(New York) Ce n’était pas un discours de la victoire, puisque le gagnant de la primaire démocrate pour l’élection à la mairie de New York ne sera pas connu avant la mi-juillet.

Richard Hétu
Richard Hétu Collaboration spéciale

Mais Eric Adams a célébré mardi soir son avance considérable après le dépouillement des voix de premier choix à sa manière idiosyncratique. Mêlant l’émotion authentique à l’humour cinglant, il a salué sa mère défunte, parlé à la troisième personne et attaqué sans la nommer sa cible préférée parmi ses rivaux démocrates, Andrew Yang, dont le million d’abonnés sur Twitter ou Facebook n’ont pu empêcher le naufrage politique.

« Les réseaux sociaux ne choisissent pas un candidat. Les gens vivant de la sécurité sociale choisissent un candidat », a tranché le président de l’arrondissement de Brooklyn et ex-capitaine du NYPD devant des partisans en liesse. « Je me fiche de ce que les gens écrivent sur Twitter. Je ne me fiche pas des gens que je rencontre dans la rue. »

Se présentant comme le candidat de la classe ouvrière, l’Afro-Américain de 60 ans a dominé dans tous les arrondissements de New York, à l’exception de Manhattan, remportant 31,7 % des voix de premier choix exprimées dans le cadre d’une primaire recourant au vote préférentiel, mode de scrutin utilisé pour la première fois à New York.

Les électeurs pouvaient voter pour cinq candidats maximum par ordre de préférence.

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Maya Wiley, candidate démocrate à la mairie de New York, lors d’un rassemblement mardi soir à Brooklyn

Maya Wiley, avocate des droits civiques, occupe le deuxième rang avec 22,3 % des voix de premier choix, suivie de Kathryn Garcia, ancienne gestionnaire municipale, qui en a récolté 19,5 %. Après avoir longtemps dominé dans les sondages, Andrew Yang, entrepreneur et ancien candidat présidentiel, a dû se contenter de 11,7 % des voix de premier choix, résultat qui l’a incité à concéder la victoire.

« Nous pouvons gagner »

Comme aucun des candidats démocrates en lice n’a reçu plus de 50 % des voix de premier choix, le dépouillement des suffrages se poursuivra sous forme de tours à partir de mardi prochain. À chaque tour, le candidat avec le moins de voix sera éliminé. Si le premier choix d’un électeur est éliminé, sa voix sera attribuée au candidat figurant au rang suivant sur son bulletin de vote.

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Andrew Yang, entrepreneur et ancien candidat présidentiel, s’est retiré de la course démocrate à la mairie de New York.

Ce processus continuera jusqu’à ce qu’il n’y ait plus que deux candidats. Le candidat avec le plus de voix remportera la primaire.

Tant Maya Wiley que Kathryn Garcia ont fait appel mercredi à la patience des électeurs, estimant que le vote préférentiel pourrait leur permettre de combler l’écart qui les sépare d’Eric Adams.

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Kathryn Garcia occupe le troisième rang chez les candidats démocrates à la mairie de New York, avec 19,5 % des voix de premier choix.

« Cinquante pour cent des votes vont être recomptés », a déclaré Maya Wiley devant une bouche de métro à Brooklyn.

La façon dont les gens ont classé leurs votes numéro deux et numéro trois va compter. Donc, nous sommes excités par les possibilités qui s’offrent à nous. Nous savons que nous pouvons gagner.

Maya Wiley, candidate démocrate à la mairie de New York

Compte tenu de l’avance d’Eric Adams, ses chances de l’emporter sont minces, tout comme celles de Kathryn Garcia. Selon l’organisation Fair Vote, seulement 3,8 % des scrutins tenus depuis 2004 sous le mode préférentiel aux États-Unis ont mené à la victoire d’un candidat autre que celui qui était en tête après le dépouillement des voix de premier choix.

En attendant, le New York Times a calculé que Maya Wiley pourrait l’emporter si elle atteint la ronde finale et est classée devant Eric Adams sur environ 60 % des bulletins de vote où ni l’un ni l’autre n’est le premier choix. La marche est encore plus haute pour Kathryn Garcia.

Appel à l’unité

« Je pense que Garcia et Wiley vont se disputer la deuxième place, mais elles ne vont pas gagner suffisamment de terrain pour faire la différence avec Eric », a affirmé le consultant démocrate George Arzt. « Je pense que nous savons à peu près maintenant qui est le gagnant. »

Eric Adams serait le deuxième maire noir de New York, après David Dinkins, qui a été élu en 1989 après avoir évincé le maire sortant, Ed Koch, à l’issue d’une primaire démocrate rugueuse, et battu le républicain Rudolph Giuliani lors de l’élection générale.

La hausse de la criminalité à New York aura été l’enjeu-clé de la primaire démocrate. Tout en promettant de réformer la police, Eric Adams a dénoncé les appels au définancement du NYPD. À la fin de la campagne, il a eu maille à partir avec des journalistes, qui lui ont reproché son manque de transparence ou d’honnêteté, et deux de ses rivaux, qui ont fait alliance contre lui. Dans les deux cas, il a accusé ses critiques et ses rivaux de racisme.

Mardi soir, cependant, Eric Adams a lancé un appel à l’unité.

« Ce soir, nous avons fait un grand pas en avant, a-t-il dit. En tant que ville, nous allons transformer notre douleur en volonté. Nous allons devenir une ville sûre, abordable et juste. »

Le candidat ou la candidate démocrate à la mairie fera face à Curtis Sliwa, animateur de radio et fondateur des Guardian Angels, qui a remporté la primaire républicaine face au restaurateur Fernando Mateo. Les chances de Sliwa de remporter la mairie sont jugées nulles.