(Minneapolis) Le désespoir règne lundi soir lors d’une veillée à Brooklyn Center, en banlieue de Minneapolis, au carrefour où est mort la veille Daunte Wright, dernier Afro-Américain en date tué par la police, en plein procès du meurtre de George Floyd.

Ben Sheppard
Agence France-Presse

« Être une personne de couleur est fatigant », confie à l’AFP Butchy Austin, 37 ans, employé de commerce devenu militant  depuis la mort à Minneapolis de George Floyd, également afro-américain, le 25 mai dernier après de longues minutes immobilisé sous le genou d’un policier blanc. L’affaire avait déclenché dans tout le pays des mois de manifestations et d’émeutes dénonçant le racisme et la brutalité policière.

« Nous voulons savoir que nous pouvons être en sécurité », insiste Butchy Austin qui a aidé à transporter une sculpture commémorative représentant un poing serré, depuis le site où George Floyd a été tué jusqu’au lieu de ce nouveau drame.

« C’est un problème systémique et nous devons nous battre pour une refonte complète du système afin d’obtenir l’égalité pour tous ».

Des centaines de personnes participent à la veillée autour de la sculpture, avant le début du couvre-feu imposé pour stopper les manifestations de nuit et les pillages.

« Je suis venue présenter mes condoléances à la famille d’une manière respectueuse et pacifique », explique Mabel Fall, infirmière à l’hôpital Abbott Northwestern à Minneapolis (Minnesota).

« Nous ne voulons aucune violence qui puisse oblitérer la douleur de la famille », souligne-t-elle. « Nous ne connaissons pas encore tous les faits, mais ce que nous savons c’est qu’il y a encore un mort ».

Daunte Wright, 20 ans, a été abattu par une policière qui a confondu son arme avec un Taser lors d’un contrôle routier, selon la police et l’enregistrement du drame par la caméra-piéton de l’agente.

Colère devant le commissariat

« Ce genre de mort n’a rien de nouveau […], mais beaucoup de gens ne croyaient pas à la manière dont la police traite les noirs », observe une femme blanche, Luann Yerks, retraitée âgée de 68 ans qui a traversé toute la ville en voiture pour participer à la veillée.

« La majeure partie du pays en prend conscience puisque tout cela est maintenant sur vidéo », ajoute-t-elle. « Ces morts traumatisent tellement Minneapolis et, bien sûr, la communauté noire ».

Non loin de là, devant le commissariat de Brooklyn Center, c’est la colère qui règne parmi des dizaines de manifestants réunis pour la deuxième nuit consécutive. La cause accidentelle invoquée pour le décès du jeune homme ne suffit pas à l’apaiser.

Sous la pluie, avant d’être dispersés par la police à coups de gaz lacrymogènes, ils brandissent leurs pancartes et scander des slogans malgré l’entrée en vigueur du  couvre-feu, narguant la police au travers du grillage fraîchement installé.

« Emprisonnez tous les flics tueurs racistes », « Suis-je le prochain » ou « Pas de justice, pas de paix », peut-on lire sur les pancartes.

Pour Jaylani Hussein, représentant local du Conseil sur les relations américano-islamiques, c’est la culture policière du pays qui doit changer.

« Les policiers se perçoivent comme des gens formidables qui font des choses formidables, mais lorsque quelque chose arrive, c’est toujours “juste une mauvaise personne” », dit-il. « Voilà ce qui se passe au procès de Derek Chauvin », accusé du meurtre de George Floyd et actuellement jugé à Minneapolis.

M. Hussein accuse les autorités d’utiliser le procès et la mort de Daunte Wright pour « activer de manière disproportionnée » la répression sécuritaire dans toute la ville.

« C’était déjà prévu avant le procès et maintenant ils ont l’occasion d’instaurer le couvre-feu », assure-t-il. « C’est très important pour la communauté de pleurer ses morts, mais elle se voit refuser l’espace pour le faire ».