(New York) Les géants du pétrole Chevron, ExxonMobil, Shell et BP n’ont dépensé qu’une fraction de leur lobbying aux États-Unis à défendre des actions destinées à lutter contre le changement climatique, alors même qu’ils affirment publiquement en avoir fait une priorité, affirme jeudi un document parlementaire.

Agence France-Presse

Il a été dévoilé à l’occasion d’une audition à la Chambre des représentants à laquelle participent les patrons d’ExxonMobil et Chevron ainsi que les représentants aux États-Unis de Shell et BP.  

« Pour la première fois, de hauts dirigeants d’entreprises d’énergies fossiles témoignent ensemble devant le Congrès, sous serment, sur le rôle du secteur dans le changement climatique et ses efforts pour le dissimuler », a déclaré l’élue démocrate Carolyn Maloney, la présidente de la commission parlementaire à l’origine de l’audition.  

Les pétrolières ont mené une campagne coordonnée pour tromper le public, cacher le danger de leurs produits et faire dérailler le moindre effort pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

La représentante démocrate Carolyn Maloney

Ces quatre entreprises « ont publiquement affirmé qu’elles soutenaient l’accord de Paris et une taxe carbone, deux politiques clés pour lutter contre le changement climatique », souligne le document préparé par les équipes des parlementaires démocrates.  

Mais elles semblent surtout faire ces déclarations « pour renforcer leur image publique tout en continuant à produire des milliards de barils de combustibles fossiles et investir dans de nouvelles extractions de pétrole et de gaz », ajoute le rapport.

452,6 millions de dollars en lobbying

ExxonMobil, Chevron, Shell, BP ainsi que la fédération américaine du pétrole API ont dépensé au total 452,6 millions de dollars pour faire du lobbying auprès du gouvernement fédéral depuis 2011, expliquent ses auteurs.  

Sur les 4597 actions de lobbying rapportées depuis 2015, quand l’accord de Paris a été adopté, seulement huit étaient liées à cet accord, soit 0,17 %.

Par ailleurs, moins de 0,4 % des actions de lobbying au cours des dix dernières années étaient liées à la tarification du carbone.  

Le rapport estime par ailleurs que les entreprises ont eu tendance à largement exagérer l’importance de leurs efforts destinés à réduire leurs émissions.  

Face à la pression croissante d’une opinion publique et d’investisseurs demandant des actions plus franches contre le changement climatique, les géants du pétrole ont accéléré ces derniers mois les investissements dans les énergies moins polluantes que l’or noir.  

Mais les investissements proposés en septembre par Chevron représentent par exemple moins de 10 % des dépenses que le groupe prévoit d’effectuer chaque année pour se développer.