(Washington) L’industrie de défense américaine s’est concentrée ces dernières années entre les mains de tellement peu de groupes que le manque de concurrence représente un risque pour la sécurité nationale des États-Unis, selon un rapport du Pentagone publié mardi.

Publié le 15 février
Agence France-Presse

« Depuis les années 1990, le nombre de groupes de défense et de construction aéronautique sont passés de 51 à cinq », a souligné au cours d’une conférence de presse un haut responsable du gouvernement américain, en référence à Boeing, Lockheed-Martin, Raytheon Technologies, General Dynamics et Northrup-Grumman.

« C’est un problème de sécurité nationale, mais c’est aussi un problème économique majeur », a-t-il ajouté. « L’absence de concurrence fait que les grands groupes ne se sentent plus autant obligés de prouver que leurs produits sont les meilleurs ou de maintenir des prix bas, ce qui veut dire moins d’innovation et un moins bon rapport qualité-prix pour le contribuable ».

Selon le rapport du Pentagone, la réduction du nombre de groupes capables d’entrer en concurrence pour des contrats du ministère de la Défense touche tous les secteurs de l’armement : les fabricants de missiles tactiques sont passés de 13 à trois en 30 ans, les constructeurs aéronautiques de huit à trois, et les constructeurs de satellites de huit à quatre.

Aujourd’hui, 90 % des missiles américains proviennent de trois sources seulement, selon le rapport.

Le ministère de la Défense en conclut que le gouvernement américain doit faire un effort pour aider les petites sociétés, qui « stimulent l’innovation, déposant en moyenne 16,5 fois plus de brevets que les grands groupes », à répondre aux appels d’offres.

Au lendemain du blocage par le régulateur américain de la concurrence de la prise de contrôle du constructeur de missiles Aerojet Rocketdyne par le géant du secteur Lockheed Martin, le Pentagone encourage aussi le gouvernement à intervenir directement pour empêcher des fusions qui limiteraient encore le nombre de groupes susceptibles d’entrer en concurrence.

« Le nombre de petites entreprises dans le secteur de la défense a diminué de 40 % au cours des dix dernières années. Si aucune mesure n’est prise, le ministère de la Défense pourrait perdre 15 000 fournisseurs de plus dans les dix années qui viennent », conclut le document.