(New York) Ghislaine Maxwell, ex-compagne de Jeffrey Epstein, était bien plus qu’une rabatteuse de jeunes filles mineures destinées à assouvir les besoins sexuels du financier new-yorkais.

Publié le 30 nov. 2021
Richard Hétu
Richard Hétu Collaboration spéciale

Aujourd’hui âgée de 59 ans, cette fille d’un magnat britannique des médias, figure jadis incontournable de la scène mondaine de New York, était elle-même une prédatrice sexuelle.

Tel est le portrait qu’a cherché à brosser d’elle la procureure fédérale Lara Pomerantz, lundi après-midi, dans une salle d’audience de Manhattan bondée de journalistes et de spectateurs, à l’ouverture du procès très attendu de la Franco-Américano-Britannique.

PHOTO RICK BAJORNAS, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Ghislaine Maxwell, en 2013

« Derrière des portes fermées, l’accusée et Epstein commettaient des crimes odieux. Ils agressaient sexuellement des adolescentes », a déclaré la procureure aux jurés qui seront appelés à se prononcer à l’issue d’environ six semaines de témoignages et de plaidoiries.

Arrêtée au New Hampshire et détenue à Brooklyn depuis l’été 2020, Ghislaine Maxwell n’a pourtant pas été inculpée pour agressions sexuelles.

Elle fait face à six chefs d’accusation liés à ce que les procureurs fédéraux estiment être son rôle dans la facilitation de l’exploitation et de l’agression sexuelles d’adolescentes et de jeunes femmes par Jeffrey Epstein.

Mais Lara Pomerantz a martelé que le rôle de Ghislaine Maxwell ne s’était pas limité à gagner la confiance des jeunes filles mineures, à « aider à normaliser les comportements sexuels abusifs » et à « servir » les victimes présumées à Epstein.

« L’accusée et Epstein ont attiré leurs victimes en leur promettant un avenir meilleur – pour ensuite les exploiter sexuellement et changer leur vie à jamais », a déclaré la procureure.

« Ils étaient des partenaires de crime », a-t-elle ajouté en affirmant que Maxwell avait parfois touché elle-même aux filles dans les pièces des résidences d’Epstein où se déroulaient les agressions sexuelles.

« Un trou béant dans la poursuite »

Bobbi Sternheim, une des avocates de Maxwell, a répliqué en accusant les procureurs fédéraux de se servir de sa cliente comme « bouc émissaire ».

« Depuis qu’Ève a été accusée d’avoir tenté Adam avec la pomme, les femmes ont été accusées du mauvais comportement des hommes », a-t-elle déclaré.

L’avocate a rappelé que la mort d’Epstein en août 2019 avait laissé « un trou béant dans la poursuite de la justice » que les procureurs fédéraux tentaient aujourd’hui de combler en accusant injustement Maxwell, selon elle.

« Le gouvernement ne prouvera pas au-delà d’un doute raisonnable que Ghislaine a permis le mauvais comportement d’Epstein », a-t-elle déclaré.

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Jeffrey Epstein est mort le 10 août 2019.

Jeffrey Epstein a été arrêté en juillet 2019 pour trafic sexuel de mineures. Le mois suivant, il a été retrouvé sans vie dans sa cellule de prison à Manhattan, où il attendait son tout premier procès devant la justice fédérale. Son autopsie a confirmé l’hypothèse du suicide.

L’ombre d’Epstein planera sur tout le procès de Maxwell, dont les chefs d’accusation concernent des actes sexuels qui se seraient produits dans les résidences du financier à Manhattan et à Palm Beach, en Floride.

Plusieurs des victimes présumées d’Epstein espèrent obtenir un minimum de justice par l’entremise de cette cause qui repose sur les accusations de quatre plaignantes, dont les témoignages promettent d’être aussi douloureux que sordides. L’identité d’une seule des plaignantes sera donnée au complet.

Au-delà des détails scabreux de l’accusation, une partie du public s’intéresse au procès en croyant que celui-ci lèvera le voile sur la nature des relations de personnalités célèbres, dont les présidents Bill Clinton et Donald Trump, avec Epstein.

Les procureurs fédéraux pourraient cependant décevoir ceux qui s’attendent à des révélations spectaculaires. Ils devraient notamment passer sous silence les accusations de Virginia Roberts Giuffre concernant le prince Andrew et le juriste Alan Dershowitz.

Jeunes femmes à bord

Signe de l’intérêt suscité par le procès : dès l’aube, une longue file d’attente de journalistes et de quidams s’est formée devant le tribunal fédéral de Manhattan dans l’espoir d’obtenir une place dans la salle d’audience ou dans une pièce attenante munie d’un moniteur.

Vêtue d’un pull-over de couleur crème et d’un pantalon noir, Ghislaine Maxwell a fait son entrée dans la salle d’audience vers 8 h 30, escortée par des policiers fédéraux. L’air décontracté, elle a donné l’accolade aux membres de son équipe juridique et salué de la tête une de ses trois sœurs, Isabel, assise dans la première rangée.

« Nous encourageons tout le monde à laisser les preuves se dérouler devant le tribunal et à faire preuve de retenue et de respect pour l’administration de la justice pénale », ont écrit lundi matin les membres de la fratrie Maxwell sur le compte Twitter @RealGhislaine.

Après les plaidoiries initiales, qui ont commencé avec plusieurs heures de retard en raison d’un problème de logistique avec deux jurés, les procureurs fédéraux ont appelé le premier témoin à la barre. Il s’agissait de Lawrence Paul Visoki, un des anciens pilotes de Jeffrey Epstein, qui était chargé de la flotte d’avions privés du financier.

L’un de ces avions était surnommé « The Lolita Express » en raison de la présence fréquente de jeunes femmes à bord, et parfois de mineures, selon des allégations.

Celles-ci devaient tenir compagnie aux invités du financier et les divertir, a-t-on allégué dans des poursuites civiles.

De nombreuses célébrités de Hollywood, de Wall Street, de la politique et du monde universitaire ont voyagé à bord des avions d’Epstein, selon des informations déjà rendues publiques.

Visoki, qui a travaillé pour Epstein de 1991 à 2019, poursuivra son témoignage mardi. Il était aux commandes de l’avion qui ramenait son patron de Paris lorsque celui-ci a été arrêté à l’aéroport de Teterboro, au New Jersey, le 6 juillet 2019.