(Washington) Le chef du FBI Christopher Wray a défendu mardi au Sénat l’action de la police fédérale avant l’assaut du Capitole par des manifestants pro-Trump, affirmant que les informations sur des violences potentielles avaient été transmises selon la « procédure normale » aux autorités locales.

Cyril JULIEN
Agence France-Presse

Pour sa première audition devant la commission judiciaire depuis les évènements du 6 janvier, M. Wray a souligné que le nombre d’enquêtes fédérales ouvertes pour « terrorisme domestique » avait doublé, passant de 1000 à 2000 entre son entrée en fonction en 2017 et aujourd’hui.

L’assaut sur le Congrès, où les élus certifiaient la victoire de Joe Biden, a provoqué une polémique nationale sur le manque de préparation des forces de l’ordre.  

Face à des policiers trop peu nombreux, les manifestants avaient réussi à s’introduire dans le Capitole, provoquant le chaos.

La veille de l’attaque, un rapport du bureau local du FBI à Norfolk (en Virginie) avait bien alerté sur des appels à « se battre ». Mais le document, transmis dans la soirée à la police du Capitole, n’avait pas circulé en interne, avait assuré fin février devant le Sénat le chef de la police du Capitole, Steven Sund, qui a depuis démissionné.

Interrogé par la commission judiciaire du Sénat, Christopher Wray a au contraire affirmé que ce « rapport de situation » avait été « rapidement » transmis « à nos partenaires, dont la police du Capitole, et la police de Washington ».

PHOTO MANDEL NGAN, ASSOCIATED PRESS

Le directeur du FBI, Christopher Wray, durant son témoignage devant le Comité judiciaire du Congrès américain.

De plus, il a été transmis de trois façons différentes : par message électronique, à l’oral aux services antiterroristes locaux, et via un portail national interne aux forces de l’ordre.

Cette démarche est « en accord avec notre procédure normale », a assuré le directeur du FBI.

Le rapport rassemblait des informations « brutes, non vérifiées, et non corroborées, qui avaient été postées en ligne », mais étaient « inquiétantes et spécifiques », a-t-il expliqué.

Il a admis ne pas avoir de « réponse adéquate » à la raison pour laquelle les responsables de la sécurité de la capitale et du Congrès n’avaient pas reçu ce rapport.

Devant le Sénat, les responsables de la sécurité du Capitole avaient estimé que les services de renseignement américains avaient sous-estimé les risques lors des manifestations du 6 janvier, si bien que le dispositif de sécurité n’était pas adapté pour contrer « des criminels prêts pour la guerre ».

Trois groupes

Le chef du FBI a divisé les manifestants en trois groupes distincts : la grande majorité étaient « pacifiques quoique turbulents » et n’ont rien fait d’illégal. Un second groupe, plus restreint, était venu pour manifester pacifiquement et s’est enhardi en envahissant la pelouse du Congrès sans entrer dans le bâtiment. Le plus petit groupe, « mais le plus sérieux », est entré au Congrès et a affronté les forces de l’ordre.

Certains d’entre eux sont venus à Washington « avec l’intention de commettre les pires violences » et se sont coordonnés, notamment « sur l’équipement qu’ils apporteraient ».

Selon lui, les assaillants étaient en majorité des « extrémistes violents membres de milices » et incluaient également « des extrémistes violents motivés par le racisme et qui soutiennent le suprémacisme blanc ».

Christopher Wray a admis que la collecte d’informations sur les groupes extrémistes devait être améliorée.

« Nous sommes très concentrés sur la façon d’obtenir de meilleures sources, de meilleures informations, de meilleures analyses, pour nous assurer que ce qui est arrivé le 6 janvier n’arrive plus jamais », a-t-il dit.

Le chef du FBI a aussi balayé les allégations de plusieurs élus républicains selon lesquelles les assaillants du Capitole étaient des militants antifascistes déguisés en partisans de Donald Trump.

« Nous n’avons pas jusqu’ici d’éléments sur des extrémistes anarchistes violents ou des gens associés aux antifascistes en connexion avec le 6 janvier », a-t-il dit.

Cinq personnes, dont un policier du Capitole, sont mortes lors de ce coup de force, et plus de 270 personnes sont poursuivies à des degrés divers pour leur participation à cette attaque, a précisé Christopher Wray.

Accusé d’« incitation à l’insurrection » pour avoir appelé ses partisans à marcher sur le Congrès le 6 janvier, Donald Trump a été acquitté au Sénat le 13 février.  

Il n’a jamais accepté le résultat de la présidentielle, estimant sans fondement que sa défaite était due à des fraudes massives.