(Washington) L’affrontement à distance avec Joe Biden n’aura pas lieu : l’ancien président Donald Trump a fait volte-face mardi et renonce à donner une conférence de presse jeudi, un an exactement après l’assaut du Capitole par ses partisans.

Mis à jour le 4 janvier
Aurélia END Agence France-Presse

Dans un communiqué publié mardi, le républicain assure qu’il s’exprimera le 15 janvier, dans une réunion en Arizona.

Il s’insurge à nouveau contre la « fraude » qui a selon lui, et sans qu’il n’en apporte aucune preuve, entaché la dernière élection présidentielle remportée par Joe Biden. « Le crime du siècle ! », écrit Donald Trump, que son adversaire démocrate a devancé de 7 millions de voix.

L’ex-homme d’affaires n’apporte pas d’explication claire à l’annulation de la conférence de presse qu’il prévoyait faire de sa luxueuse résidence en Floride.

Il dit renoncer « à la lumière » de la commission parlementaire « partiale et malhonnête » qui enquête sur son rôle et celui de ses proches dans cette attaque qui a traumatisé l’Amérique.

Le républicain charge également les médias « Fake News », l’une de ses cibles favorites.

L’annonce de cet évènement, qui aurait coïncidé avec un moment de recueillement du Congrès américain à Washington, avait été reçue comme une provocation de plus par les critiques de l’ancien président.

Mais la perspective de cette prise de parole semblait également embarrasser le camp républicain, sur lequel Donald Trump a pourtant une immense influence. La majorité des sympathisants du parti conservateur adhèrent en effet à la thèse du « vol » de la dernière élection présidentielle qu’il colporte.  

« Le comportement de Trump n’a sans doute pas de précédent dans l’histoire américaine. Aucun ancien président n’a à ce point tenté de jeter le discrédit sur son successeur et sur le processus démocratique », estime Carl Tobias, professeur de droit à l’Université de Richmond.

Prise de parole de Joe Biden

La volte-face de Donald Trump laisse la voie libre à Joe Biden, qui prendra bien la parole jeudi de l’enceinte du Capitole, là même où des milliers de partisans de son adversaire républicain ont essayé d’empêcher le Congrès de certifier son élection.

PHOTO EVAN VUCCI, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Joe Biden, président des États-Unis

« Il va parler du travail qui reste à faire pour assurer et renforcer notre démocratie et nos institutions, pour rejeter la haine et les mensonges que nous avons vus le 6 janvier, pour unir le pays », a dit mardi sa porte-parole, Jen Psaki.

Depuis son élection, Joe Biden semble répugner à s’en prendre frontalement à « l’autre type » ou « le gars d’avant » – les formulations employées par le président et par la Maison-Blanche pour ne surtout pas nommer celui que, peut-être, il faudra à nouveau affronter lors de la présidentielle de 2024.  

Officiellement, Joe Biden compte se représenter, et le républicain, lui, laisse entendre qu’il y songe.

Selon Lara Brown, professeure de science politique à l’Université George Washington, « le président et la vice-présidente [Kamala] Harris ne peuvent pas aller sur ce terrain » de l’attaque verbale directe « parce qu’ils ne veulent pas donner l’impression d’une “chasse aux sorcières” » orchestrée de la Maison-Blanche, pour reprendre une expression chère à Donald Trump.  

« Naïveté »

« L’administration Biden se disait qu’en prenant de bonnes décisions politiques, tout cela disparaîtrait, mais je crois que c’est de la naïveté », ajoute-t-elle.

À croire Joe Biden, le meilleur moyen de contrer Donald Trump serait de réconcilier la classe moyenne américaine avec la démocratie représentative, en lui garantissant des emplois, du pouvoir d’achat et une certaine sérénité face à la mondialisation.

Mais le président, de plus en plus impopulaire, peine à produire les résultats espérés : les États-Unis subissent avec une immense lassitude une nouvelle vague de la pandémie, ses grandes réformes sociales sont bloquées au Congrès, le coût de la vie augmente…

Rachel Bitecofer, stratège proche du camp démocrate, pense que Joe Biden devrait affronter plus crûment l’ancien homme d’affaires et le parti républicain.

Face à un Donald Trump qui vient de soutenir, dans un communiqué, le dirigeant hongrois ultraconservateur Viktor Orban, « nous devons être très francs sur ce que cela veut dire », juge-t-elle.

Il s’agit, selon Rachel Bitecofer, d’un moyen pour l’ancien président « de signaler ce qu’il veut pour l’Amérique et ce n’est pas un avenir démocratique ».  

Mais, déplore-t-elle, « il y a une vraie réticence à admettre à quel point l’attaque de la droite contre la démocratie est virulente ».

« Les menaces actuelles contre la démocratie sont réelles et inquiétantes », juge Carl Tobias. Il estime toutefois que « les États-Unis ont surmonté des crises bien plus dangereuses, en particulier la guerre de Sécession ».