(Washington) Joe Biden a reçu mercredi à la Maison-Blanche l’opposante biélorusse en exil Svetlana Tikhanovskaïa, une marque appuyée de soutien renforçant la crédibilité de celle qui affirme avoir remporté la présidentielle de 2020.

Agence France-Presse

« Les États-Unis se tiennent aux côtés du peuple biélorusse dans sa quête de démocratie et de droits humains universels », a affirmé le président américain dans un tweet accompagné d’une photo le montrant en train de converser avec Mme Tikhanovskaïa.

La cheffe de file de l’opposition biélorusse, aux États-Unis depuis dix jours, a expliqué à l’AFP que la rencontre avait été « une inspiration pour (son) peuple ».

Fouler le sol de la Maison-Blanche envoie « un message à la planète entière que le pays le plus puissant du monde est avec nous », a-t-elle renchéri, y voyant « un succès pour tous les Bélarusses qui se battent ».

Svetlana Tikhanovskaïa, entrée en politique après l’emprisonnement de son mari et qui affirme avoir aisément remporté la présidentielle biélorusse du 9 août 2020, a confié à l’AFP que ses intentions n’étaient pas de demander au président américain qu’il la reconnaisse comme présidente légitime, mais qu’elle souhaitait plutôt accroître la pression sur Alexandre Loukachenko.

« Nous avons parlé de plusieurs points de pression sur le régime pour le forcer à cesser les violences, à libérer les prisonniers politiques et à entamer un dialogue » avec l’opposition, a-t-elle détaillé.

« La Biélorussie peut être un exemple de transition non violente du pouvoir. »

Elle a aussi indiqué avoir parlé à Joe Biden du besoin d’assurer l’« indépendance et la souveraineté » de son pays, allusion aux inquiétudes quant à une éventuelle annexion de la Biélorussie par la Russie.

Leur rencontre était un « honneur » pour le président démocrate, et une « opportunité pour lui d’exprimer personnellement son soutien au peuple de la Biélorussie », a indiqué peu après un haut responsable de l’exécutif américain, sous couvert d’anonymat.

Pari remporté

En parvenant à visiter le 1600 Pennsylvania Avenue, Svetlana Tikhanovskaïa transforme sa tournée aux États-Unis en pari réussi.

Arrivée le 18 juillet dans la capitale américaine, puis passée par New York, l’opposante a non seulement rencontré le locataire de la Maison-Blanche, mais aussi son chef de la diplomatie Antony Blinken, son conseiller à la sécurité nationale Jake Sullivan et plusieurs hauts responsables.

À Antony Blinken, elle a notamment transmis une liste d’entreprises biélorusses publiques contre lesquelles les États-Unis devraient, selon elle, émettre des sanctions ou renforcer celles existantes.

« Seuls les Bélarusses eux-mêmes peuvent mener le pays vers le changement démocratique, mais nous espérons une participation américaine active et pas seulement symbolique », avait-elle expliqué lors d’une table ronde organisée par l’Association des correspondants au département d’État américain.

Les États-Unis, l’Union européenne, le Royaume-Uni et le Canada ont imposé de nouvelles sanctions en Biélorussie le mois dernier après le déroutement en mai d’un vol de la compagnie Ryanair ayant permis l’arrestation d’un journaliste et opposant.

Minsk avait dénoncé des sanctions « destructrices », « contre-productives et vicieuses », et rappelé son ambassadeur à Bruxelles ainsi que réduit le personnel diplomatique américain sur son sol.

Svetlana Tikhanovskaïa a dû fuir la Biélorussie pour la Lituanie après la présidentielle de 2020, suivie par de grandes manifestations prodémocratie violemment réprimées par le pouvoir.

Depuis des mois, le régime d’Alexandre Loukachenko emprisonne à tout-va opposants, journalistes et militants pour mater définitivement la contestation née de sa réélection à un cinquième mandat.

Mercredi, sur Twitter, Mme Tikhanovskaïa a remercié Joe Biden pour ce « signe puissant de solidarité avec les millions de courageux Bélarusses qui se battent pacifiquement pour leur liberté ».

Dans un communiqué publié en russe sur sa boucle Telegram, elle a dit que les milliers de Bélarusses « arrêtés et torturés […] avaient parlé par (s)a voix lors de cette rencontre ».

« Je quitte la Maison-Blanche avec la confiance que la voix de millions de Bélarusses a été entendue. »