(Washington) L’ancien secrétaire d’État des États-Unis Colin Powell, qui a servi des présidents aussi bien républicains que démocrates, a été emporté par des complications liées la COVID-19, a annoncé sa famille lundi.

Robert Burns Associated Press

Il avait 84 ans.

Ancien combattant au Vietnam, M. Powell avait gravi les échelons de l’armée américaine et était devenu en 1989 le premier chef d’état-major noir. Il avait alors supervisé l’invasion américaine du Panama en 1989, puis celle du Koweït pour en expulser les forces irakiennes en 1991.

Il avait ensuite servi comme secrétaire d’État entre 2001 et 2005.

Il laisse derrière lui la réputation d’un homme de grande intégrité qui avait envisagé de briguer la présidence, avant d’y renoncer.

Son image a toutefois été sérieusement écorchée en 2003, quand il s’est présenté devant le Conseil de sécurité des Nations unies pour plaider en faveur de la guerre en Irak.

Il avait alors présenté des informations erronées selon lesquelles Saddam Hussein amassait secrètement des armes de destruction massive. Les affirmations irakiennes à l’effet contraire étaient une « toile de mensonges », avait-il dit.

Ses proches ont indiqué sur les réseaux sociaux que M. Powell était adéquatement vacciné.

« Nous avons perdu un mari, un père et un grand-père remarquable et aimant, et un grand Américain », a dit sa famille.

M. Powell avait été le premier dirigeant américain à publiquement attribuer la responsabilité des attentats du 11 septembre 2001 au réseau Al-Qaïda d’Oussama ben Laden. Il avait effectué une visite éclair au Pakistan en octobre 2001 pour exiger la collaboration du président pakistanais du moment, Pervez Musharraf, à l’offensive américaine contre le groupe installé en Afghanistan.

Al-Qaïda était aussi implanté au Pakistan, et c’est dans ce pays que ben Laden serait éventuellement tué.

En tant que premier secrétaire d’État du président George W. Bush, M. Powell était à la tête d’un département d’État qui se méfiait de la certitude de l’armée et des services du renseignement que Saddam Hussein possédait ou développait des armes de destruction massive. Malgré ses doutes, il a défendu la position de son administration devant le Conseil de sécurité des Nations unies.

On considérera plus tard ce discours comme ayant été le pire moment de sa carrière, même si M. Powell en avait retiré certains des éléments qu’il jugeait les plus douteux.

M. Bush a dit lundi que sa femme Laura et lui sont « profondément attristés » par le décès de M. Powell.

M. Powell avait acquis une notoriété nationale sous des présidents républicains et avait envisagé sa propre campagne présidentielle, mais il s’est éventuellement éloigné de ce parti. Il avait appuyé des démocrates lors des quatre derniers scrutins présidentiels, en commençant avec le président Barack Obama.

Il comptait parmi les plus importants détracteurs de Donald Trump au cours des dernières années, le décrivant comme une « honte nationale » qui aurait dû être destituée et chassée du pouvoir.

Après l’insurrection du 6 janvier au Capitole, M. Powell avait indiqué ne plus se considérer comme un républicain.

M. Powell était passé d’une enfance dans un quartier dur de New York à chef de la diplomatie des États-Unis. « Mon histoire est celle d’un enfant noir qui ne semblait destiné à rien, issu d’une modeste famille d’immigrants qui a grandi dans le South Bronx », a-t-il écrit dans son autobiographie, « My American Journey », publiée en 1995.

Il a découvert le service militaire pendant ses études universitaires et est devenu en 1962 un des 16 000 conseillers militaires envoyés au Vietnam du Sud par le président John F. Kennedy.

En tant que chef d’état-major, son approche au conflit armé prendra le nom de « doctrine Powell », selon laquelle les États-Unis ne devraient participer à un conflit que s’ils ont des objectifs clairs et atteignables ; l’appui du public ; et la puissance de feu et la stratégie nécessaires pour mettre fin à la guerre.

Lors d’un entretien avec l’Associated Press en 2012, M. Powell avait maintenu que, en bout de compte, l’intervention américaine en Irak avait été couronnée de succès.

« Je pense que nous avons connu plusieurs succès, a-t-il dit. Le terrible dictateur irakien n’est plus là. »

Saddam Hussein a été capturé par les forces américaines dans le nord de l’Irak en décembre 2003 et plus tard exécuté par le gouvernement irakien.

Le conflit a toutefois duré plus longtemps que prévu. M. Obama a retiré les forces américaines en 2011, mais des conseillers y sont retournés en 2014 quand Daech (le groupe armé État islamique) est arrivé de Syrie et a pris le contrôle de vastes territoires en Irak.