(Washington) Faire allégeance à Donald Trump, clamer contre toute évidence sa victoire à la présidentielle : les idées de l’aile la plus radicale du camp républicain essaiment, à un peu plus d’un an d’élections législatives cruciales aux États-Unis.

Michael Mathes Agence France-Presse

Pour prendre la température du camp Trump, rien de tel que la Conservative Political Action Conference, rendez-vous des républicains les plus farouchement conservateurs, qui a réuni le week-end dernier des milliers de personnes à Dallas, au Texas.

À la tribune : critiques virulentes de l’administration Biden, louanges de Donald Trump, discours à n’en plus finir sur une élection présidentielle « volée » et diatribes contre la vaccination.

« Tout allait si bien jusqu’à cette élection truquée ! », s’est exclamé l’ancien président, aux cris de « Four more years ! » (quatre ans de plus) de l’assemblée conquise.

Sur les 27 parlementaires présents lors du rassemblement, 24 ont voté contre la certification des résultats de l’élection présidentielle de novembre dernier, dont Joe Biden est sorti vainqueur.

Les caciques plus modérés du Parti républicain, par exemple le sénateur Mitt Romney, candidat à la présidentielle de 2012, ont soigneusement évité ce rassemblement maintenant complètement acquis à la cause de Donald Trump, à l’instar d’autres étoiles montantes de la droite américaine, comme le gouverneur républicain de la Floride, Ron DeSantis.

À un peu plus d’un an des midterms, les élections de mi-mandat, qui se révéleront décisives pour une administration Biden dotée d’une très fragile majorité parlementaire, l’aile la plus virulente du parti semble souvent donner le ton.

Par exemple en lançant un vaste débat sur certains enseignements scolaires autour du racisme ou sur la cancel culture, la culture du bannissement, qui consisterait à ostraciser des personnes dont les opinions sont jugées inacceptables, ou, selon ses détracteurs, à réécrire des évènements ou des œuvres d’art à la lumière des seules idées progressistes.

Le chef de file des républicains à la Chambre des représentants, Kevin McCarthy, s’emploie, lui, à saper une commission parlementaire mise en place par les démocrates pour enquêter sur l’assaut du Capitole, le 6 janvier, par une foule de partisans de l’ancien président.

PHOTO ALEX BRANDON, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Kevin McCarthy, chef des républicains à la Chambre des représentants

Et il s’abstient jusqu’ici de tout rappel à l’ordre après les sorties même les plus outrancières, comme celle de l’élue républicaine Lauren Boebert, qui reproche à l’administration Biden de vouloir envoyer des « nazis de la seringue » pour promouvoir la vaccination dans son État du Colorado.

Promesse de « 18 mois de chaos »

De nombreux républicains n’ont guère l’intention de jouer le jeu traditionnel de l’opposition parlementaire à Washington et encore moins de s’embarquer dans des compromis avec les démocrates.

« Encore 18 mois de chaos et de blocage, voilà ce que nous voulons », déclare ainsi un élu républicain, Chip Roy, dans une vidéo récemment diffusée par la presse et qui semble avoir été enregistrée à son insu.

Et gare à qui ne prête pas allégeance à l’ancien président.

En Ohio, l’un des prétendants républicains au poste de sénateur, J. D. Vance – auteur d’un ouvrage à succès sur l’Amérique en proie à la désindustrialisation ayant inspiré une production de Netflix, Hillbilly Elegy (Une ode américaine, en français) –, l’a bien compris.

L’ancien président « est le leader de ce mouvement », a dit au magazine Time le politicien, autrefois critique du milliardaire républicain. « Il faut juste que je ravale ma fierté et que je le soutienne. »

Des voix dissidentes comme celle d’Adam Kinzinger se font de plus en plus rares, ou de moins en moins audibles.

« Ou vous êtes un zombie du modèle de pensée Make America Great Again… ou vous vous levez et vous dites la vérité à vos électeurs », a déclaré cet élu républicain, qui avait voté en janvier en faveur d’une procédure de destitution contre l’ancien président.

Donald Trump a enregistré dimanche un très confortable score de 70 % à l’issue d’un sondage mené auprès des ultraconservateurs réunis à Dallas, pour savoir quels étaient leurs favoris à la présidentielle de 2024.