(New York) Un an plus tard, deux des gouverneurs démocrates les plus adulés par les médias et le public pour leur gestion de la pandémie de coronavirus se battent pour leur survie politique.

Richard Hétu Richard Hétu
Collaboration spéciale

À New York, Andrew Cuomo fait l’objet de multiples enquêtes qui pourraient mener à sa démission ou à sa destitution. En Californie, Gavin Newsom devra probablement faire face à une procédure de révocation l’automne prochain, soit un an avant la fin de son mandat.

Pendant ce temps, en Floride, Ron DeSantis, l’un des gouverneurs républicains les plus critiqués et ridiculisés pour sa gestion de la pandémie, bombe le torse, à tort ou à raison. Et de nombreux républicains voient en lui la personne la plus apte à succéder à Donald Trump à la tête de leur parti si ce dernier décide de passer le flambeau en 2024.

Un des alliés du gouverneur de 42 ans estime qu’il incarne un trumpisme « compétent ». Un riche donateur explique que lui et ses semblables le trouvent « plus sortable » que le 45e président.

Rien de cela ne rassure ses nombreux critiques, dont certains le surnomment « DeathSantis » en raison des 35 000 morts attribués à la COVID-19 en Floride depuis le début de la pandémie.

Des critiques qui perdent parfois leurs repères en tentant de prendre Ron DeSantis en défaut. Un exemple : le 4 avril dernier, la prestigieuse émission de CBS 60 Minutes a diffusé un reportage établissant un lien direct entre un don de 100 000 $ de la chaîne d’alimentation Publix au gouverneur et l’octroi à la chaîne d’un contrat pour l’administration des vaccins contre la COVID-19. Or, non seulement 60 Minutes ne fournit pas la preuve de ce lien, mais encore elle coupe au montage une partie de l’explication plausible du gouverneur.

« 60 Minutes rate la cible », tranchera Tom Jones, de l’Institut Poynter, qui s’intéresse à l’éthique journalistique et à la vérification des faits.

À contre-courant

Ron DeSantis n’en demandait pas tant. Comme Donald Trump, ses attaques incessantes contre les médias contribuent à sa popularité. Et le reportage de 60 Minutes lui a permis de montrer cette combativité que les républicains aiment tant chez leurs dirigeants.

« Je sais que les grands médias pensent qu’ils peuvent simplement écraser les gens », a dit le gouverneur de Floride en conférence de presse, en accusant 60 Minutes d’avoir diffusé sciemment « un mensonge ».

Vous n’écraserez pas ce gouverneur. Je riposte et je vais continuer à le faire jusqu’à ce que ces marchands de calomnies soient tenus responsables.

Ron DeSantis, gouverneur républicain de Floride

L’erreur de 60 Minutes aura éclipsé ce qui était l’essence de son reportage : de riches donateurs républicains sont parvenus à passer devant la file d’attente pour se faire vacciner en Floride.

La semaine dernière, Ron DeSantis s’est retrouvé au cœur d’une nouvelle polémique illustrant deux autres facteurs de sa popularité auprès des républicains : son rejet des recommandations sanitaires de la plupart des experts sur la pandémie et ses critiques de la « censure » des Big Tech.

Le 18 mars dernier, le gouverneur a animé une table ronde avec des médecins, dont le fameux DScott Atlas, qui a supplanté pendant un temps le DAnthony Fauci auprès de Donald Trump à la Maison-Blanche. « Les enfants ne devraient pas porter de masque, a dit un des médecins. Ils n’en ont pas besoin pour leur propre protection ni celle des autres. »

PHOTO MANDEL NGAN, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Le DScott Atlas

Google et YouTube ont retiré plus tard la vidéo de leur plateforme en évoquant « un contenu en contradiction avec le consensus des autorités locales et mondiales sur l’efficacité du port du masque pour prévenir la propagation de la COVID-19 ».

« Google/YouTube ont agi comme les hommes de main d’un discours. Ce dont nous sommes témoins est orwellien », a dénoncé le gouverneur lundi dernier.

Un parcours élitiste

On ne peut pas exclure la possibilité que Ron DeSantis ait lu le roman 1984 de George Orwell. Comme d’autres présidentiables républicains qui font dans le populisme, ce natif de Jacksonville a fréquenté les universités les plus élitistes : d’abord Yale, où il a notamment été capitaine de l’équipe de baseball, puis Harvard, où il a étudié le droit.

Après avoir servi à Guantánamo et en Irak comme avocat militaire, Ron DeSantis a travaillé comme procureur fédéral en Floride. Et avant de briguer un siège à la Chambre des représentants pour le premier de trois mandats, il a publié en 2011 un livre où il a étalé des idées conservatrices qui ont plu aux militants du Tea Party presque autant que le titre : Dreams from our Founding Fathers, allusion digne d’un « troll » à l’autobiographie de Barack Obama, intitulée Dreams from my Father.

À Washington, Ron DeSantis a fait partie de ces jeunes loups plus soucieux de passer à Fox News qu’à légiférer. Il est devenu l’un des plus ardents défenseurs de Donald Trump. En retour, ce dernier l’a grandement aidé à battre (par une très courte majorité) le démocrate Andrew Gillum lors de l’élection pour le poste de gouverneur de Floride en 2018.

Aujourd’hui, Ron DeSantis se vante d’avoir fait mentir ses critiques en ignorant les recommandations sanitaires sur la pandémie et en rouvrant la Floride avant tout le monde. Le bilan de son État n’est certes pas plus lourd que d’autres de son importance. Mais la pandémie n’a pas dit son dernier mot.

Vendredi, la Floride présentait un taux de positivité de 10,3 %, selon l’Université Johns Hopkins. Elle recensait par ailleurs le plus grand nombre de cas de contamination aux variants B.1.1.7 (britannique) et P1 (brésilien) parmi les États américains.

Mais Ron DeSantis a choisi cette même journée pour encourager ses concitoyens à tourner le dos à une autre recommandation du DFauci. Après avoir terminé la vaccination contre la COVID-19, ceux-ci devraient jeter leurs masques au rebut, a-t-il dit.

« Si le vaccin est efficace, pourquoi porter deux masques, comme certaines de ces personnes le font ? Cela n’a pas de sens. »

Ainsi parlait le Trump « compétent ».