(Washington) Joe Biden a promis qu’avec lui, les États-Unis seraient à nouveau prêts à guider le monde mais l’acte final de son prédécesseur, qui a incité ses partisans à aller manifester devant un Congrès qu’ils ont ensuite envahi, va le hanter sur la scène internationale.

Shaun TANDON
Agence France-Presse

Pour de nombreux élus et experts, le président désigné, qui est connu pour son intérêt pour la politique étrangère, va devoir se focaliser sur la situation intérieure aux États-Unis, où des millions de personnes ont été persuadées par Donald Trump que les élections ont été truquées.

Pour Elissa Slotkin, une ancienne analyste de la CIA qui siège aujourd’hui à la Chambre des représentants, la priorité n’est plus la lutte contre le terrorisme. « L’après 11-Septembre, c’est fini », dit-elle. « La première menace de sécurité nationale aujourd’hui, ce sont nos divisions internes ».

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La représentante démocrate Elissa Slotkin

« Si nous ne reconnectons pas nos deux Amériques, les menaces n’auront pas besoin de venir de l’extérieur », ajoute l’élue démocrate.

M. Biden a promis d’organiser au cours de la première année de son mandat un « sommet des démocraties » pour montrer que le multilatéralisme est de retour et en finir avec l’isolationnisme des années Trump.

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Le président désigné Joe Biden va entrer en fonction le 20 janvier.

La tenue de ce sommet à Washington risque d’avoir une résonance particulière après l’assaut lancé par des milliers de manifestants pro-Trump contre le Capitole, temple de la démocratie américaine, pour interrompre un vote certifiant la victoire électorale du démocrate.

Les violences, qui ont fait cinq morts, ont choqué les pays démocratiques, tandis que les régimes autoritaires criaient à l’hypocrisie des États-Unis.

« Le gouvernement a été discrédité ici, mais aussi à l’étranger où les États-Unis jouent un rôle de meneur dans la promotion du respect des lois et de la démocratie », estime Sarah Margon, du centre de recherche progressiste Open Society Foundations.

« Donc ce qui s’est passé rapproche encore plus étroitement la politique intérieure et la diplomatie », ajoute-t-elle, notant que les dirigeants étrangers vont suivre de près les mesures prises par l’administration de Joe Biden contre les auteurs des violences.

« La démocratie, ça se défend »

Le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, a rejeté les « calomnies » de ceux qui ont comparé les États-Unis à une « république bananière », soulignant que les assaillants ont été dispersés et que le travail des élus a repris.

Dans un communiqué largement partagé par les diplomates américains, l’ambassadrice des États-Unis en Ouganda, Natalie Brown, a jugé inévitable que certains « doutent du droit des États-Unis à parler de démocratie dans le reste du monde ».

« Mais quand nous dénonçons les violations des droits de l'homme, nous ne le faisons pas parce que ces violations ne se produisent pas aux États-Unis. Quand nous parlons de liberté de la presse, nous ne le faisons pas parce que les journalistes américains ne sont pas harcelés. Quand nous plaidons pour l’indépendance de la justice, nous ne le faisons pas parce que les juges américains échappent à toute influence », a-t-elle écrit.

« Au contraire. Nous le faisons parce que nous sommes conscients du travail qui reste à faire dans l’expérience démocratique américaine et parce que notre Histoire nous enseigne que pour qu’elle dure, la démocratie, ça se défend. »

Les pays souvent critiqués par les États-Unis pour leur traitement des droits de la personne n’ont pas attendu pour réagir.

Le président du Zimbabwe, Emmerson Mnangagwa, a appelé jeudi à la fin des sanctions prolongées l’an dernier par Donald Trump, notant que « les évènements d’hier ont montré que les États-Unis n’ont aucun droit moral de punir une autre nation sous couvert de faire respecter la démocratie ».

Au Venezuela, où Washington ne reconnaît pas la légitimité du président socialiste Nicolas Maduro, le gouvernement a condamné les divisions politiques aux États-Unis, exprimant l’espoir que les Américains « puissent ouvrir une nouvelle voie vers la stabilité et la justice ».

« Introspection »

L’International Crisis Group, un centre de réflexion spécialisé dans la prévention des conflits qui s’est rarement intéressé à la politique américaine, a prévenu que le risque de violences restait élevé.

« Les États-Unis sont aujourd’hui un pays où des millions de personnes sont convaincues que le nouveau président n’a pas été élu de façon légitime », note l’ICG. « Beaucoup trop d’entre eux sont armés et apparemment déterminés à recourir à des mesures extrêmes pour prévaloir ».

« Il est grand temps pour les États-Unis, qui ont passé des décennies à dire aux autres pays ce qu’ils devaient faire pour régler leurs problèmes, de faire un travail d’introspection », a conclu le centre de recherche.