(New York) Depuis le dernier coup de minuit, les travailleurs de la santé de l’État de New York peuvent perdre leur emploi s’ils n’ont pas reçu au moins une dose d’un vaccin contre la COVID-19. Comme ils étaient des dizaines de milliers à tomber dans cette catégorie, leur suspension ou leur licenciement pourrait mener à de sérieuses pénuries de personnel.

Richard Hétu
Richard Hétu Collaboration spéciale

N’empêche : à la tête de l’Empire State depuis le 24 août, la gouverneure Kathy Hochul s’est engagée lundi à appliquer de façon rigoureuse cette obligation vaccinale, qui avait été annoncée le 16 août par Andrew Cuomo, son prédécesseur démissionnaire.

« Ce n’est pas un rôle que j’apprécie. Mais je sais aussi, de manière réaliste, qu’il y a des gens qui ne reviendront pas à leur travail », a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse dans le Bronx.

PHOTO DAVID DEE DELGADO, REUTERS

La gouverneure de l’État de New York, Kathy Hochul, lors de sa conférence de presse lundi dans un centre de vaccination

L’État de New York compte plus de 450 000 travailleurs de la santé en milieu hospitalier. Selon les dernières données officielles, 84 % d’entre eux étaient pleinement vaccinés contre la COVID-19. Parmi les 145 000 travailleurs des établissements pour personnes âgées, la proportion de vaccinés était légèrement inférieure : 81 %.

Appuyée par le syndicat des infirmiers et des infirmières de l’État de New York, l’obligation vaccinale est décriée par d’autres syndicats, dont ceux qui représentent les employés de soutien. Des travailleurs de la santé l’ont également contestée en leur nom propre devant les tribunaux. Selon eux, la mesure constitue un empiètement sur la liberté religieuse ou individuelle.

Une semaine de sursis

Dans la Grosse Pomme, la mesure ne devrait pas se traduire par des licenciements immédiats. Le maire Bill de Blasio a indiqué lundi que les employés non vaccinés des hôpitaux publics de la ville pourront profiter de la semaine pour recevoir une première dose sans craindre de se retrouver sans travail. Il a dit espérer qu’ils reprendront par la suite leur poste.

Les hôpitaux publics de la ville de New York emploient quelque 50 000 personnes, dont environ 10 % ne sont pas vaccinées. Si aucune pénurie importante de personnel n’a été signalée lundi dans les établissements publics ou privés de la mégapole, des ajustements pourraient être nécessaires pour les journées à venir, notamment dans les unités de soins intensifs et dans les blocs opératoires.

Je crois que les hôpitaux seront préparés à traverser cette période sans impact sur les soins aux patients.

Le DDave Chokshi, commissaire à la santé de la ville de New York, dans une conférence de presse

De son côté, la gouverneure Hochul avait déjà annoncé la semaine dernière son intention de déclarer un état d’urgence et de déployer des soldats de la Garde nationale dans certains hôpitaux si nécessaire. Elle s’était également dite prête à faire appel à des infirmières retraitées ou recrutées à l’étranger, y compris aux Philippines et en Irlande, pour pallier le manque de personnel.

Mais lundi, elle a surtout supplié les résistants de se faire vacciner.

« À ceux qui n’ont pas encore pris cette décision, s’il vous plaît, faites le bon choix, a-t-elle dit. Nous avons beaucoup d’installations. Beaucoup de vos employeurs sont impatients de vous donner une dose et de vous dire que vous faites partie de la famille. Nous avons besoin de votre aide pour continuer. »

Des vaccinés de dernière heure

La date butoir semble avoir convaincu un certain nombre de résistants. Dans le Bronx, un hôpital a rapporté que la proportion de ses employés ayant reçu au moins une dose d’un vaccin contre la COVID-19 était passée de 88 % vendredi à 94 % lundi matin. La plupart des employés nouvellement vaccinés s’étaient soumis à l’aiguille dans une pharmacie pendant le week-end.

La gouverneure Hochul a également fait état d’informations anecdotiques sur la hausse du nombre de travailleurs de la santé qui se sont fait vacciner lundi, surtout dans le sud de l’État. Il faudra attendre un certain temps, a-t-elle précisé, avant d’avoir un tableau précis de la nouvelle donne sur l’ensemble du territoire new-yorkais.

Il ne faudra cependant pas s’attendre à ce que John Matland quitte les rangs des résistants. Au cours des dernières semaines, ce technicien en imagerie médicale de l’hôpital universitaire de Staten Island est devenu le visage de la résistance aux vaccins contre la COVID-19 chez les travailleurs de la santé de New York.

Lundi matin, sur Fox News, il a invoqué des motifs religieux pour justifier son refus de se faire vacciner. Et il a reproché à la gouverneure Hochul de mettre en danger la santé des New-Yorkais.

« C’est une situation terrible », a dit l’homme de 36 ans. « [La vaccination obligatoire] est censée se produire au nom de la santé, mais cela ne va pas du tout aider la santé. Elle contribuera à un gros problème à l’approche d’une période de l’année où les gens ont tendance à tomber malades. Ils n’auront pas le personnel pour affronter la situation. »