Joe Biden entend rompre avec l’ère Trump dès ses premiers instants à la Maison-Blanche, mercredi, notamment en rejoignant l’accord de Paris sur le climat et en signant un décret sur l’immigration. Les premiers jours de son mandat seront l’occasion d’insuffler une énergie nouvelle à Washington et de réaliser certaines promesses électorales. Voici ce que compte faire l’administration de Joe Biden au cours de ses 100 premiers jours au pouvoir.

Nicolas Bérubé Nicolas Bérubé
La Presse

100 millions de doses en 100 jours

PHOTO SUSAN WALSH, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Joe Biden recevant sa seconde dose du vaccin contre la COVID-19, le 11 janvier.

La tâche la plus urgente de Joe Biden sera bien sûr de s’attaquer à la pandémie de COVID-19, incontrôlable aux États-Unis, de loin le pays le plus touché du monde. Le début de la vaccination montre que « des jours meilleurs » sont à nos portes, a dit Biden, ajoutant cette semaine, après avoir reçu son second vaccin : « Ça va être difficile. Ce ne sera pas facile. Mais nous pouvons y arriver. » Concrètement, Joe Biden veut que 100 millions de doses du vaccin soient administrées dans les 100 premiers jours de son administration, soit la plus grande campagne de vaccination de l’histoire du pays. Pour ce faire, il compte mettre en place des milliers de centres fédéraux de vaccination de différentes tailles, notamment dans des stades de football et des gymnases d’écoles secondaires, en plus de donner plus d’argent aux États pour mieux financer leurs opérations de vaccination. Dès son premier jour à la Maison-Blanche, Joe Biden compte aussi signer un ordre exécutif qui obligera les Américains à porter un couvre-visage dans les édifices fédéraux et à bord de trains qui franchissent la limite d’un État.

Réchauffement climatique

PHOTO JARED SOARES, ARCHIVES THE NEW YORK TIMES

L’actrice et militante Jane Fonda arrêtée lors d’une manifestation contre les changements climatiques dans un immeuble de bureaux du Sénat américain, à Washington, en 2019.

Occulté sous Donald Trump, le consensus scientifique au sujet du réchauffement climatique devrait retourner au premier plan sous Joe Biden. « C’est le problème numéro un auquel l’humanité est confrontée, et c’est le problème numéro un pour moi, a-t-il dit après son élection. Sans contrôle, cela va cuire cette planète. Ce n’est pas une hyperbole. C’est vrai. Et nous avons une obligation morale d’y remédier ». Biden veut que les États-Unis réintègrent l’accord de Paris sur les changements climatiques dès son premier jour à la Maison-Blanche. Le président désigné compte faire adopter un plan climat financé à la hauteur de 2000 milliards de dollars visant à favoriser l’énergie verte, un réseau vert de distribution d’électricité et un réseau de bornes de recharge de véhicules électriques. L’objectif est de franchir le seuil d’une économie américaine entièrement décarbonée d’ici 2050. Biden veut adopter un plan de « justice climatique » visant à financer les communautés affectées de façon disproportionnée par le réchauffement climatique, en plus d’augmenter l’efficacité énergétique des véhicules neufs – Donald Trump avait fait le contraire et autorisé davantage de pollution au CO2.

Destitution de Donald Trump

PHOTO BRENDAN SMIALOWSKI, AGENCE FRANCE-PRESSE

La leader démocrate Nancy Pelosi montre à la presse l’article de destitution du président Trump dûment signé après un vote majoritaire à la Chambre des représentants, mercredi dernier.

Un dossier s’est ajouté à la dernière minute dans la liste des tâches de la nouvelle administration de Joe Biden : voir à la destitution de son prédécesseur. Jusqu’ici, Joe Biden a réussi à se positionner au-dessus de la mêlée et à éviter de s’empêtrer dans les scandales de Trump qui se déroulent de toute façon au Congrès. Mais le procès pour la destitution de Trump qui se jouera au Sénat après la prestation de serment de Joe Biden pourrait faire perdurer la division et nuire à l’image rassembleuse que veut insuffler le nouvel occupant de la Maison-Blanche. Mercredi, après le vote pour la destitution de Trump à la Chambre des représentants, Joe Biden a lancé un appel prudent à l’unité. « Notre nation reste sous l’emprise d’un virus mortel et d’une économie en guérison, a-t-il déclaré dans un communiqué. J’espère que les dirigeants du Sénat trouveront un moyen de s’acquitter de leurs responsabilités constitutionnelles en matière de destitution tout en travaillant également sur les autres affaires urgentes de la nation. »

Relations internationales

PHOTO SAUL LOEB, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Joe Biden promet un virage à 180 degrés des relations internationales américaines, tournant le dos aux politiques de Donald Trump qui se plaisait à frayer avec les dirigeants autoritaires de ce monde, comme Kim Jong-un, leader de la Corée du Nord (ici en 2018).

L’arrivée de Joe Biden promet de calmer les eaux laissées troubles par Trump pour ce qui est de la place des États-Unis dans le monde : contrairement à son prédécesseur, Biden a dit qu’il voulait voir les États-Unis adopter un rôle de leader dans divers domaines, dont la lutte contre les changements climatiques, la défense des droits de la personne, l’aide humanitaire et la promulgation de la démocratie, notamment. « L’histoire d’amour » de Trump avec les chefs autoritaires dans le monde, comme Biden l’a nommée, est terminée. Biden veut que les États-Unis réintègrent l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dès son premier jour à la Maison-Blanche, et compte organiser un « Sommet pour la démocratie », un évènement visant à contrer la montée en puissance des régimes d’extrême droite dans le monde. Réussira-t-il à redorer l’image internationale des États-Unis ternie par Trump ? Le plus difficile sera sans doute de rassurer les alliés occidentaux inquiets d’un éventuel retour en force de républicains isolationnistes et antidémocratiques à la Maison-Blanche et au Congrès dans quatre ou huit ans.

Annuler les baisses d’impôt

PHOTO ANDREW KELLY, ARCHIVES REUTERS

Le New York Stock Exchange, à Manhattan

Dès le premier jour de sa présidence, Biden a promis d’augmenter l’impôt sur le revenu des entreprises à 28 % – une hausse de 7 points par rapport au taux actuel de 21 %, établi lors des dernières réductions d’impôts menées par les républicains en 2017. « Les milliardaires ne seront plus capables de déjouer le système dans une administration Biden », a dit Joe Biden après les élections. De façon générale, le plan de taxation de Biden, qui devra être adopté par le Sénat, promet de ne pas augmenter les impôts des familles gagnant moins de 400 000 $ US par année. Joe Biden a aussi dit récemment vouloir envoyer une aide financière musclée aux familles affectées par la crise de la COVID-19. Le plan de Joe Biden aurait été difficile à faire adopter par un Sénat contrôlé par les républicains, mais les élections complémentaires en Géorgie au début janvier ont permis aux démocrates d’obtenir la majorité à la chambre haute, ce qui devrait leur laisser la voie libre pour implanter les politiques qu’ils désirent.

Département de la Justice

PHOTO KEVIN LAMARQUE, REUTERS

Merrick Garland, procureur général désigné

Le nouveau procureur général, l’ex-juge Merrick Garland, a promis de travailler pour le peuple américain. C’était un désaveu de son prédécesseur, Bill Barr, accusé d’avoir mis les intérêts du président Trump au-devant de ceux de la justice. Dans les premiers jours d’une administration Biden, Merrick Garland devra décider de poursuivre ou non des acteurs clés de l’administration Trump. Le dossier de l’invasion du Capitole par des partisans de Trump, le 6 janvier, sera aussi sur son bureau. Lorsqu’il a présenté Garland à la presse, le 7 janvier, Biden a rappelé que le département de la Justice avait été créé « pour combattre le KKK, combattre le terrorisme intérieur », un esprit qui doit à nouveau animer le département dont la mission sera de promulguer une justice égale pour tous, a dit M. Biden.

Refonte de l’immigration

PHOTO GUILLERMO ARIAS, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Un groupe de migrants provenant d’Amérique centrale se rend à des agents américains après avoir franchi la frontière qui sépare les États-Unis du Mexique, en décembre 2018.

Joe Biden s’est engagé, dès son premier jour à la Maison-Blanche, à présenter une réforme de l’immigration visant à établir un processus pour régulariser la situation des 11 millions de migrants vivant aux États-Unis. Le président désigné promet aussi de mettre sur pied un groupe de travail pour réunir les plus de 600 enfants séparés de force de leur famille à la frontière mexicaine sous l’administration Trump, politique qui avait suscité un tollé à l’été 2018. L’administration Biden veut également réduire le nombre de personnes migrantes détenues dans des centres de détention privés et éventuellement mettre fin à l’utilisation de tels centres, une pratique qui avait explosé sous l’administration Trump.

Tensions raciales

PHOTO EVAN VUCCI, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Des manifestations ont éclaté dans plusieurs grandes villes américaines après la mort de George Floyd aux mains de policiers blancs, le 25 mai 2020.

La mort de George Floyd aux mains de policiers blancs a provoqué un cri du cœur de la communauté noire aux États-Unis. Joe Biden n’y a pas été insensible : il a promis de mettre sur pied une Commission nationale de contrôle de la police dans les 100 premiers jours de son administration, en plus de s’engager à investir 300 millions dans des initiatives de police communautaire. Joe Biden a aussi placé la diversité au cœur de son cabinet : pour la première fois, une majorité des 12 femmes et 12 hommes qui le composent sont des personnes issues de minorités visibles. Le cabinet « compte plus d’une douzaine de nominations historiques, dont la première femme secrétaire au Trésor, le premier secrétaire à la défense afro-américain, le premier membre du cabinet ouvertement homosexuel, et le premier secrétaire du cabinet issu des Premières Nations », a déclaré le président désigné la semaine dernière.