(Washington) Joe Biden a estimé venu « le temps d’agir » contre le « racisme systémique » qui corrompt selon lui « l’âme » de l’Amérique, et a signé mardi de premiers décrets à la portée toutefois limitée.

Agence France-Presse

La mort de l’Afro-Américain George Floyd, asphyxié en mai par un policier blanc, « a marqué un tournant dans l’attitude du pays envers la justice raciale », a déclaré le président démocrate lors d’une allocution à la Maison-Blanche.

« Il est temps d’agir parce que la foi et la morale l’imposent », parce que le racisme est « corrosif, destructeur et coûteux » pour les États-Unis, a-t-il ajouté avant de parapher, entre autres, un décret pour mettre un terme aux prisons fédérales privées.

Pendant sa campagne, le démocrate a conquis les électeurs afro-américains en promettant notamment de réformer le système carcéral des États-Unis, où les minorités sont surreprésentées.

Plus de prisons privées

Le nouveau décret ordonne au ministre de la Justice de ne pas renouveler les contrats des opérateurs privés quand ils arriveront à échéance.  

La prison privée d’Eden, au Texas, appartient à CoreCivic, une compagnie cotée en Bourse anciennement connue sous le nom de Corrections Corporation of America. La valeur de l’action de CoreCivic a plongé de 9 % à la Bourse de New York après l’annonce du président Joe Biden.

« C’est un premier pas pour empêcher les grandes entreprises de tirer profit du système carcéral », a poursuivi Joe Biden, en critiquant des prisons privées « moins humaines et moins sûres ».

Cette réforme avait été décidée à la fin de la présidence de Barack Obama, mais son successeur républicain, Donald Trump, avait fait marche arrière dès son arrivée à la Maison-Blanche.  

Elle a une portée limitée : seuls 116 000 des plus de deux millions de prisonniers étaient détenus dans des établissements privés en 2019, soit 7 % de la population carcérale dans les prisons des États et 16 % de celle des prisons fédérales, selon le ministère de la Justice.

Et le nouveau décret présidentiel ne porte pas sur les centres de rétention pour migrants qui sont souvent gérés par des opérateurs privés.  

Les défenseurs des droits de l’Homme l’ont donc accueilli avec tiédeur.

Abolir la peine de mort

« Le décret signé est un premier pas important […], mais le président Biden a pour obligation d’en faire plus », a ainsi déclaré David Fathi, de la puissante organisation ACLU en lui demandant de limiter l’usage de la force par la police et la mise à l’isolement des détenus, ainsi que d’abolir la peine de mort au niveau fédéral.  

« Cette insistance sur le privé est plus du spectacle avec de bons sentiments qu’une politique solide », a ajouté le professeur de Droit pénal John Pfaff sur Twitter.  

Le président a signé trois autres décrets, assez flous, pour renforcer la lutte contre les discriminations dans le domaine du logement, contre le racisme envers les Américains d’origine asiatique et pour renforcer le dialogue entre son administration et les nations amérindiennes.  

Il a pris soin de souligner que la lutte contre le racisme « prendrait du temps » et que d’autres mesures suivraient dans les jours et les semaines à venir.