(Scranton et Washington) Joe Biden a appelé le Congrès mercredi, depuis sa ville natale en Pennsylvanie, à voter ses plans d’investissements qui doivent « profondément changer » l’Amérique et dont les sommes ont été rabotées pour tenter de rassembler toutes les franges du Parti démocrate.

Nicholas KAMM et Delphine TOUITOU Agence France-Presse

« L’Amérique est toujours la plus grande économie […], mais nous risquons de perdre notre avantage » compétitif, a déclaré le président américain à Scranton en guise d’avertissement aux démocrates qui bloquent l’adoption de ses programmes de réformes sociales et de modernisation des infrastructures.

Il a décrit une Amérique à la traîne sur d’autres économies avancées, notamment en matière d’éducation et de protection sociale.

« Ce sont les États-Unis d’Amérique, bon sang. Qu’est-ce que nous faisons ? Nous n’avons pas adopté de projet de loi sur les infrastructures depuis des décennies », a-t-il déploré, arguant aussi que ces dépenses donneront « un nouveau souffle à l’économie ».

À l’adresse des républicains, il a martelé que ces plans ne créeront pas de dette supplémentaire.

« Je pense que nous allons avoir un accord », avait-il déclaré avant son arrivée à Scranton, une ville à forte tradition ouvrière.

Il n’a toutefois pas précisé à quelle échéance, alors que certains élus évoquent la possibilité d’un accord dès cette semaine.

Cette visite intervient au lendemain de négociations intensives avec des élus réticents à apporter leur voix et au cours desquelles il a consenti à diminuer drastiquement les dépenses consacrées aux mesures sociales et au climat.

En jeu, deux vastes programmes. Le premier porte sur des investissements pour moderniser les infrastructures. Le second, baptisé « Build Back Better » (« Mieux reconstruire ») prévoit des dépenses sociales. Ces plans comportent aussi de nombreuses mesures pour protéger l’environnement.

« Personne n’obtiendra tout ce qu’il veut, mais quoi qu’il en soit, notre proposition finale tiendra la promesse fondamentale que nous avons faite au peuple américain », a assuré mercredi Chuck Schumer, le chef démocrate au Sénat. L’objectif est de « finaliser un accord d’ici la fin de la semaine », a-t-il ajouté.

Congé parental

Meghan Markle, duchesse de Sussex, est venue apporter son soutien mercredi à l’administration Biden, exhortant le Congrès à voter les mesures en faveur de congés parentaux.  

Cela devrait être « un droit national, plutôt qu’une option limitée à ceux dont les employeurs ont mis en place des mesures, ou à ceux qui vivent dans l’un des rares États où un congé parental existe », a-t-elle souligné dans une lettre.

Pour éviter un échec politique cuisant, la Maison-Blanche avait déjà consenti cet été à ramener la somme de son plan d'infrastructures à 1200 milliards de dollars US contre 2200 milliards US sur huit ans prévus initialement.

Cette somme a été entérinée au Sénat, mais son passage à la Chambre des représentants reste en suspens, l’aile gauche des démocrates ayant conditionné son vote à l’accord sur le plan « Build Back Better ».

Ce dernier devait initialement engager des dépenses de 3500 milliards de dollars US sur dix ans pour renforcer l’accès à l’éducation, à la santé, aux gardes d’enfants ainsi que des mesures pour lutter contre le réchauffement climatique.

Mais la démocrate Pramila Jayapal, cheffe de file des progressistes à la Chambre des représentants, a indiqué mardi soir après sa rencontre avec Joe Biden que la contre-offre du président était désormais de l’ordre de 1900 à 2200 milliards de dollars US. Une enveloppe encore supérieure aux 1500 milliards US voulus par le sénateur modéré Joe Manchin, dont le vote est crucial.

PHOTO ELIZABETH FRANTZ, REUTERS

Joe Manchin au Sénat mercredi

M. Manchin argue qu’il faut des mesures plus ciblées, comme la gratuité des frais de scolarité des deux premières années d’études supérieures pour les plus pauvres et non pas pour toutes les familles.

Climat

Joe Biden s’est entretenu avec Joe Manchin et Kyrsten Sinema, dont l’opposition au plan de réformes sociales équivaudrait, ni plus ni moins, à un veto. Car si les démocrates contrôlent le Congrès, leur majorité au Sénat est si courte que toute défection est impossible.

À l’issue des réunions, la porte-parole de la Maison-Blanche, Jen Psaki, a semblé plus optimiste, relevant qu’il y avait « un consensus large sur l’urgence d’avancer lors des prochains jours », car « la fenêtre de tir » pour conclure un accord « est en train de se fermer ».

Pour Joe Biden, au-delà du succès politique intérieur, un vote du plan « Build Back Better », qui comprend des mesures ambitieuses sur le climat, serait le bienvenu avant la conférence mondiale sur le climat, qui se tiendra dans quelques jours à Glasgow, en Écosse.  

Les États-Unis sont le mauvais élève des pays avancés, mais le président souhaite signaler que la première puissance économique mondiale va désormais montrer l’exemple.

Or, ce sont les dispositifs relatifs au volet climat qui semblaient les plus fragilisés mercredi.