(New York) Avant même qu’Air Force One ne se pose au Royaume-Uni, la nouvelle s’est répandue dans les médias américains de référence, qui ont cité des sources anonymes : la Maison-Blanche a conclu une entente avec les sociétés pharmaceutiques Pfizer et BioNTech pour fournir 500 millions de doses de leur vaccin contre la COVID-19 à environ 100 pays au cours de la prochaine année.

Richard Hétu
Richard Hétu Collaboration spéciale

Accompagné de sa femme Jill pour la première partie de son premier voyage à l’étranger en qualité de président, Joe Biden pourrait annoncer ce pacte majeur ce jeudi, à la veille de l’ouverture du Sommet du G7, qui se déroulera de vendredi à dimanche dans la ville côtière de Carbis Bay, dans les Cornouailles.

Voilà qui permettrait au président américain d’entamer sur une note positive une tournée européenne de huit jours guidée par un objectif primordial : prouver que les alliances et institutions qui ont façonné une bonne partie du XXsiècle peuvent être encore utiles et efficaces face aux adversaires et menaces d’aujourd’hui.

Alliances et institutions qui, faut-il le rappeler, ont été malmenées et menacées tout au long des quatre années de Donald Trump à la présidence.

« Je sais que les démocraties peuvent se rassembler pour relever les défis de cette nouvelle ère. Cette semaine, en Europe, nous avons l’occasion de le prouver », a tweeté Joe Biden avant d’atterrir à la base de Mildenhall, dans l’est du Royaume-Uni, où il s’est aussitôt adressé à des soldats de l’armée de l’air américaine.

« Nous devons discréditer ceux qui pensent que l’ère de la démocratie est terminée, comme le croient certains de nos compatriotes », a-t-il dit aux soldats.

Un certain scepticisme

Le programme de Joe Biden est chargé. Il prévoit ce jeudi un tête-à-tête avec le premier ministre britannique Boris Johnson et un sommet du G7 dont les discussions porteront notamment sur la diplomatie vaccinale, le commerce, le climat et une initiative pour rebâtir les infrastructures dans les pays en voie de développement. Les responsables américains voient dans cette initiative une façon de contrecarrer l’influence de la Chine.

Après la rencontre du G7, les Biden rendront visite à la reine Élisabeth II, chemin faisant vers Bruxelles, où le président américain participera lundi à une rencontre de l’OTAN et, le lendemain, à un sommet avec l’Union européenne (UE).

La tournée européenne de Joe Biden prendra fin mercredi à Genève, où il rencontrera son homologue russe Vladimir Poutine.

À quelques exceptions près, les dirigeants du G7 et de l’UE seront soulagés d’avoir en Joe Biden un interlocuteur américain qui ne les traitera pas de manière cavalière, comme Donald Trump l’a fait avec le premier ministre canadien Justin Trudeau et la chancelière allemande Angela Merkel, entre autres.

Ils réserveront également un bon accueil à la diplomatie vaccinale du président américain, dont le pays était vivement critiqué pour avoir tardé à partager ses vaccins contre la COVID-19.

Mais certains d’entre eux demeureront sceptiques à l’égard du discours de Joe Biden sur le « retour » des États-Unis sur la scène internationale.

« Il y a un risque considérable que ce message tombe à plat », a estimé Thomas Wright, chercheur à la Brookings Institution. « Les Européens suivent la politique américaine et comprennent que le trumpisme n’est pas mort et pourrait faire un retour à l’occasion des élections de 2022 ou 2024. »

Tête-à-tête avec un « tueur »

Les dirigeants internationaux savent aussi que Joe Biden aura du mal à défendre dans son pays certains objectifs qu’il partage avec les pays du G7, dont l’instauration d’un impôt minimal mondial d’au moins 15 % sur les sociétés. « C’est mauvais pour les États-Unis », a déclaré le sénateur républicain du Wyoming John Barrasso, résumant la réaction de son camp après l’accord intervenu entre les ministres des Finances du G7 sur cette question.

L’opposition des républicains à toute mesure législative pour réduire les émissions de gaz à effet de serre complique également la tâche de Joe Biden, qui a fixé des objectifs ambitieux en la matière.

N’empêche : la Maison-Blanche espère que les sommets du G7 et de l’OTAN parviendront à renforcer la position de Joe Biden en vue de sa rencontre avec Vladimir Poutine, point culminant du premier voyage à l’étranger du président américain.

Au menu de cette rencontre : les cyberattaques émanant de Russie, l’agression de Moscou contre l’Ukraine et d’autres questions. Le climat risque évidemment d’être plus tendu que lors du sommet d’Helsinki entre Donald Trump et le président russe. Il s’agira du premier tête-à-tête de Joe Biden avec celui qui mérite à son avis d’être qualifié de « tueur ».

Néanmoins, l’objectif de Joe Biden sera de rendre les relations entre Washington et Moscou plus « stables et prévisibles », pour utiliser les mots de Jake Sullivan, conseiller de la Maison-Blanche pour la sécurité nationale. Mais ces mots sont peut-être aux antipodes de la stratégie que Vladimir Poutine entend privilégier.

Y aura-t-il une conférence de presse commune entre les deux présidents comme à Helsinki ? Aux dernières nouvelles, les deux parties négociaient encore à ce sujet.