement a catapulté Kathy Barnette. La Pennsylvanie a beau avoir préféré Joe Biden à Donald Trump en 2020, elle compte bon nombre d’électeurs très conservateurs.

Et, de toute évidence, plusieurs d’entre eux ont été touchés par l’histoire personnelle de Kathy Barnette ainsi que par son opposition à l’avortement en toute circonstance.

La candidate a également profité de son alliance avec le sénateur d’État Doug Mastriano. Ce dernier devance tous ses concurrents dans la primaire républicaine pour l’élection au poste de gouverneur de Pennsylvanie.

Outre une opposition farouche à l’avortement, Mastriano a en commun avec Barnette une adhésion complète au grand mensonge de Donald Trump concernant le « vol » de l’élection présidentielle de 2020.

Les deux étaient d’ailleurs à Washington le 6 janvier 2021, jour de l’attaque du Capitole. Barnette a marché en compagnie de membres du groupe extrémiste Proud Boys, selon des photos publiées lundi par NBC News. Mastriano affirme de son côté avoir quitté Washington avant l’insurrection.

Sa victoire potentielle dans la primaire républicaine pour le poste de gouverneur de Pennsylvanie fait également saliver les démocrates.

Obama, ce « musulman »

Mais l’élection sénatoriale de Pennsylvanie est celle qui retient le plus l’attention à l’extérieur des frontières de l’État. Elle offre aux démocrates l’une de leurs meilleures occasions de conquérir un siège républicain au Sénat, dont le détenteur actuel, Pat Toomey, a choisi de se retirer.

Et elle met en scène une candidate qui a tenu des propos intolérants sur les réseaux sociaux ou en ondes à l’époque où elle animait une émission de radio et collaborait avec Fox News.

Elle a déjà qualifié Barack Obama de « musulman » ou d’« affreux musulman gai », et prôné l’interdiction de l’islam aux États-Unis.

« Si vous avez aimé la liberté, l’islam ne doit PAS être autorisé à prospérer en aucune circonstance », a-t-elle tweeté en 2014.

« Deux hommes qui dorment ensemble, deux hommes qui se tiennent par la main, deux hommes qui se caressent, ce n’est pas normal », a-t-elle dit en 2015.

« La pédophilie est la pierre d’assise de l’islam », a-t-elle gazouillé la même année.

Aujourd’hui, Kathy Barnette se défend en niant avoir proféré ces propos ou en jurant que ceux-ci n’étaient pas représentatifs de sa personne.

Des questions ont été soulevées, par ailleurs, sur son passé militaire et professionnel (elle dit avoir servi dans l’armée comme réserviste et enseigné au collège).

« Kathy va avoir beaucoup d’ennuis », a dit Donald Trump jeudi soir dernier, restant vague sur ce qu’il lui reproche.

Ces controverses changeront-elles le vote d’électeurs républicains qui se méfient des médias qui en font état ? Si elles n’empêchent pas Barnette de remporter la primaire républicaine, il faudra se souvenir d’une déclaration de Steve Bannon, ex-stratège de Donald Trump.

« Je ne cesse de dire aux gens que le président est loin d’être aussi politiquement à droite que certaines parties de ce mouvement populiste dont Kathy Barnette est la manifestation », a-t-il déclaré jeudi dernier dans son balado.

« C’est MAGA contre ultra-MAGA en Pennsylvanie », a-t-il ajouté en faisant référence au slogan électoral de Donald Trump en 2016 (Make America Great Again).

Ce combat réjouit Mike Mikus, le consultant démocrate.

« Une victoire de Barnette nous donnerait vraiment une bonne chance », a-t-il dit.

Intentions de vote de la primaire républicaine du 17 mai pour l’élection sénatoriale de Pennsylvanie

28 % Mehmet Oz

27 % Kathy Barnette

11 % David McCormick

Source : Susquehanna Polling & Research, dans un sondage publié le lundi 16 mai

Un AVC pour le meneur démocrate

Chez les démocrates, la primaire pour l’élection sénatoriale de Pennsylvanie semblait n’être qu’une formalité. Le lieutenant-gouverneur John Fetterman devait l’emporter facilement devant le représentant démocrate de Pennsylvanie Conor Lamb.

Fetterman, qui s’est fait remarquer en menant une campagne populiste en shorts et en hoodies, finira peut-être par triompher. Mais il se peut que des électeurs changent leur vote après avoir appris, dimanche, qu’il avait souffert d’un AVC deux jours plus tôt.

Fetterman assure qu’il se remettra complètement.