(Washington) L’un sénateur centriste d’un État rural et minier, l’autre sénatrice modérée de l’Arizona, les élus démocrates Joe Manchin et Kyrsten Sinema sont les deux obstacles qui se dressent sur la route de Joe Biden au moment où le président américain tente de mettre en place son ambitieux programme de réformes sociales.

Lea DAUPLE Agence France-Presse

Ils sont au centre de l’attention au Congrès, où une guerre divise le Parti démocrate. L’enjeu, un plan de près de 3500 milliards de dollars voulu par Joe Biden pour réformer le tissu social des États-Unis, montant qu’ils trouvent trop élevé.

Jeudi, le sénateur de Virginie-Occidentale Joe Manchin a de nouveau plaidé en faveur d’un plan limité à 1500 milliards de dollars, se disant « persuadé » que ce montant correspond à la fois aux besoins et aux moyens des États-Unis.

Ces divisions paralysent l’avancée au Congrès d’un autre plan décisif pour le président, qui concerne les infrastructures.

Le duo de sénateurs réfractaires, surnommé « Manchema » ou « Sinechin » par les initiés, paraît pourtant improbable tant il allie des personnalités opposées.

Avec ses perruques colorées et ses tenues originales, la sénatrice de l’Arizona Kyrsten Sinema tranche avec l’image d’homme politique à l’ancienne de Joe Manchin, plutôt adepte des costumes sombres.

Alors que ce dernier, d’origine italienne, ne fait pas mystère de sa foi catholique, l’ancienne mormone Kyrsten Sinema est la seule élue qui ne se réclame d’aucune religion.

Autre divergence, leur relation avec les journalistes, auxquels la sénatrice parle rarement, à la différence de son collègue.

« Jamais été de gauche »

Première élue ouvertement bisexuelle du Congrès, Kyrsten Sinema a un parcours hors norme.

Née en 1976 dans l’Arizona, État de l’ouest des États-Unis, elle a connu une « enfance difficile », sa famille ayant même été un temps sans-abri. « Mais ils s’en sont sortis grâce à la famille, les paroissiens, et en travaillant durement », raconte son site officiel, en affirmant que son parcours reflète le « rêve américain ».

Si elle a commencé sa carrière politique très à gauche, proche des verts, cette adepte de l’exigeante discipline de triathlon Ironman est aujourd’hui résolument centriste.

Kyrsten Sinema dit vouloir « suivre l’exemple du défunt sénateur John McCain », un républicain qui, comme elle, représentait l’Arizona et refusait « de diaboliser l’opposition ».

Une image avait fait enrager l’aile gauche du parti : son pouce baissé pour signaler son opposition à l’inclusion de la hausse du salaire minimum dans un plan de relance économique.

Joe Manchin, 74 ans, a lui aussi l’habitude de se désolidariser des positions dominantes au sein du parti démocrate, pour se ranger parfois du côté des républicains lors de votes importants.

« Je n’ai jamais été de gauche, d’aucune façon », déclarait-il encore jeudi devant les journalistes au Congrès.

Il a été le seul démocrate qui a confirmé le juge conservateur Brett Kavanaugh à la Cour suprême, alors visé par des accusations d’agression sexuelle.

Réputé conservateur, Joe Manchin défend le droit de porter des armes à feu et se définit comme un démocrate contre l’avortement, peut-être certaines des clés de son succès en Virginie-Occidentale, État de l’est des États-Unis, pro-Trump et l’un des plus pauvres du pays.

Ce fervent partisan de la coopération entre les deux partis, qui vit à Washington sur une péniche flottant sur les eaux du fleuve Potomac, n’hésite pas à y recevoir ses collègues, républicains comme démocrates, pour partager bières et pizzas.