(New York) Reine de beauté, influenceuse, apprentie designer, l’épouse du narcotrafiquant El Chapo, Emma Coronel, est rattrapée par la justice américaine, qui l’accuse d’avoir collaboré au réseau de son mari.

Laura BONILLA CAL
Agence France-Presse

Quasiment toujours muette, y compris lors du procès de son époux Joaquin Guzman, dit « El Chapo », Emma Coronel Aispuro, aujourd’hui âgée de 31 ans, est devenue objet de fascination pour une partie du public, comme en témoignent les 553 000 abonnés à son compte Instagram.

Bisous soufflés à son mari

Tout au long du procès du plus puissant narcotrafiquant du monde, qui aura duré plus de trois mois entre novembre 2018 et février 2019, la trentenaire aux cheveux de jais est apparue quasiment à chaque audience, toujours impeccablement vêtue et maquillée, échangeant des baisers par gestes lointains avec Joaquin Guzman.

La justice lui avait refusé tout contact avec l’accusé, et interdit toute visite en détention, pour elle ou les jumelles du couple, alors âgées de 7 ans.

La reine de beauté n’avait que 17 ans lorsqu’elle a rencontré pour la première fois le co-fondateur du cartel de Sinaloa, considéré comme le principal pourvoyeur de la drogue entrant aux États-Unis. Elle devait épouser cet homme âgé de 32 ans de plus qu’elle quelques mois plus tard, une fois majeure.

Emma Coronel projetait l’image d’une épouse dévouée, y compris lorsqu’une ancienne collaboratrice d’El Chapo a raconté lors du procès, en détail, avoir été sa maîtresse.

À l’occasion de cette audience surréaliste, l’épouse et le trafiquant s’étaient présentés chacun de leur côté habillés de la même façon, pantalon noir, chemise blanche et veste bordeaux.

« C’est un excellent père, ami, frère, fils, partenaire », avait déclaré Emma Coronel à l’issue du procès de son mari. Quelques jours plus tard, elle annonçait le lancement d’une ligne de vêtements aux initiales de son mari, JGL pour Joaquin Guzman Loera.

Image écornée

Mais dès le procès d’El Chapo, l’image d’ingénue présentée par Emma Coronel avait commencé à se lézarder, à la faveur de plusieurs témoignages.

Un complice de Joaquin Guzman avait notamment affirmé que la jeune femme avait participé activement à l’évasion de son mari de la prison d’Altiplano, non loin de Mexico, un peu plus d’un an après son interpellation.

Cette accusation a été reprise dans le document d’inculpation présenté lundi par le ministère américain de la Justice contre celle qui est aussi la nièce d’un ancien cadre du cartel de Sinaloa, Ignacio « Nacho » Coronel.  

L’accusation avait également présenté, à l’audience, des textos envoyés par le chef de cartel à Emma Coronel pour lui demander de cacher des armes avant une descente de police, ou un appel téléphonique montrant qu’elle connaissait certains aspects du trafic.

Le ministère américain de la Justice l’accuse ainsi d’avoir joué un rôle actif dans le réseau de son mari, qui inonde encore aujourd’hui les États-Unis de stupéfiants, de la cocaïne à la marijuana, en passant par l’héroïne et la méthamphétamine.

Interpellée lundi à l’aéroport de Washington, la jeune femme a plaidé non coupable des chefs d’inculpation retenus contre elle.

L’argent ne manque pas

Beaucoup s’étaient interrogés lorsqu’en septembre 2018, peu avant le début du procès d’El Chapo, elle avait posté sur Instagram les photos d’une fête d’anniversaire pour ses filles avec décors imposants inspirés de la poupée Barbie.

Une célébration grandiose alors que la justice n’a jamais saisi le moindre peso ou dollar du patrimoine du narcotrafiquant, estimé à 14 milliards de dollars.

Joaquin Guzman a été condamné, mi-juillet 2019, à la prison à perpétuité, assortie symboliquement de trente années de prison supplémentaires.

Considéré comme le narcotrafiquant le plus puissant au monde, il a acheminé aux États-Unis au moins 1200 tonnes de cocaïne sur un quart de siècle.