(Washington) Un juge fédéral américain a ordonné à la femme du narcotrafiquant mexicain Joaquín « El Chapo » Guzmán de rester temporairement incarcérée après avoir été arrêtée et accusée d’avoir aidé son mari à gérer son cartel de plusieurs milliards de dollars et d’avoir comploté pour son audacieuse évasion d’une prison mexicaine en 2015.

Michael Balsamo
Associated Press

Emma Coronel Aispuro, âgée de 31 ans, a comparu par vidéoconférence devant un juge d’instance fédéral à Washington. L’ordonnance du juge est intervenue après que l’avocat de Mme Coronel, Jeffrey Lichtman, a déclaré qu’il consentirait à sa détention provisoire après son arrestation à l’aéroport international de Dulles en Virginie.

PHOTO FOURNIE PAR LE BUREAU DU SHÉRIF D'ALEXANDRIA, VIA AGENCE FRANCE-PRESSE

Emma Coronel Aispuro, lors de son passage à l'identification judiciaire du bureau du shérif d'Alexandria, en Virginie, le 22 février 2021. Elle fait face à des accusations liées au trafic de drogues.

Le juge américain Robin Meriweather a expliqué les accusations à Mme Coronel, qui a parlé au juge par l’intermédiaire d’un interprète espagnol. Elle a déclaré que les procureurs avaient fourni des raisons suffisantes pour la maintenir derrière les barreaux pour le moment et a noté que son avocat avait consenti à la détention provisoire.

Le procureur Anthony Nardozzi a argué qu’elle « travaillait en étroite collaboration avec la structure de commandement et de contrôle » du cartel de Sinaloa, en particulier avec son mari. M. Nardozzi a déclaré qu’elle avait conspiré pour le trafic de grandes quantités de drogues, sachant qu’elles seraient illégalement introduites clandestinement aux États-Unis.

M. Nardozzi a soutenu que Mme Coronel avait accès à des associés criminels, y compris d’autres membres du cartel, et « des moyens financiers pour générer un risque sérieux de fuite ». Si elle est reconnue coupable, elle risque plus de 10 ans de prison.

PHOTO EDUARDO VERDUGO, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Joaquín « El Chapo » Guzmán

Mme Coronel détient la double nationalité mexicaine et américaine. Son arrestation n’est que le plus récent développement dans la longue et sanglante histoire de Guzmán, qui dirige depuis longtemps le violent cartel de Sinaloa.

Guzmán, dont les deux évasions époustouflantes au Mexique ont alimenté le mythe selon lequel sa famille et lui étaient intouchables, a été extradé vers les États-Unis en 2017. Il purge actuellement une peine de prison à vie.

Sa femme, avec qui il a deux petites filles, est maintenant accusée de complot en vue de distribuer de la marijuana, de la cocaïne, de l’héroïne et des méthamphétamines aux États-Unis.

Le département de la Justice l’accuse aussi d’avoir aidé son mari à s’enfuir d’une prison mexicaine en 2015 et d’avoir planifié une deuxième évasion avant son extradition vers les États-Unis.

Mme Coronel a été envoyée vers une prison de la Virginie tard lundi soir.

En tant que narcotrafiquant le plus puissant du Mexique, Guzmán a expédié des tonnes de cocaïne et d’autres drogues vers les États-Unis pendant son règne de 25 ans, ont récemment affirmé des procureurs américains. Ils ajoutent qu’il avait ordonné à son armée de « tueurs » de kidnapper, torture et tuer tous ceux qui s’opposaient à lui.

Ses évasions légendaires ont permis de se demander si le système judiciaire mexicain était à la hauteur de la tâche. Guzmán s’est notamment enfui par le biais d’un tunnel de 1,6 kilomètre creusé sous la douche de sa cellule. Sa femme aurait joué un rôle de premier plan dans la planification et la construction de ce tunnel, qui était éclairé et ventilé, et dans lequel on trouvait une motocyclette montée sur des rails.

Mme Coronel, les fils de Guzmán et un témoin qui collabore maintenant avec le gouvernement américain auraient notamment acheté un terrain près de la prison d’Altiplano, des armes et un camion blindé. Ils auraient aussi fait parvenir une montre GPS à Guzmán derrière les barreaux pour savoir exactement où il se trouvait.

Guzmán a été condamné à la prison à vie en 2019.

Mme Coronel, une ancienne reine de beauté à l’adolescence, a assisté régulièrement à son procès, même quand les témoignages entendus l’éclaboussaient. Ils ont plus de 30 ans de différence et leurs jumelles sont nées en 2011.

Son père, Ines Coronel Barreras, et un de ses frères ont été arrêtés en 2013 dans une affaire de trafic de marijuana.

Un ancien membre de la Drug Enforcement Administration des États-Unis, Mike Vigil, rappelle que Mme Coronel « trempe dans le trafic de la drogue depuis qu’elle est toute petite. Elle connaît les rouages du cartel de Sinaloa. »

Elle pourrait maintenant être prête à collaborer avec les autorités.

« Elle a une grande motivation : ses jumelles », a-t-il dit.