(Richmond) La bière ne coule pas exactement à flots chez Terry O’Neill en cet après-midi d’automne. Aux commandes d’un bar en Virginie, un État américain qui s’apprête à tenir une élection clé, il s’épanche avec quelques piliers de comptoir contre les ravages de la pandémie sur son commerce.

Frankie TAGGART Agence France-Presse

« Ça ne va jamais vraiment revenir à la normale. Avant, nous faisions 150 couverts le midi. Nous n’en assurons plus que 40 », souffle l’octogénaire, grand-père de cinq petits-enfants.

PHOTO RYAN M. KELLY, AFP

Terry O'Neill

Les querelles politiques quotidiennes de Washington paraissent bien éloignées des disques et photos dédicacées qui ornent les murs de son bar de Richmond baptisé Penny Lane, clin d’œil à la célèbre chanson des Beatles.

Mais les pontes de la capitale américaine, à seulement 150 km de Richmond, sont en réalité bien là, soucieux de prendre le pouls de cet État qui élit le 2 novembre un nouveau gouverneur.

Le scrutin oppose Terry McAuliffe, vieux routier démocrate soutenu par le président Biden, au républicain pro-Trump Glenn Youngkin, et fait figure de répétition générale environ un an avant les élections législatives de mi-mandat aux États-Unis.

PHOTO STEVE HELBER, ASSOCIATED PRESS

Glenn Youngkin

« Microcosme de l’Amérique »

Traditionnellement acquise aux républicains, la Virginie penche depuis le début du siècle en faveur des démocrates.

Quatre des cinq derniers gouverneurs, dont l’influence sur la politique locale est considérable, étaient démocrates, et Joe Biden a largement remporté l’État face à Donald Trump lors de la présidentielle de 2020.

Mais ces dernières semaines, l’avance du candidat soutenu par le président démocrate a largement fondu face à son rival.

Terry McAuliffe a fait de la course un référendum sur Donald Trump, quand son opposant a concentré ses efforts sur des sujets chers aux républicains – éducation et COVID-19 en tête.

La Virginie, composée à la fois de villes, de banlieues, mais aussi de comtés très ruraux, est une sorte de « microcosme de l’Amérique », pour le maire de Richmond, Levar Stoney.

« Nous sommes préoccupés par ce qui anime les débats aux États-Unis en ce moment : la COVID-19 et l’impact que le virus et la pandémie ont eu sur notre économie, nos emplois, l’éducation et notre mode de vie »,  analyse pour l’AFP le démocrate.

Nul doute pour lui que ce scrutin reflète donc fidèlement les préoccupations nationales : la COVID-19, la COVID-19 et la COVID-19…

« La situation a été un peu chaotique depuis mars dernier, et beaucoup de personnes souffrent encore », assure l’édile.

Durant les heures les plus sombres de la pandémie, le propriétaire du bar de Richmond, Terry O’Neill n’a évité de mettre la clé sous la porte que grâce aux aides du gouvernement.

« Nous n’aurions jamais réussi à être là où nous sommes sans les aides qu’ils nous ont envoyées. C’était mon cauchemar », confie-t-il à l’AFP.

A une semaine de l’élection, le camp de Terry McAuliffe vante ces chèques comme la preuve d’une action concrète du gouvernement démocrate – mais son équipe s’inquiète d’une faible participation au scrutin.

« Passionnées »

Car nombre des habitants de Richmond sondés par l’AFP ont assuré être engagés politiquement, sans nécessairement soutenir des candidats traditionnels.  

« Je côtoie surtout des étudiants », confie Kayla Fluitt, 19 ans, interrompue par l’AFP lors d’une répétition de danse en extérieur. « Beaucoup d’entre eux sont très intéressés par ce qu’il se passe en politique et dans la région. »

Son camarade Chandler Dmitri Bradley, assure être entouré de personnes « passionnées » par les problématiques locales.

Mais beaucoup considèrent que l’humeur à Richmond reflète celle du pays, et croient déceler d’encourageants signes – pour Terry McAuliffe et Joe Biden – que les positions trumpistes de Glenn Youngkin pourraient lui porter préjudice.

« Je pense qu’il est facile d’imiter Trump, ce que le candidat (Glenn Youngkin, NDLR) est en train de faire, parce que les gens adorent les hommes forts et populistes, et voteront pour lui. C’est extrêmement dommage », raconte Beth Schmierer, venue rendre visite à sa famille à Richmond. Et de prédire : « Donc je doute que ce soit la fin de l’ère Trump, ou celle de ses partisans. »