(Washington) Le nouveau président américain Joe Biden a de nouveau autorisé jeudi les États-Unis à financer des associations étrangères offrant ou promouvant des services d’avortement, un premier pas prudent sur ce terrain miné.

Charlotte PLANTIVE
Agence France-Presse

À la veille de la mobilisation annuelle des militants antiavortement, le démocrate a révoqué la « règle de Mexico » qui interdisait de donner des fonds fédéraux à toute ONG internationale offrant, ne serait-ce que des conseils, sur les interruptions volontaires de grossesse (IVG).

Marqueur politique depuis des décennies, cette règle a été instaurée par l’administration républicaine de Ronald Reagan, annulée par chaque président démocrate et remise en vigueur par chaque républicain.  

Elle a, selon un rapport gouvernemental, eu un impact sur 1300 projets internationaux en 2018 et forcé, cette année-là, les ONG à renoncer à plus de 150 millions de dollars ou à leurs activités en matière d’IVG.

Dans la même logique, le président a ordonné la reprise des financements américains au Fonds des Nations unies pour la population, qui agit notamment dans le domaine de la planification familiale. Là encore, chaque administration républicaine depuis Ronald Reagan lui avait coupé les fonds.

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Joe Biden est un fervent catholique, mais il soutient le droit des femmes à choisir si elles veulent poursuivre leur grossesse. Ci-haut, une manifestante antiavortement, à l’extérieur d’une église où Biden se trouvait le 20 novembre 2020, tenait une pancarte sur laquelle on pouvait lire : « Joe, aucun fervent catholique n’est pour l’avortement ».

Le chef de la diplomatie Antony Blinken a immédiatement annoncé le déblocage de 32,5 millions de dollars destinés à cette agence de l’ONU.

Son secrétaire général Antonio Guterres a salué deux décisions qui « rappellent avec force aux femmes et aux filles dans le monde que leurs droits comptent ».

Les associations de défense des droits des femmes se sont aussi dites « ravies » de voir disparaître la règle de Mexico, une mesure « cruelle et néocoloniale », selon Serra Sippel, présidente du Center for Health and Gender Equity (Change).

Mais le chef des républicains au Sénat Mitch McConnell a critiqué « le financement d’avortements à l’étranger avec l’argent des contribuables », qui « piétine leur conscience » et va, selon lui, à l’encontre des promesses d’unité du nouveau président.

Marche virtuelle

L’avortement est légal dans tous les États-Unis depuis une décision de la Cour suprême en 1973, mais divise encore fortement la population américaine, avec une opposition toujours très vive dans les milieux religieux.

Comme chaque année autour de la date anniversaire de cet arrêt historique, les opposants à l’avortement ont prévu de se faire entendre vendredi. Mais, pandémie oblige, leur « marche » sera virtuelle, contrairement à celle de l’an dernier à laquelle avait participé Donald Trump.

Un temps favorable au droit des femmes de choisir d’avorter, le milliardaire républicain avait conquis les électeurs de la droite religieuse en se posant en farouche opposant à l’avortement.  

Pour les satisfaire, son administration avait décliné au niveau national la « règle de Mexico », en imposant aux centres de planification familiale de distinguer physiquement les consultations gynécologiques de celles liées à l’avortement, sous peine de perdre les fonds fédéraux. Un quart de ces structures avaient été pénalisées.

Dans son mémorandum, Joe Biden aborde ce sujet avec précaution. Il ordonne « d’examiner s’il faut suspendre, revoir, annuler ou ouvrir à la discussion ces régulations ».

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Des manifestantes pour le droit à l’avortement devant la Cour suprême, à Washington, le 4 mars 2020.

Le texte ne dit rien non plus de « l’amendement Hyde », qui interdit d’utiliser des fonds fédéraux pour rembourser la plupart des avortements, bien que Joe Biden ait promis pendant sa campagne de l’abroger.

En paraphant le document, le président a d’ailleurs adopté un profil bas. « On ne fait rien de nouveau », a-t-il insisté, devant les caméras, en se gardant d’utiliser le mot avortement.

Lors de sa première conférence de presse, la porte-parole de la Maison-Blanche Jen Psaki avait été interrogée sur les intentions du nouveau président à ce sujet : « c’est un fervent catholique qui va à l’église régulièrement », avait-elle répondu sans en dire plus.

Malgré l’opposition du clergé aux IVG, Joe Biden soutient ouvertement le droit des femmes à avorter, conformément aux positions de la majorité de ses électeurs. Mais il n’en a pas fait un grand sujet de sa campagne.

Les associations de défense de ce droit sont donc extrêmement vigilantes pour la suite. Ses annonces sont « des premiers pas extrêmement importants, mais l’administration doit aller plus loin », a déclaré Herminia Palacio, présidente du Guttmacher institute.