(New York) L’ancien policier Eric Adams a fait un pas important vers la mairie de New York en arrivant en tête mardi à l’issue des premiers dépouillements de la primaire démocrate, même si les résultats définitifs ne seront pas connus avant plusieurs jours.

Thomas URBAIN Agence France-Presse

Un peu après 23 h 30 (3 h 30 GMT), l’actuel président du quartier de Brooklyn recueillait 30,9 % des suffrages, selon le bureau des élections de l’État de New York, devançant assez nettement la candidate progressiste Maya Wiley (21,6 %), qui aura fini la campagne en boulet de canon.

Avec 86 % de démocrates parmi les New-Yorkais affiliés à un parti, le vainqueur de la primaire de mardi est quasiment assuré de l’emporter le 2 novembre, jour de l’élection générale, et succéder à Bill de Blasio, en poste depuis 2014 et extrêmement impopulaire.

Après 16 mois de crise sanitaire qui ont fragilisé l’économie de la ville, il appartiendra au nouvel édile de relancer New York, qui s’interroge sur son avenir.

Incarnation d’un renouveau, l’entrepreneur Andrew Yang avait longtemps fait la course en tête, avant de caler durant les dernières semaines et de s’effondrer franchement mardi, pour ne glaner que 11,6 % des voix.

En milieu de soirée, l’ancien candidat à la primaire présidentielle démocrate a reconnu sa défaite. « Je ne serai pas le prochain maire de New York sur la base des chiffres de ce soir », a-t-il déclaré.

Arrivé en tête mardi, Eric Adams a bénéficié de son image d’ancien policier, dans une ville où l’insécurité arrive désormais en tête des préoccupations des New-Yorkais.

Même si les chiffres de la criminalité restent à des niveaux historiquement bas, les fusillades sont en hausse de 73 % depuis le début de l’année, et une série d’incidents dans le métro a récemment fait monter la pression, avec l’appui des chaînes locales et des tabloïds.

PHOTO BRENDAN MCDERMID, REUTERS

Le candidat à la mairie de New York, Eric Adams.

« New York a besoin d’ordre, vraiment », avait lancé, mardi matin, Susan Green, 74 ans, après avoir voté dans l’Upper East Side. « J’ai vu des changements radicaux et je n’aime pas ce que j’observe », a dit cette femme qui a voté pour Andrew Yang.

Né et élevé à New York, Eric Adams est un self-made man, policier durant 22 ans qui a œuvré, durant sa carrière de représentant de l’ordre, contre les discriminations qui minaient la police de New York.

Modéré contre progressiste

Derrière le favori, Maya Wiley a tiré son épingle du jeu, portée par le soutien de plusieurs figures de l’aile gauche du parti démocrate, en premier lieu l’élue au Congrès Alexandria Ocasio-Cortez.

L’ancienne conseillère du maire sortant Bill de Blasio se positionnait comme alternative à une approche sécuritaire, proposant notamment de couper une partie du budget de la police, comme l’ont réclamé nombre d’activistes du mouvement né après la mort de George Floyd.

Avec plus de 89 % des bulletins dépouillés (reste le dépouillement des votes par correspondance), elle devançait mardi Kathryn Garcia (20,4 %), ancienne responsable municipale de la propreté Kathryn Garcia, qui fait figure de synthèse entre l’aile modérée et la branche progressiste du parti.

Mais rien n’est joué, car New York a adopté cette année, pour ses primaires seulement, le vote dit préférentiel (« ranked-choice »), qui permet de faire figurer jusqu’à cinq noms sur un même bulletin, classés par ordre de préférence.

Lors du comptage, le candidat le moins bien classé sur le total des bulletins est éliminé et le deuxième choix des électeurs qui l’avaient placé en premier est désormais comptabilisé. La mécanique se répète ensuite jusqu’à ce qu’un candidat atteigne 50 % des suffrages.

Ce système par élimination, ajouté aux délais déjà traditionnellement significatifs à New York pour le dépouillement des bulletins par correspondance, pourrait repousser à mi-juillet l’annonce du lauréat de la primaire.

L’incertitude sur le taux de participation, traditionnellement très faible (14 % des démocrates avaient voté lors de la dernière primaire de 2017) complique encore davantage l’équation.

L’absence de candidat à plus de 30 % dans les sondages et le lancement de cette nouvelle méthode de scrutin rendent cette primaire « unique » dans l’histoire de la ville, selon Doug Muzzio, professeur de sciences politiques à l’université de Baruch.