L’attaque mortelle contre les élus du Capitole la semaine dernière pourrait n’avoir été qu’un préambule aux actions violentes prévues dans les prochains jours par des militants pro-Tump.

Nicolas Bérubé Nicolas Bérubé
La Presse

Une note du FBI obtenue lundi par ABC News signale que « des manifestations armées sont prévues dans les 50 capitales d’État du 16 janvier au 20 janvier, et au Capitole américain du 17 janvier au 20 janvier ».

Sur des plateformes en ligne comme TheDonald.win et Telegram, plus actives que jamais depuis l’attaque du 6 janvier, des militants d’extrême droite disent rechercher la violence.

« Ronde 2 le 20 janvier. Cette fois pas de pitié. Je ne veux même pas garder Trump au pouvoir. Je veux la guerre », a écrit un utilisateur anonyme sur le forum TheDonald.win.

Pour la Dre Bandy X. Lee, auteure et psychiatre légiste à l’Université Yale, le fait que le président et ses alliés républicains répètent depuis des mois le mensonge voulant que l’élection ait été truquée a créé une situation sans précédent aux États-Unis.

« C’est comme la pandémie : une fois que le virus s’est propagé sans contrôle, c’est difficile d’intervenir, dit-elle en entrevue téléphonique. Même aujourd’hui, je ne suis pas certaine que tous nos élus comprennent la gravité de la situation. »

« Trump plus dangereux que jamais »

La Dre Lee et ses collègues répètent depuis des années que Trump montre des signes de dangerosité psychologique et d’incapacité mentale, et qu’il répand cette dangerosité psychologique chez ses partisans.

En novembre, la Dre Lee confiait à La Presse que « Donald Trump est maintenant plus dangereux que jamais » en raison de son incapacité, et de celle de ses partisans, à accepter la défaite électorale.

Interrogée par La Presse lundi, la Dre Lee, qui est l’auteure du best-seller The Dangerous Case of Donald Trump, a dit ne prendre aucun plaisir à avoir relevé correctement le danger posé par Trump.

« Ça ne me rend pas heureuse… Si j’ai pris une position aussi ferme et aussi publique contre Trump — ce qui ne m’était jamais arrivé avant dans ma carrière —, c’est que j’ai entrevu depuis le premier jour, avec plusieurs collègues, que l’on pourrait en venir à vivre ce que l’on vit maintenant », a dit la Dre Lee.

Le Pentagone a indiqué lundi avoir autorisé le déploiement de 15 000 soldats de la Garde nationale à Washington pour la cérémonie d’investiture du président désigné Joe Biden le 20 janvier, afin d’éviter de nouvelles violences après l’assaut sur le Capitole.

Michael LaBossiere, auteur et spécialiste des théories du savoir à la Florida A&M University, note que les partisans les plus extrêmes de Trump embrassent également la mouvance complotiste QAnon.

Ils pensent que Trump est le sauveur qui vaincra un culte pervers contrôlant l’État. D’autres adoptent un extrémisme plus traditionnel, comme le fascisme. Ces croyances extrêmes ont tendance à conduire à des actions extrêmes.

Michael LaBossiere, spécialiste des théories du savoir à la Florida A&M University, en entrevue avec La Presse

Les supporters de Trump, dit-il, croient qu’ils ont la « permission » du président pour embrasser des méthodes violentes.

« À quelques exceptions près, ils ont réussi ces actions et sont donc encouragés à continuer. »

Attaque secondaire

Vendredi dernier, le réseau social Twitter a cité la préparation active d’une autre attaque comme motif justifiant la suspension permanente du compte de Donald Trump.

« Les plans de futures manifestations armées ont déjà commencé à proliférer sur et hors de Twitter », a déclaré l’entreprise.

Plus précisément, des partisans promettent de s’opposer à la prestation de serment de Joe Biden, et aussi de faire « justice » à Ashli Babbitt, émeutière et vétérane de l’Air Force tuée par la police à l’intérieur du Capitole mercredi dernier.

Megan Squire, professeure d’informatique à l’Université Elon et chercheuse principale au Southern Poverty Law Center, croit que le fait que Donald Trump ait annoncé qu’il ne serait pas présent à la prestation de serment le 20 janvier fait en sorte que Joe Biden devient de facto le centre d’attention des militants d’extrême droite.

Le 6 janvier, leur énergie était concentrée sur le Congrès. Le 20, leur énergie sera concentrée sur Biden. C’est inquiétant, d’autant plus qu’ils n’ont ni remords ni honte [pour ce qui s’est produit au Capitole]. Pour le moment, ça ne se présente pas bien.

Megan Squire, professeure d’informatique à l’Université Elon, à ABC News

Dimanche, Barry R. McCaffrey, général à la retraite qui a travaillé à la Maison-Blanche sous Bill Clinton, a dit que la prestation de serment de Joe Biden et de Kamala Harris ne devrait pas, selon lui, avoir lieu sur les marches du Capitole, même si l’équipe de Joe Biden a annoncé qu’elle n’entendait pas modifier ses plans.

« Compte tenu de la menace, la cérémonie devrait être déplacée dans un endroit plus protégé comme le dôme du Capitole, a écrit McCaffrey sur Twitter. Ce n’est PAS un signe de faiblesse. J’ai vu beaucoup de combats. Je suis toujours en vie, car je réagis immédiatement aux signes de danger. »

Pour la Dre Lee, le seul soulagement des derniers jours a été de voir Trump perdre son porte-voix sur Twitter.

« Il ne sera pas capable d’inciter aussi facilement à la violence, dit-elle. Mais il est sans doute hors de lui actuellement, il veut rejoindre ses partisans. Il doit maintenir le contact s’il veut continuer d’avoir une influence sur eux. »

– Avec l’Agence France-Presse