C’est ce mardi que doit s’ouvrir au Sénat américain le procès en destitution de Donald Trump, accusé d’avoir incité ses partisans à commettre une insurrection contre le Capitole le 6 janvier. Explications.

Mis à jour le 9 févr. 2021
Nicolas Bérubé
Nicolas Bérubé La Presse

De quoi Donald Trump est-il accusé ?

L’ancien président est accusé d’incitation à l’insurrection pour son rôle dans les émeutes violentes au Capitole, le 6 janvier. Cinq personnes sont mortes, et des centaines d’autres ont été blessées quand les émeutiers ont envahi le Capitole, forçant notamment l’évacuation du Sénat, où débutera mardi le procès de Donald Trump. La Chambre des représentants avait voté à 232 contre 197 pour la mise en accusation de Trump le 13 janvier. Dix républicains avaient voté avec les démocrates, ce qui en fait le processus de destitution le plus bipartisan de l’histoire américaine.

Les démocrates comptent démontrer que Donald Trump a excité la foule avec ses accusations mensongères de fraude électorale, a « mis en danger la vie de chaque membre du Congrès et a nui au transfert pacifique du pouvoir ».

PHOTO JOHN MINCHILLO, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Le 6 janvier 2021, des émeutiers ont envahi le Capitole, forçant notamment l’évacuation du Sénat.

Comment les démocrates s’y prendront-ils ?

Les démocrates ont dit qu’ils utiliseraient des images et des vidéos pour démontrer que les mots utilisés par Donald Trump dans son discours à ses dizaines de milliers de partisans à Washington, le 6 janvier, ont attisé les flammes de la violence. « Notre pays en a assez, avait lancé Trump à ses partisans en colère. Nous ne le prendrons plus. […] Nous arrêterons le vol. […]. Vous ne reprendrez jamais notre pays avec de la faiblesse. Vous devez faire preuve de force et vous devez être forts. »

PHOTO BRENDAN SMIALOWSKI, AGENCE FRANCE-PRESSE

Bruce L. Castor est l’un des avocats qui représentent Donald Trump dans son procès en destitution.

Quelle est la défense de Trump ?

David Schoen et Bruce L. Castor, les avocats qui représentent Donald Trump, ont déclaré lundi que son procès au Sénat était du « théâtre politique », que Trump utilisait la liberté d’expression pour contester le résultat de l’élection et qu’il ne peut être tenu responsable des actions des émeutiers. Ils ont aussi accusé les élus démocrates de la Chambre des représentants d’avoir exploité les émeutes du 6 janvier pour marquer des points politiques.

PHOTO ERIN SCOTT, ARCHIVES REUTERS

Lors du premier procès en destitution de Donald Trump en janvier 2020, un seul républicain, le sénateur Mitt Romney (sur la photo), avait voté contre le président.

Combien de temps le procès durera-t-il ?

Impossible de le savoir, mais des sénateurs démocrates ont déjà dit qu’ils souhaitaient que ce procès soit moins long et moins complexe que le premier procès en destitution de Donald Trump en janvier 2020, qui avait duré trois semaines, et qui portait sur les demandes de Trump au président ukrainien Volodymyr Zelensky de déclencher une enquête sur Hunter Biden, fils de Joe Biden. Le Sénat avait acquitté Donald Trump, et un seul républicain, le sénateur Mitt Romney, avait voté contre le président.

PHOTO LEAH MILLIS, REUTERS

Des camions présentant des messages appelant à la condamnation de Donald Trump étaient stationnés devant le Capitole, lundi.

Quelles sont les chances que Trump soit reconnu coupable ?

Au moins 67 des 100 sénateurs doivent être d’accord avec la culpabilité de Trump afin qu’il soit condamné. C’est donc dire que 17 sénateurs républicains devraient voter contre Trump pour qu’un tel scénario se produise, ce qui est peu probable, signale Rafael Jacob, chercheur associé à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand de l’Université du Québec à Montréal et auteur du livre Révolution Trump.

« Cela dit, si 52, 53, 55 sénateurs votent pour condamner Donald Trump, ce ne sera pas assez, mais ça va quand même être le nombre de votes ‟coupable” le plus élevé contre un président de l’histoire américaine, dit-il. Ce n’est quand même pas rien. Ce serait historique. »

PHOTO ALEX BRANDON, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

L’article adopté par les représentants américains pour réclamer la destitution de Donald Trump

Donald Trump pourrait-il être à nouveau candidat en 2024 ?

Oui, en théorie, car le procès en destitution n’a pas de conséquences sur son avenir politique. Les sénateurs démocrates pourraient tenir un second vote afin de décider d’empêcher Donald Trump d’être candidat pour un poste fédéral, mais on ne sait pas s’ils s’aventureront sur cette voie si Trump devait être acquitté.

PHOTO JACQUELYN MARTIN, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

L’ancien président Donald Trump s’adressant à la foule lors d’un rassemblement, le 6 janvier, juste avant que des émeutiers prennent d’assaut le Capitole.

Quel est le but du procès si Trump n’a pratiquement aucune chance d’être déclaré coupable ?

Au-delà du fait que les démocrates veulent dénoncer le rôle joué par Trump dans les émeutes du 6 janvier et ses allégations mensongères au sujet de la fraude électorale, leur parti a certainement à gagner d’un tel procès. En forçant les sénateurs républicains à appuyer Trump publiquement une dernière fois, les démocrates pourraient avoir des munitions pour dénoncer ceux qui devront se présenter devant les électeurs aux élections de mi-mandat, à l’automne 2022.

Or, jusqu’ici, les élus républicains n’ont généralement pas été prêts à prendre position contre l’ex-président, qui demeure populaire au sein des partisans, dit Rafael Jacob. « C’est très proche d’un culte de personnalité. Il y a vraiment une masse critique de républicains qui n’osent pas se mettre l’ex-président à dos. Ce n’est pas juste idéologique, c’est personnel. »