Des touristes qui déambulent dans les rues, des terrasses qui débordent, des files d’attente un peu partout… À la veille du jour de l’Indépendance, ce dimanche, la métropole tant aimée des Québécois, où la COVID-19 a fait 33 000 morts, rouvre dans un mélange d’enthousiasme et de prudence.

Nathalie Collard
Nathalie Collard La Presse

(New York) Un peu sonnés, les New-Yorkais se relèvent

PHOTO CRAIG RUTTLE, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Spectacle pyrotechnique dans le port de New York, le 15 juin dernier, évènement organisé pour marquer le fait que 70 % des habitants de l’État sont désormais vaccinés.

La COVID-19 a frappé fort à New York, au point où le visage de la ville a changé. Mais si les New-Yorkais sont un peu sonnés, New York sera toujours New York, quoi qu’il advienne, a constaté notre journaliste.

« J’ai l’impression d’avoir mené une guerre », lance Katipai Richardson-Wilson. Cette Néo-Zélandaise d’origine est copropriétaire du bar Dirty Precious, sur la 3Avenue, dans Brooklyn.

Son conjoint et elle ont été terrassés par la COVID-19. « J’ai passé pratiquement un mois au lit, je n’étais plus capable de rien faire. » Comme la plupart des commerces, son bar a fermé en mars 2020. La semaine précédant la fermeture avait été la meilleure depuis l’ouverture, cinq ans auparavant. Et pourtant, malgré l’épreuve de la dernière année, un retour « à la normale » ne l’emballe pas outre mesure.

PHOTO NATHALIE COLLARD, LA PRESSE

Katipai Richardson-Wilson, copropriétaire du bar Dirty Precious, dans Brooklyn

« Je vais vous dire, les choses ont changé pour moi, lance Katipai. Je ne retournerai plus jamais à des semaines de sept jours, et je veux offrir la même chose à mes employés. J’ai aimé avoir du temps pour moi pendant la COVID. Aujourd’hui, les clients reviennent, mais je veux m’assurer que la sécurité et le bien-être de mes employés soient toujours respectés. »

Le retour des touristes

« Ç’a été horrible », lance M. Singh, le chauffeur de taxi qui nous donne son numéro de téléphone en nous suppliant de l’appeler pour le retour à l’aéroport, à la fin de notre séjour. « N’appelez pas un Uber, SVP, nous avons besoin de travailler ! »

Après le New Jersey, l’État de New York est celui qui compte le plus de victimes de la COVID-19 par habitant. Et même si le gouverneur de l’État, Andrew Cuomo, a déclaré l’abandon des mesures sanitaires le 15 juin dernier, le masque est encore obligatoire dans les transports publics, les musées et beaucoup d’autres commerces de la métropole.

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Columbus Circle, vide à l’heure de pointe

Durement touché, New York a changé. Il y a moins de voitures dans les rues et on peut traverser à pied au feu rouge, à la montréalaise, sans risquer sa vie. Il y a des vélos et des trottinettes partout, et les livreurs à deux roues sont devenus les nouveaux rois de la chaussée. On peut même entendre le chant des oiseaux en plein jour, dans Midtown.

Ce calme inusité n’inquiète pas Daniel Boulud qui se dit optimiste quant à l’avenir de sa ville. Le célèbre chef, qui, avec ses sept restaurants, est une raison à lui seul de visiter New York, siège au comité de relance mis sur pied par le maire Bill de Blasio. Il croit tellement au retour à la normale qu’il vient d’ouvrir un nouveau restaurant, Le Pavillon, une véritable profession de foi en ces temps difficiles.

PHOTO NATHALIE COLLARD, LA PRESSE

Le chef Daniel Boulud devant son nouveau restaurant

« Ce qui me fait dire que les choses reprennent ? demande-t-il avec un sourire. Les bus de touristes. Ils sont pleins. » « Et ce ne sont pas des New-Yorkais », ajoute celui qui a multiplié les campagnes de financement et confectionné des milliers de repas pour les travailleurs essentiels durant la pandémie.

  • Difficile de trouver une chaise libre dans Bryant Park.

    PHOTO NATHALIE COLLARD, LA PRESSE

    Difficile de trouver une chaise libre dans Bryant Park.

  • De nombreuses rues, comme ici dans Dumbo, à Brooklyn, sont devenues piétonnières avec la pandémie.

    PHOTO NATHALIE COLLARD, LA PRESSE

    De nombreuses rues, comme ici dans Dumbo, à Brooklyn, sont devenues piétonnières avec la pandémie.

  • Les New-Yorkais vivent beaucoup dehors avec la pandémie.

    PHOTO NATHALIE COLLARD, LA PRESSE

    Les New-Yorkais vivent beaucoup dehors avec la pandémie.

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C’est vrai, on croise des touristes à New York. Surtout des Américains, comme ces deux jeunes gens rencontrés dans la rue, dans Midtown. Izra Washington est originaire de l’Idaho mais vit à Washington. Il passe quelques jours à New York avec une copine de la Californie. « J’ai pris la COVID en considération avant de venir, admet le jeune homme de 22 ans. Mais nous sommes pleinement vaccinés tous les deux et nous faisons attention. »

PHOTO SHANNON STALETON, REUTERS

Leçon de salsa dans le parc Domino du quartier Williamsburg, à Brooklyn

Des locaux vides, partout

Il y a trois mots qui reviennent invariablement quand on arpente les rues de New York, peu importe le quartier où l’on se trouve : « Retail space available ». De la chic avenue Madison dans Upper East Side à la rue Bleecker dans West Village en passant par SoHo et Nolita, aucun quartier n’est épargné. Il y a des locaux et des vitrines vides partout.

PHOTO NATHALIE COLLARD, LA PRESSE

« Retail space available », les trois mots qu’on voit 
le plus souvent à New York ces jours-ci.

Le télétravail a quant à lui transformé Midtown et le Financial District en quartiers fantômes. Chinatown a également été heurté de plein fouet. « C’est à cause de Trump, il a parlé du virus chinois, se désole Rockwell Chin. Je connais beaucoup de gens qui ne sortaient plus de chez eux pendant la pandémie. » M. Chin, qui a participé à trois manifestations antiracistes au cours des derniers mois, a lui-même été intimidé par un groupe de jeunes alors qu’il allait faire ses courses durant le confinement.

PHOTO NATHALIE COLLARD, LA PRESSE

Rockwell Chin

Le climat a changé. Les attaques à l’endroit des Asiatiques ont augmenté et les pertes d’emplois liées à la COVID font mal. On voit des gens faire la file pour des repas. Dans mon immeuble, six personnes ont perdu leur emploi. Beaucoup de commerces ont fermé…

Rockwell Chin, New-Yorkais

Les sections complètes de rue qui semblent abandonnées créent parfois un sentiment d’insécurité. Réel ou fondé ? « On lit des articles et ce n’est pas rassurant », lance Crystal Rodriguez, une Californienne venue passer 12 jours à New York avec sa famille pour célébrer la fin de l’année scolaire de son fils. « Avant d’arriver, j’étais un peu inquiète, mais une fois sur place, on se sent en sécurité. Times Square n’a pas beaucoup changé, à part les sans-abri qui sont plus nombreux. »

PHOTO NATHALIE COLLARD, LA PRESSE

Les touristes sont de retour à Times Square.

« Vous sentez-vous en sécurité ? », nous demande Tom Harris, président de la Times Square Alliance, un organisme qui veille au développement d’un des lieux les plus visités de la planète. « On a ajouté des policiers pour que les gens se sentent plus en confiance », précise-t-il, mais en vérité, la criminalité de manière générale est à la baisse. « Quant aux personnes itinérantes qui invectivent les passants, ce sont les mêmes qu’avant la COVID-19, observe-t-il. On les remarque davantage aujourd’hui et c’est peut-être une bonne chose ! Ça va forcer les gens à s’impliquer davantage. »

Times Square, c’est le pouls de New York. Broadway va rouvrir en septembre et je vous garantis que le 31 décembre, ici, il y aura un réveillon avec un décompte et que la place sera pleine de monde !

Tom Harris, président de la Times Square Alliance

Un vendredi soir à New York…

Il est 18 h, en ce troisième vendredi soir de juin, et Washington Square Park est plein à craquer. Il fait 30 °C, l’air est humide, des gens dansent au son de la musique. Les vendeurs itinérants côtoient de jeunes diplômés qui se font photographier en toge près de la fontaine.

Trois copines rigolent autour d’un pique-nique. « Je ne suis pas sortie de toute la pandémie, sauf pour aller me chercher à manger, lance Rafath Gnabode, 18 ans, qui étudie les sciences et la biologie au Manhattan City College. Là, j’ai besoin de voir mes amies. » « C’est une question de santé mentale, renchérit Astou Ndiaye, 19 ans, étudiante en informatique et ressources humaines à la NYU. Mais, dit-elle en balayant le parc du regard, il faut que les gens comprennent qu’on doit rester prudents. »

À quelques pâtés de maisons, rue MacDougal, The Comedy Cellar est rempli à craquer. « Je suis ravi », lance Noam Dworman, propriétaire de ce mythique comedy club où beaucoup de grands noms de l’humour américain ont défilé. « Nous avons été fermés un an, mais aujourd’hui nous sommes tous vaccinés et enchantés de reprendre la vie comme avant. On a eu peur, oui. Mais là, je crois bien que c’est derrière nous. »

À nous la rue !

PHOTO KATHY WILLENS, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Des New-Yorkais célèbrent sur une terrasse du Tiki Bar, dans l’Upper West Side, le 17 mai dernier.

New York s’est adapté à la pandémie en instaurant des mesures qui ont changé le visage de la ville, tout en encourageant les New-Yorkais à vivre à l’extérieur au cours des prochains mois. Notre journaliste en recense cinq.

Beaucoup de terrasses, partout

Les terrasses sont partout à New York. La Ville s’est montrée plus souple avec les restaurateurs cette année. Non seulement ont-ils le droit d’installer une terrasse devant leur établissement, mais s’ils ont l’accord des commerces voisins, ils peuvent aussi déborder. Résultat : certains restaurants accueillent désormais plus de clients à l’extérieur qu’à l’intérieur, ce qui leur donne un sérieux coup de pouce après l’année difficile qu’ils viennent de traverser. Il Gattoro, dans la 54Rue à Midtown, a décidé d’occuper chaque pouce carré disponible en montant des tables dans les grands escaliers de l’immeuble qu’il occupe. Le visiteur qui déambule dans les rues de Manhattan observe d’ailleurs une certaine anarchie : terrasses avec panneaux de plexiglas, abris de fortune avec lumières de Noël, petits cottages avec électricité, vraies fenêtres et haut-parleurs, chaque restaurant a bricolé sa propre installation, selon ses moyens. Mais le principe demeure le même : on mange dehors autant que possible.

Manger dehors (bis)

  • Les terrasses abondent sur les trottoirs.

    PHOTO CAITLIN OCHS, REUTERS

    Les terrasses abondent sur les trottoirs.

  • Les terrasses abondent sur les trottoirs.

    PHOTO CAITLIN OCHS, REUTERS

    Les terrasses abondent sur les trottoirs.

  • Quand les commerces voisins le permettent, les restaurants peuvent élargir leur terrasse au-delà de l’empreinte au sol du local, comme l’a fait ce restaurant, avenue Broadway, dans NoMad.

    PHOTO NATHALIE COLLARD, LA PRESSE

    Quand les commerces voisins le permettent, les restaurants peuvent élargir leur terrasse au-delà de l’empreinte au sol du local, comme l’a fait ce restaurant, avenue Broadway, dans NoMad.

  • Chaque restaurant a bricolé sa propre installation, selon ses moyens.

    PHOTO NATHALIE COLLARD, LA PRESSE

    Chaque restaurant a bricolé sa propre installation, selon ses moyens.

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Pour bien des touristes québécois, une virée à New York ne saurait être complète sans un gros hot-dog ou un bretzel bien chaud acheté dans la rue. Ces collations sur le pouce font partie de l’expérience New York. Or, la Ville vient de permettre l’ajout de 4000 nouveaux permis pour vendeurs de rue – permis tellement rares que tout un marché noir s’était développé au fil des ans. La COVID-19 a frappé fort ces petits entrepreneurs qui devaient parfois débourser des dizaines de milliers de dollars pour exploiter leur petite roulotte (à l’heure actuelle, on évalue à environ 3900 le nombre de permis en circulation et il y a une très longue liste d’attente). Beaucoup ont dû déclarer faillite au cours de la dernière année. Cette nouvelle mesure permettra à des travailleurs immigrants de régulariser leur situation. Les nouveaux permis entreront en vigueur dès 2022, à raison de 400 par année.

La ville aux piétons

  • Zone piétonnière devant le magasin Macy’s, à Manhattan

    PHOTO EDUARDO MUNOZ, REUTERS

    Zone piétonnière devant le magasin Macy’s, à Manhattan

  • Times Square, le 11 juin dernier

    PHOTO ANGELA WEISS, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

    Times Square, le 11 juin dernier

  • Après les piétons, les cyclistes sont rois dans la ville.

    PHOTO ANGELA WEISS, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

    Après les piétons, les cyclistes sont rois dans la ville.

  • La piste cyclable du pont de Brooklyn

    PHOTO ANGELA WEISS, AGENCE FRANCE-PRESSE

    La piste cyclable du pont de Brooklyn

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L’avenue Broadway dans NoMad, la rue Worth dans le quartier financier, la 21Avenue dans Chelsea… Plusieurs artères sont carrément fermées à la circulation à New York. On y a installé des tables, des chaises, des bancs publics… À certains endroits, comme sur Broadway, à la hauteur du grand magasin Macy’s, on propose des cours de danse gratuits ainsi que des séances de bulles de savon. Après les piétons, ce sont les cyclistes qui sont rois : les pistes cyclables – le plus souvent peintes en vert – sont plus visibles que jamais (il y en aura même une sur le pont de Brooklyn !) et les livreurs à vélo sont les nouveaux rois de la chaussée à Manhattan. Il faut être prudent quand on traverse…

Du faux gazon au Lincoln Center

PHOTO NATHALIE COLLARD, LA PRESSE

À extérieur du Lincoln Center for the Performing Arts, on a aménagé une place publique où on présente des concerts.

Et si on transformait la Place des Arts en vaste jardin où l’on présente des concerts extérieurs ? C’est ce qu’on a fait sur la place du Lincoln Center. Faux gazon à la grandeur (il recouvre même les chaises mises à la disposition des visiteurs), petit abri où l’on peut trouver des livres fournis par la bibliothèque municipale, espace pour les musiciens. À midi, en plein soleil, c’est écrasant, mais en soirée, cet espace devient fort agréable.

Des cliniques de dépistage mobiles

PHOTO NATHALIE COLLARD, LA PRESSE

On trouve des cliniques de dépistage un peu partout à New York.

Il est facile de se faire vacciner à New York, on trouve des endroits pour le faire un peu partout dans la ville et ils sont ouverts aux touristes, sans rendez-vous. Vous ne vous sentez pas bien et vous craignez d’avoir des symptômes de la COVID-19 ? Vous pouvez vous faire tester directement dans la rue. Des cliniques mobiles sont disséminées un peu partout dans Manhattan et on peut aussi s’y présenter sans rendez-vous. Il s’agit d’un test PCR dont le résultat est disponible en 24 heures. La facture est envoyée directement à votre assurance, si bien sûr vous en avez une…

La ville résiliente

PHOTO KENA BETANCUR, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Central Park, point de ralliement des New-Yorkais, à la fin mai

Auteur d’un livre captivant sur New York paru au printemps, et salué unanimement par la critique, Thomas Dyja s’est intéressé aux crises et aux maires qui ont façonné la métropole au cours des 40 dernières années. Nous l’avons rencontré.

Q. Dans votre livre, vous déterminez trois moments charnières dans l’histoire récente de New York : la crise fiscale de 1975, les attentats du 11 septembre 2001 et la pandémie. Vous croyez que la pandémie aura été aussi traumatisante pour New York que les attentats terroristes contre le World Trade Center ?

R. Je crois que la pandémie a été pire que le 11-Septembre. Je me souviens du traumatisme immédiat du 11-Septembre, mais il y avait des quartiers complets qui n’avaient pas été touchés et il était possible de vivre à New York et de ne pas être affecté personnellement. Or, personne à New York n’a été épargné par la pandémie. La COVID-19 a touché tout le monde, et je crois que l’impact sur l’économie sera beaucoup plus brutal.

PHOTO NATHALIE COLLARD, LA PRESSE

Thomas Dyja

Cela dit, New York s’en remettra. Cette ville a un pouvoir unique de réussir à traverser tout ça. On a dit que les gens avaient fui la ville avec la pandémie, mais on disait ça aussi à la fin du règne du maire Koch, et New York a continué à prospérer. On parle ces temps-ci d’une hausse de la criminalité à New York, mais c’est un pic, car dans les faits, la ville est plus sécuritaire qu’elle l’était sous le maire Giuliani. Bref, je suis optimiste : New York va passer au travers.

Q. Qu’est-ce que la pandémie aura changé de manière permanente à New York ?

R. Je crois qu’il y aura des changements profonds, à commencer par la vie de bureau à la new-yorkaise. Voilà un secteur où on ne devrait pas souhaiter que les choses reviennent comme avant. La manière dont on travaille dans les villes doit changer : prenez seulement le débat entourant le congé parental. Nous devrions être en mesure de créer un espace pour que les employés puissent passer du temps avec leur famille. On a vu, pendant la pandémie, qu’il était possible de faire preuve de flexibilité. L’idée qu’un employé ne verra jamais la partie de soccer de son enfant parce qu’il doit travailler, on devrait être capable de régler ça. Je ne suis pas marxiste [rires], mais je pense que c’est une bonne chose que les gens puissent avoir un meilleur contrôle de leurs heures de travail, non ?

Q. Quel est le plus grand défi de New York à la sortie de cette pandémie ? Q.

R. Le logement. C’est fondamental. Et la communauté d’affaires doit cesser de parler de New York exclusivement de son propre point de vue. Dans les années 1970, cette communauté était plus locale. New York était déjà une cité mondiale, mais il y avait une proportion importante d’entreprises établies à New York qui étaient dirigées par des gens qui avaient grandi ici et qui avaient New York à cœur. C’est difficile à trouver aujourd’hui, et c’est la même chose en ce qui concerne la propriété immobilière. Les grands immeubles appartiennent à des entreprises qui cherchent à satisfaire des investisseurs établis un peu partout sur la planète. Mon problème de zonage local sera réglé en fonction des intérêts d’un investisseur à Shanghai ou en Biélorussie. Je le répète, je suis loin d’être marxiste, mais… il faut s’attaquer à ce problème. Le monde des affaires a toujours été partie prenante de cette ville et doit continuer de l’être. Mais si la ville perd quelques centaines de milliers de personnes riches qui croient que New York existe seulement pour leur faire plaisir, ce n’est pas une tragédie à mes yeux.

Ce qui m’importe davantage, c’est le nombre d’immigrants qu’on fait entrer. Au fil des ans, ce n’est pas Wall Street qui a gardé en vie Queens ou Brooklyn à l’est de Greenpoint. Ce sont les immigrants qui s’y sont installés, qui ont acheté des maisons et qui se sont fabriqué un avenir.

Q. Nous sommes assis dans Central Park, à quelques pas de Strawberry Fields. Qu’est-ce qui, aux yeux du New-Yorkais que vous êtes, vous fait dire que les choses reviennent à la normale ici ?

R. Ce sont les gens. Voir les gens circuler dans les rues alors qu’au pire de la pandémie, ces mêmes rues étaient désertes, c’est un signe que la vie a repris. Durant la pandémie, je suis allé visiter ma belle-mère de 97 ans au centre-ville. C’est un trajet qui me prenait habituellement 30 minutes avec la circulation, et là, je le faisais en 10 minutes… On y est retournés il y a quelques semaines, j’étais pris dans la circulation et je me suis dit : c’est nul… et Dieu merci, il y a à nouveau de la circulation ! Les choses emmerdantes reviennent. C’est peut-être une particularité des New-Yorkais de se réjouir d’être à nouveau emmerdés [rires]. Je redeviens grognon… c’est un signe que les choses vont mieux…

Les propos ont été édités par souci de concision.

New York, New York, New York : Four Decades of Success, Excess, and Transformation

New York, New York, New York : Four Decades of Success, Excess, and Transformation

Simon & Schuster

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