(Providence) Robert F. Kennedy fils monte sur la scène d’une église du sud de la Californie, rayonnant de confiance et balayant la foule en délire avec les mêmes yeux bleus perçants que de son père, Bobby Kennedy. Puis, il se lance dans une diatribe contre les vaccins. Les démocrates « ont bu le Kool-Aid ! », a-t-il lancé aux personnes rassemblées pour une conférence d’extrême droite pour la « défense de la santé et de la liberté ».

Publié le 16 déc. 2021
Michelle R. Smith Associated Press

« C’est une faute professionnelle médicale criminelle de donner à un enfant un de ces vaccins », a affirmé M. Kennedy dans une vidéo de l’évènement, une de ses nombreuses affirmations contraires au consensus juridique, scientifique et de la santé publique.

Il fait la promotion de son livre

Ensuite, M. Kennedy enchaîne en faisant la promotion de son livre. Si seulement 300 participants le précommandaient sur Amazon le soir même, dit-il à la foule, le bouquin atterrira sur la liste des best-sellers et les acheteurs feraient « un pied de nez à Amazon et Jeff Bezos ».

Tous les bénéfices, a-t-il promis, iront à son association, Children’s Health Defence (CHD).

Alors que de nombreuses organisations et entreprises à but non lucratif ont peiné à survivre pendant la pandémie, le groupe antivaccin de M. Kennedy a prospéré. Une enquête de l’Associated Press révèle que Children’s Health Defence a accumulé fonds et adeptes quand M. Kennedy a utilisé la visibilité que lui confère son prestigieux nom de famille pour ouvrir des portes, amasser des fonds et donner de la crédibilité à son groupe. Des documents montrent que les revenus du groupe ont plus que doublé en 2020, à 6,8 millions de dollars américains.

Depuis le début de la pandémie, Children’s Health Defence a augmenté le lectorat de son bulletin, qui propage des informations biaisées, des faits fragmentaires et des théories du complot pour répandre la méfiance face aux vaccins anti-COVID-19. Le groupe a même lancé une chaîne de télévision sur l’internet et un studio de tournage.

Actif au Canada, publié en français

CHD a des ambitions mondiales : en plus d’ouvrir de nouvelles succursales aux États-Unis, le groupe compte désormais des avant-postes au Canada, en Europe et, plus récemment, en Australie. Il traduit des articles en français, allemand, italien et espagnol, et multiplie les embauches.

Selon les données de Similarweb, une société de recherche numérique qui analyse le trafic Web, Children’s Health Defense est devenu un des « sites de médecine alternative et naturelle » les plus populaires au monde, atteignant un pic de près de 4,7 millions de visites par mois. Le site recevait moins de 150 000 visites mensuelles avant la pandémie.

Pour augmenter son influence, Children’s Health Defence a ciblé avec ses fausses affirmations des groupes qui pourraient être plus enclins à se méfier du vaccin, y compris les mères et les noirs américains, affirment des experts. Selon eux, cette stratégie peut avoir des conséquences mortelles : alors que la pandémie a fait plus de 5 millions de victimes, la désinformation est considérée comme une menace à la santé publique.

Robert Kennedy fils est le neveu du président démocrate assassiné en 1963 John Kennedy et fils du procureur général Bobby Kennedy, assassiné durant en 1968 durant sa campagne présidentielle.

Sensibles à tous les complots

Aux États-Unis en particulier, les vaccins sont devenus un problème politique épineux. Or, l’opposition de M. Kennedy aux vaccins l’a parfois rapproché des forces antidémocratiques de droite qui font cause commune avec le mouvement antivaccin. Cet héritier de la famille démocrate la plus connue au pays a participé à des manifestations relayant le mensonge de Donald Trump selon lequel les élections de 2020 ont été volées. Il s’est aussi associé à des personnes qui ont célébré ou minimisé l’assaut du 6 janvier contre le Capitole.

M. Kennedy est un élément clé du mouvement antivaccin depuis des années, mais des médecins et des défenseurs de la santé publique ont déclaré à l’AP que la COVID-19 l’a propulsé à un autre niveau.

« Avec la pandémie, il a été turbocompressé », a déclaré le docteur David Gorski, qui est chirurgien cancérologue à la faculté de médecine de l’université Wayne State et un adversaire du mouvement antivaccin.

« Mouvement de propagande »

Le cardiologue Richard Allen Williams, qui est professeur de médecine à l’Université de la Californie à Los Angeles et le fondateur du Minority Health Institute, a déclaré que M. Kennedy dirigeait « un mouvement de propagande » et « une opération absolument raciste » particulièrement dangereuse pour la communauté noire.

« Il est vraiment le chef de file de la campagne de désinformation, a déclaré le docteur Williams, qui a écrit plusieurs livres sur la race et la médecine. Tant de gens, même dans les cercles scientifiques, ne réalisent pas ce que fait Kennedy. »

Même des membres de la famille Kennedy qualifient son travail de « dangereux ».

M. Kennedy, 67 ans, s’est taillé une carrière en tant qu’auteur à succès et grand avocat spécialisé dans l’environnement, luttant pour d’importantes causes de santé publique telles que l’eau potable. Son travail en tant que porte-parole de ce mouvement aurait probablement défini sa participation à la vie publique américaine.

Piqué par le complot antivax

Mais il y a plus de 15 ans, il est devenu obsédé par la conviction que les vaccins ne sont pas sécuritaires. Bien qu’il existe de rares cas de réactions graves aux vaccins, les milliards de doses administrées dans le monde sont la preuve tangible de leur sécurité. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les vaccins préviennent jusqu’à cinq millions de décès par an.

Pendant la pandémie, M. Kennedy est devenu une source omniprésente de fausses informations sur la COVID-19 et les vaccins. Plus tôt cette année, il a été inclus dans la Disinformation Dozen par le Centre de lutte à la haine numérique. Cette ONG affirme que Robert Kennedy fils et le site internet de Children’s Health Defence sont parmi les principaux diffuseurs de fausses informations sur les vaccins en ligne.

La porte-parole de M. Kennedy, Rita Shreffler, a indiqué à l’AP le 6 décembre qu’il n’était pas disponible pour une entrevue pour ce reportage.

Le 2 décembre, cependant, elle avait écrit à AP pour se plaindre d’un « black-out total des médias grand public » à propos du livre de M. Kennedy et proposer des entrevues.

Un journaliste d’AP a répondu dans les 20 minutes et a envoyé plusieurs courriels de suivi. Lorsque Mme Shreffler a finalement répondu, elle a demandé que la « liste de questions soit approuvée avant de planifier un entretien ». AP a décliné cette restriction, et M. Shreffler a alors indiqué que M. Kennedy ne parlerait pas avec l’Associated Press.

Désinformation antivax

Plus de 200 millions d’Américains ont reçu un vaccin contre la COVID-19, et les effets secondaires graves sont extrêmement rares, selon le suivi de la sécurité du gouvernement. Ce suivi et ces tests sur des dizaines de milliers de personnes ont montré que les vaccins sont sûrs et efficaces pour réduire le risque de maladie grave et de décès, et que les risques pour la santé posés par le vaccin sont bien inférieurs aux risques posés par le virus.

Children’s Health Defence et ses partisans, cherchant à saper ce message, utilisent des techniques astucieuses pour fournir de la désinformation antivax même à ceux qui n’en cherchent pas.

L’AP a trouvé des liens vers Children’s Health Defence sur Facebook. Alors que plusieurs ont été partagés sous forme de publications sur les pages d’autres militants antivaccins, plusieurs autres références ont été placées dans les commentaires de pages Facebook généralement consultées pour obtenir des informations fiables, y compris les pages Facebook officielles du gouvernement dans les 50 États et dans les services de santé de presque tous les États.

« Le vaccin n’a pas été créé pour nous sauver tous d’une pandémie. La pandémie a été créée pour nous amener à prendre le vaccin et plus encore », a écrit une personne en février sous une publication Facebook du département de la Santé et des Services sociaux de Caroline du Nord. Le commentaire comprend un lien vers un article du Children’s Health Defence qui, en janvier, affirmait que 329 décès à la suite du vaccin contre la COVID-19 avaient été signalés au système fédéral de surveillance de la sécurité des vaccins (qui a été utilisé à mauvais escient par les militants antivaccins).

Pages Facebook canadiennes

Les gens ont également partagé des liens CHD sous des messages publiés par des gouverneurs, des écoles, des hôpitaux, des avant-postes militaires, des universités, des organes de presse et même une équipe de soccer professionnelle. Une sénatrice de l’Alaska a partagé des liens CHD sur sa page Facebook au moins quatre fois depuis mars. Ils ont également été partagés en dehors des États-Unis, sur des pages Facebook dans des endroits comme le Canada, la Norvège et la Grèce.

M. Kennedy a des centaines de milliers d’abonnés sur Facebook et Twitter, bien qu’il ait été expulsé de la plate-forme Instagram de Facebook plus tôt cette année. Children’s Health Defence reste présente sur les trois plateformes.

Depuis janvier, les publications liées au vaccin contre la COVID-19 de Children’s Health Defence ont été partagées plus fréquemment sur Twitter que les liens vers le contenu concernant les vaccins sur des sites grand public tels que CNN, Fox News, NPR et les Centres de contrôle et de prévention de la maladie des États-Unis (CDC), selon l’Observatoire sur les médias sociaux de l’Université de l’Indiana, qui suit le contenu lié au vaccin contre la COVID-19 sur Twitter.

En quelques semaines, a constaté l’Observatoire, le contenu du CHD au sujet du vaccin contre la COVID-19 a été partagé plus souvent que celui du New York Times et du Washington Post.

Une autre équipe de recherche a découvert que le groupe de M. Kennedy, ainsi qu’un groupe désormais supprimé appelé Stop Mandatory Vaccination (Halte à la vaccination obligatoire), avaient acheté plus de la moitié de la publicité antivaccins sur Facebook avant la pandémie. Un membre de cette équipe, David Broniatowski de l’université George Washington, a déclaré que les groupes avaient ciblé avec ces publicités Facebook les femmes en âge de procréer en utilisant des données démographiques.

Ils sont beaucoup plus efficaces que notre infrastructure de santé publique. C’est en partie parce qu’ils ont juste une base centralisée avec une idée très claire de ce qu’ils veulent faire.

David Broniatowski de l’université George Washington

L’efficacité du CHD s’explique en partie de sa présence au cœur d’un réseau de sites antivax qui se relient et s’amplifient. Cela crée une chambre d’écho de désinformation qui renforce les faux récits minimisant les dangers de la COVID-19 et qui exagère les risques du vaccin. Par exemple, le lendemain de l’approbation complète par la Food and Drug Administration (FDA) du vaccin Pfizer, M. Kennedy et le CHD ont envoyé un article affirmant à tort que le vaccin autorisé n’était pas celui qui était disponible, a illustré Dorit Reiss, qui est professeur à la Faculté de droit de l’Université de la Californie à Hastings et un expert en droit des vaccins.

« Cela a commencé avec CHD le lendemain de l’approbation, puis a été repris par les voix de la droite », a dit M. Reiss.

L’idée a circulé dans les médias marginaux d’extrême droite. Puis, plus d’un mois après la publication de l’article, le sénateur républicain Ron Johnson du Wisconsin a participé à l’émission de Tucker Carlson sur Fox News et répété la fausseté que le vaccin approuvé n’était pas disponible aux États-Unis.

Cela est devenu l’un des plus gros articles de CHD de l’année dernière, avec environ 40 000 interactions sur Facebook, selon CrowdTangle, un outil appartenant à Facebook qui permet de suivre le contenu sur les plateformes.

Dans les commentaires sur le site de CHD, les gens ont exprimé leur colère, leur peur et leurs appels à l’action. « Vous savez, plus je lis les nouvelles, plus mon estomac se contracte en une petite boule », a écrit l’un d’eux. « Et ils se demandent pourquoi nous ne leur faisons pas confiance et pourquoi les gens ne seront pas vaccinés », a déclaré un autre. L’un d’eux a suggéré aux gens de marcher sur Washington à l’occasion du 20e anniversaire des attentats du 11 septembre, en écrivant : « Faites que le 6 janvier ressemble à un pique-nique ».

En plus de sa montée en puissance sur les réseaux sociaux, le site internet de CHD a également connu une explosion de trafic. Selon Similarweb, en novembre 2019, quelques mois avant le début de la pandémie, Children’s Health Defence a reçu 119 000 visites. Cela était passé à environ trois millions de visites le mois dernier, après avoir culminé en août à près de 4,7 millions.

Et son bulletin quotidien atteint plus de huit millions de personnes par mois par courriel, selon un appel de collecte de fonds de CHD qui visait à récolter un million de dollars d’ici le 30 novembre. L’AP n’a pas été en mesure de vérifier cette affirmation de manière indépendante.

En novembre, M. Kennedy a publié son livre The Real Anthony Fauci, dans lequel il accuse le principal spécialiste des maladies infectieuses du pays d’avoir aidé à orchestrer « un coup d’État historique contre la démocratie occidentale ». Un porte-parole du Dr Fauci n’a pas souhaité faire de commentaire.

Ivermectine et hydroxychloroquine

M. Kennedy utilise également le livre pour promouvoir des traitements contre la COVID-19 non prouvés tels que l’ivermectine, qui est destiné à traiter les parasites, et le médicament antipaludique hydroxychloroquine. Il soutient aussi que la sécurité des vaccins pour enfants n’est pas correctement testée, même si la FDA exige trois phases de tests impliquant des centaines de milliers de personnes avant d’approuver un vaccin infantile.

Sa sœur, Kerry Kennedy, qui dirige l’organisme Robert F. Kennedy Human Rights, le groupe de défense des droits internationaux fondé par leur mère, Ethel, a déclaré à l’AP qu’il était irresponsable d’attaquer des médecins et des scientifiques. Plusieurs, dont le docteur Fauci, ont reçu des menaces de mort, ce qui peut dissuader les gens d’entrer dans la profession.

« Notre famille sait qu’une menace de mort doit être prise au sérieux », a-t-elle déclaré, une allusion aux assassinats de John F. Kennedy et de Robert Kennedy.

Le groupe de Mme Kennedy, qui soutient les vaccinations obligatoires décrétées par le gouvernement et le passeport sanitaire, a décerné au docteur Fauci son prix « Ripple of Hope » (vague d’espoir) l’année dernière.

M. Kennedy fils, en revanche, a passé des mois à faire la promotion de son livre, notamment lors de la conférence d’extrême droite Reawaken America dans le sud de la Californie en juillet. Le mois dernier, CHD a exhorté ses partisans à acheter le livre immédiatement afin qu’il figure sur la liste des best-sellers du New York Times. Certains commentateurs sur le site de CHD ont déclaré avoir acheté plusieurs exemplaires pour stimuler les ventes. L’un d’eux a déclaré qu’il en avait acheté neuf et qu’il prévoyait d’en acheter davantage pour les mettre dans des boîtes d’échange de livres de quartier « pour aider à propulser le livre au premier rang de la liste des best-sellers du New York Times ».

Le vœu de M. Kennedy a été exaucé. Son livre a atteint le n° 5 sur la liste du Times le mois dernier et le n° 1 sur Amazon. Il s’était vendu à près de 166 000 exemplaires jusqu’au début du mois de décembre, selon NPD BookScan, qui suit environ 85 % des ventes d’imprimés.

Avec Roger Stone

Le message antivaccin de M. Kennedy l’a rapproché de nombreuses personnalités qui ont attaqué les normes et les institutions démocratiques du pays. Une photo publiée sur Instagram le 18 juillet, et apparemment prise dans les coulisses de l’évènement Reawaken America, le montre aux côtés de l’allié de l’ancien président Donald Trump, Roger Stone ; de la profiteuse antivaccins Charlene Bollinger ; et de l’ancien conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn, qui ont tous répété le mensonge selon lequel les élections de 2020 ont été volées.

M. Kennedy a participé à plusieurs évènements avec Mme Bollinger et son mari, même après que leur groupe d’action politique ait parrainé un rassemblement d’antivaccins pro-Trump près du Capitole le 6 janvier, lorsque, comme l’AP l’a signalé précédemment, Mme Bollinger a célébré l’attaque et son mari a essayé d’entrer dans le Capitole. M. Kennedy a filmé une conversation vidéo pour leur groupe au printemps.

Il a également courtisé les principaux donateurs du Parti républicain, notamment Leila et David Centner, qui figuraient sur la liste des membres du conseil d’administration du CHD pour 2021. Le couple est surtout connu pour l’école privée qu’il a créée à Miami, la Centner Academy, qui a mis en place des politiques antivaccins pour les enfants et les enseignants.

Théorie discréditée sur le mercure

M. Kennedy dit souvent qu’il a commencé à s’intéresser aux vaccins après qu’une mère lui ait dit qu’elle croyait que son fils avait développé l’autisme à la suite d’une exposition au mercure contenu dans un vaccin.

Cette théorie a été complètement déboulonnée. Cette forme de mercure, le thimérosal, a été supprimée des vaccins infantiles il y a des années sans aucun effet sur les niveaux d’autisme. Pourtant, M. Kennedy et d’autres continuent d’affirmer, contre le consensus scientifique, que les vaccins sont liés à l’autisme, aux allergies alimentaires et à une foule d’autres problèmes médicaux. Parmi les ingrédients contre lesquels il met en garde, il y a des substances courantes telles que l’aluminium, l’acétaminophène, le fluorure et les additifs alimentaires.

En 2015, M. Kennedy a rejoint Eric Gladen, qui avait fondé en 2007 un groupe appelé World Mercury Project dans le sud de la Californie. M. Gladen pense qu’il a été empoisonné au mercure à la suite d’une injection contre le tétanos et il a réalisé un film intitulé Trace Amounts.

M. Gladen a déclaré à l’AP que des membres de la famille Kennedy l’avaient exhorté à prendre ses distances avec le groupe après qu’il ait projeté son film dans la maison de la sœur de M. Kennedy à Malibu. Le lendemain matin, se souvient M. Gladen, M. Kennedy l’a appelé à 6 heures pour lui dire qu’il pourrait compter sur lui.

Le World Mercury Project avait du mal à rester à flot, mais tout a changé lorsque M. Kennedy s’est impliqué. Il était « une machine », faisant des recherches, écrivant des lettres ouvertes, prononçant des discours et se connectant avec des personnes bien placées, a déclaré M. Gladen. Il n’y avait « presque aucune limite » à qui ils pouvaient rejoindre.

Le World Mercury Project, qui n’avait inscrit que 13 114 $  de revenus sur sa déclaration d’impôt de 2014, a déclaré des revenus 467 443 $ l’année suivante, après l’implication de M. Kennedy.

M. Gladen a démissionné du World Mercury Project pour des raisons de santé en août 2016, mais continue de soutenir son travail.

M. Kennedy est devenu président du conseil d’administration et chef du contentieux. Le groupe s’est rebaptisé Children’s Health Defense en 2018, supprimant le mot « mercure » de son nom et annonçant une mission élargie. Un communiqué de presse a mis l’accent sur l’autisme, le TDAH et d’autres « épidémies de santé » affectant les enfants. Il n’a mentionné les vaccins qu’une seule fois, presque de manière incidente.

M. Kennedy a déclaré à Tucker Carlson lors d’une entrevue à Fox en juillet 2017 que son travail sur les vaccins était « probablement le pire choix de carrière que j’aie jamais fait ». Lorsque l’animateur de Fox News lui a demandé s’il « était payé pour cela », Kennedy a répondu : « Non, je ne le suis pas. En fait, je perds même de l’argent ».

Selon ses déclarations de revenus, M. Kennedy a reçu 131 250 $  de Children’s Health Defence en 2017. En 2018, il a reçu 184 375 $. En 2019, l’année la plus récente disponible, sa rémunération était passée à 255 000 $. M. Kennedy a déclaré ce mois-ci au site conspirationniste InfoWars qu’il avait « le contraire d’un motif de profit ».

« J’ai probablement perdu 80 % de mes revenus à cause de ce que je fais, ainsi que de nombreuses amitiés, en plus de relations endommagées, même avec des membres de ma famille », a déclaré M. Kennedy.

Pourtant, le succès de la collecte de fonds de CHD n’a fait qu’augmenter avec l’implication de M. Kennedy, et aucune année n’a été plus fructueuse que 2020.

Des documents déposés par le groupe en Californie montrent qu’en 2018, CHD a déclaré un chiffre d’affaires brut de 1,1 million de dollars. Cela est passé à près de 3 millions US en 2019. En 2020, l’année la plus récente disponible, les revenus avaient plus que doublé pour atteindre 6,8 millions US.

Le groupe a indiqué qu’il avait dépensé plus de 3,5 millions US en dépenses de programmes l’année dernière, la première année de la pandémie. Cela comprend la production de 49 « vidéos éducatives » et de six livres électroniques, a rapporté CHD à Guidestar.

Le groupe de M. Kennedy a également fait pression concernant la législation sur les vaccins dans les États ; collecté d’importantes sommes d’argent auprès d’intérêts particuliers, tels que les chiropraticiens ; et déposé plusieurs poursuites, dont une poursuite de 5 millions l’année dernière contre Facebook. Il prétend notamment que Facebook a désactivé le « bouton de don » sur sa page, nuisant aux efforts de financement de CHD. Rien qu’en mai 2019, selon sa poursuite, Children’s Health Defence dit avoir reçu 24 872 $ US de dons d’utilisateurs de sa page Facebook. Un juge fédéral a rejeté la poursuite en juin, mais CHD fait appel.

Profiter du nom Kennedy

M. Kennedy utilise également son nom de famille et son héritage pour collecter des fonds.

À plusieurs reprises, il a offert un voyage au complexe Kennedy à Cape Cod comme leurre pour recueillir des dons pour Children’s Health Defence. Alors que des photos de famille et des images de personnes, dont le président John F. Kennedy, défilaient sur l’écran d’un appel Facebook, Robert F. Kennedy fils a déclaré que le gagnant rencontrerait des membres de la famille Kennedy lors de la visite.

« Il y a toujours beaucoup de monde et une bonne conversation, a-t-il déclaré dans une vidéo publiée en 2020. Si ma mère décide de venir, l’aventure est garantie. »

Kerry Kennedy a déclaré que son frère avait supprimé du contenu familial à sa demande. Pourtant, a-t-elle noté, il continue de faire référence au nom du président Kennedy pour faire avancer sa position antivaccins.

« Quiconque croit cela ne connaît pas son histoire. Les vaccins ont été un effort majeur de John F. Kennedy, à la fois en tant que sénateur et plus tard en tant que président », a-t-elle déclaré.

« J’aime Bobby, (mais) je pense qu’il se trompe complètement sur cette question et qu’il est très dangereux, a-t-elle déclaré. Le fait de ne pas se faire vacciner met la vie des gens en danger. Cela a non seulement un impact sur la personne qui refuse le vaccin, mais met en péril la communauté dans son ensemble. »

Mais cela ne l’a pas découragé. Il nomme souvent les principaux responsables gouvernementaux et scientifiques auxquels il a accès, y compris Francis Collins, le directeur des National Institutes of Health.

« Une partie de l’avantage de faire partie de ma famille est que je peux avoir ces personnes au téléphone presque instantanément », a déclaré M. Kennedy à la Centner Academy.

M. Collins a déclaré à l’AP qu’il était « très déçu » de M. Kennedy.

« Avec la puissance de son nom — avec son héritage remarquable et une famille qui a tant fait pour l’Amérique — qu’il l’utilise pour répandre des mensonges sans se rendre compte, en se regardant dans le miroir, qu’il fait du mal », a déclaré M. Collins, ajoutant, « Honte à lui ».