(Washington) La prolongation du dernier traité de désarmement américano-russe New Start est devenue effective mercredi après avoir été validée par les États-Unis de Joe Biden, qui doit maintenant s’attaquer aux multiples « défis » posés par Moscou, à commencer le sort de l’opposant russe Alexeï Navalny.

Francesco FONTEMAGGI
Agence France-Presse

« En même temps que nous travaillons avec la Russie pour promouvoir les intérêts américains, nous allons aussi travailler pour faire rendre des comptes à la Russie pour ses actes antagonistes et ses violations des droits de la personne, en étroite coordination avec nos alliés et partenaires », a prévenu le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken.

Le communiqué annonçant l’extension de cet accord clé pour cinq ans, jusqu’au 5 février 2026, déjà entérinée côté russe, résume bien le délicat équilibre entre dialogue et fermeté que recherche l’administration Biden.

Alors que le nouveau président américain met en scène quotidiennement la signature de ses premières mesures, la prolongation très attendue du traité a été validée presque en catimini à deux jours de son expiration.

« Le président Biden s’est engagé à protéger les Américains des menaces nucléaires en rétablissant le leadership américain en matière de contrôle des armements et de non-prolifération. Aujourd’hui, les États-Unis font un premier pas pour tenir cet engagement avec la prolongation du traité New Start avec la Fédération de Russie pour cinq ans », a dit Antony Blinken. « Une compétition nucléaire sans limites nous mettrait tous en danger. »

Signé en 2010, l’accord limite les arsenaux à un maximum de 1550 ogives déployées pour chacun de ces deux pays, soit une réduction de près de 30 % par rapport au plafond précédent fixé en 2002.

L’heure des décisions approche

Les négociations sur sa prolongation étaient restées dans l’impasse sous la présidence de Donald Trump. Et plusieurs républicains ont reproché au gouvernement démocrate de donner au président russe Vladimir Poutine ce qu’il voulait sans rien obtenir en échange.

Le secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg a lui salué l’extension, qui est selon lui « le début, pas la fin, d’un effort pour renforcer davantage le contrôle international des armements ».

La Russie, qui avait promulgué dès vendredi une loi renouvelant New Start, a aussi applaudi la sauvegarde de cette « pierre angulaire de la sécurité internationale » tout en prévenant qu’il faudrait des « efforts significatifs » pour remettre vraiment sur les rails le dialogue entre les deux puissances rivales.

« C’est un début… Maintenant commence la tâche difficile pour la gestion des relations américano-russes », qui sont au plus bas depuis la fin de la Guerre froide, a résumé sur Twitter l’ex-diplomate américain Brett Bruen.

Tout d’abord sur le vaste terrain en jachère du désarmement.

Antony Blinken a expliqué que la prolongation de New Start permettait de tenter d’encadrer « l’ensemble des armes nucléaires » avec la Russie, mais aussi de « réduire les dangers posés par l’arsenal nucléaire moderne et grandissant de la Chine » – un objectif affiché en vain par Donald Trump.

Surtout, cet accord n’empêche pas d’avoir « les yeux grands ouverts sur les défis que pose la Russie aux États-Unis et au monde », a assuré le secrétaire d’État américain.

Il intervient en pleine montée des tensions entre les Occidentaux et Moscou, après l’empoisonnement présumé, l’arrestation puis la condamnation à une peine de prison d’Alexeï Navalny.

Après des dénonciations très fermes, Joe Biden devra rapidement montrer jusqu’où il est prêt à pousser ses représailles, d’autant qu’il a promis de rompre avec la bienveillance souvent affichée par Donald Trump à l’égard de Vladimir Poutine.

Pour l’instant, le nouveau président a demandé au renseignement américain un rapport sur tout ce qu’il reproche à Moscou, du sort d’Alexeï Navalny à la récente cyberattaque géante en passant par les ingérences électorales.

La Maison-Blanche a aussi appelé mercredi la Russie à libérer deux Américains – Paul Whelan, condamné pour espionnage, et Trevor Reed, un ex-Marine condamné pour avoir agressé deux policiers. Leur libération « dans le sillage de l’extension de New Start prouverait que la Russie est prête à résoudre des sujets insolubles », a dit sa porte-parole Jen Psaki.

Mais l’heure des décisions approche, et déterminera l’ampleur du bras de fer américano-russe pour les prochaines années.