(New York) Publié sur une plateforme souvent accusée de désinformation au sujet des vaccins, le message viral de Brytney Cobia pourrait représenter un puissant antidote.

Richard Hétu
Richard Hétu Collaboration spéciale

« J’admets à l’hôpital de jeunes gens en bonne santé atteints d’infections à la COVID-19 très graves », a écrit dimanche sur sa page Facebook cette praticienne hospitalière de Birmingham, en Alabama. « L’une des dernières choses qu’ils font avant d’être intubés est de me supplier de leur administrer le vaccin. Je leur tiens la main et leur dis que je suis désolée, mais que c’est trop tard. »

Quand l’un d’eux meurt, la Dre Cobia dit aux membres de sa famille que la meilleure façon de l’honorer est de se faire vacciner et d’encourager toutes les personnes qu’ils connaissent à faire de même.

« Et ils me disent qu’ils ne savaient pas. Ils pensaient que c’était un canular. Ils pensaient que c’était politique. Ils pensaient que parce qu’ils avaient un certain groupe sanguin ou une certaine couleur de peau, ils ne seraient pas aussi malades. Ils pensaient que c’était “juste une grippe”. Ils avaient tort », a-t-elle écrit dans son message inspiré par une vive émotion et un découragement certain.

Cet antidote sous forme de témoignage poignant sera-t-il accepté par les personnes non vaccinées de l’Alabama, l’un des États conservateurs du sud des États-Unis où le taux de vaccination contre la COVID-19 est le moins élevé ?

La question se pose au moment où un nombre croissant d’élus républicains et de commentateurs conservateurs exhortent les membres de leur parti ou de leur public à se faire vacciner pour freiner le variant Delta.

Mais est-ce trop tard, comme le constate trop souvent la Dre Cobia ?

« Prenez la COVID au sérieux »

De toute évidence, Mitch McConnell, chef des républicains au Sénat, ne le croit pas.

« La façon d’éviter de retourner à l’hôpital est de se faire vacciner, a-t-il déclaré mardi. Et je veux encourager tout le monde à le faire et à ignorer toutes ces autres voix qui donnent des conseils manifestement mauvais. »

Le sénateur McConnell est l’un des élus républicains qui ont pris la parole cette semaine pour combattre l’attitude antivaccin de millions de partisans du Grand Old Party. Mercredi, le gouverneur de Floride, Ron DeSantis, lui a emboîté le pas, affirmant que « ces vaccins sauvent des vies ». La veille, son homologue de l’Utah avait accusé les « têtes parlantes » de la télévision de « tuer littéralement leurs partisans avec leur scepticisme vaccinal ».

Quelques-unes de ces « têtes parlantes » ont tenté de faire oublier leur propre scepticisme passé.

« Prenez la COVID au sérieux », a déclaré lundi soir l’animateur de Fox News Sean Hannity, qui a déjà qualifié la pandémie de coronavirus de « canular ».

PHOTO FRANK FRANKLIN II, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

L’animateur de Fox News Sean Hannity

Je ne le dirai jamais assez. Assez de gens sont morts. Nous n’avons pas besoin de plus de morts.

Sean Hannity, animateur de Fox News

« Je crois en la science. Je crois en la science de la vaccination », a ajouté celui dont l’émission suit et précède sur Fox News celles de deux des plus grands sceptiques à l’égard de la vaccination, Tucker Carlson et Laura Ingraham.

Steve Doocy, coanimateur de l’émission matinale de la chaîne de Rupert Murdoch, et Ben Shapiro, du Daily Wire, entre autres, ont tenu des propos semblables à ceux de Sean Hannity au cours des derniers jours.

Reste à voir si ces messages contribueront à réduire la fracture vaccinale aux États-Unis. Fin juin, la Kaiser Family Foundation a publié un sondage indiquant que 86 % des électeurs démocrates avaient reçu au moins une dose d’un des vaccins anti-COVID-19, contre 52 % chez les républicains.

Dieu avant la science

Or, même avec la recrudescence des contaminations et des décès dus au variant Delta, des élus républicains continuent à tenir un discours partisan ou trompeur sur la question.

Plus tôt cette semaine, par exemple, le sénateur du Kansas Roger Marshall a attribué la responsabilité du scepticisme vaccinal de nombreux républicains à des membres de l’administration Biden.

« Chaque fois que Jen Psaki [porte-parole de la Maison-Blanche] ou Anthony Fauci [conseiller principal du président en matière de santé] ouvrent la bouche, 10 000 personnes disent qu’elles ne se feront jamais vacciner », a-t-il déclaré.

Le sénateur Marshall, qui est lui-même médecin, n’a pas parlé de l’effet négatif de la désinformation véhiculée par certains élus républicains, dont Marjorie Taylor Greene. La représentante de Géorgie a été suspendue de Twitter lundi pour avoir écrit que la COVID-19 ne représentait pas un danger pour les moins de 65 ans qui ne souffrent pas d’obésité.

Le lendemain, elle a refusé d’encourager les habitants de sa circonscription à se faire vacciner.

PHOTO ELIZABETH FRANTZ, REUTERS

La représente républicaine Marjorie Taylor Greene

Je crois en la responsabilité individuelle des gens de lire, de s’informer et de prendre leur propre décision. Je ne vénère pas la science, ni ne pense que la science régit tout. Je crois que c’est Dieu qui dirige tout.

Marjorie Taylor Greene, représentante républicaine de Géorgie, lors d’une conférence de presse

L’influence de Tucker Carlson auprès des républicains est probablement encore plus grande que celle de Marjorie Taylor Greene. Mardi soir, après le plaidoyer de Sean Hannity en faveur de la vaccination, le plus populaire des animateurs des chaînes câblées a continué à mettre en doute l’efficacité des vaccins contre la COVID-19, comme il le fait depuis plusieurs semaines.

« Bizarre le nombre de personnes vaccinées qui semblent propager le virus à ce stade », a-t-il déclaré.

Contrairement aux patients de la Dre Cobia de Birmingham, Tucker Carlson est probablement vacciné. Mais il refuse de répondre aux questions à ce sujet.

Au journaliste du New York Times qui a tenté sa chance le mois dernier, il a répondu : « Quand as-tu fait l’amour avec ta femme pour la dernière fois et dans quelle position ? »

La Dre Cobia peut bien être découragée.