Après le Canada mercredi, les États-Unis ont accordé vendredi une autorisation d’urgence pour le vaccin contre la COVID-19 de Pfizer-BioNTech, devenant ainsi le sixième pays au monde à le faire. Les premiers vaccins seront administrés dans « moins de 24 heures », a affirmé le président Donald Trump.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« C’est une étape importante dans la lutte contre cette pandémie dévastatrice qui a affecté tant de familles aux États-Unis et dans le monde », a déclaré dans un communiqué le commissaire de la Food and Drug Association (FDA), Stephen M. Hahn, en précisant que l’annonce était le résultat d’un « processus d’examen ouvert » encadré par plusieurs experts.

M. Hahn affirme que ce vaccin « répond aux normes scientifiques » de la FDA en matière de sécurité, d’efficacité et de qualité. « Le travail inlassable pour développer un nouveau vaccin pour prévenir cette maladie nouvelle, grave et potentiellement mortelle dans un délai accéléré, après son émergence, est un véritable témoignage de l’innovation scientifique et de la collaboration public-privé », ajoute-t-il.

Dans une vidéo diffusée sur Twitter, le président Donald Trump a affirmé que les premiers vaccins seraient administrés aux États-Unis « dans moins de 24 heures », en qualifiant cette homologation officielle de « miracle médical ». « Ça va sauver des millions de vie et bientôt, ça mettra un terme à cette pandémie une fois pour toutes », a martelé le républicain, en parlant d’un prochain « retour à la vie normale ».

Environ trois millions de doses seront expédiées par Pfizer directement aux hôpitaux, pharmacies et sites désignés par chacun des États et quelques grandes villes. Washington a réservé trois autres millions de doses pour les envoyer trois semaines plus tard, moment où le rappel du vaccin doit être injecté.

Ces vaccins sont également très sûrs. Les citoyens américains ont participé à des essais cliniques qui étaient beaucoup plus importants que la normale, et n’ont pas eu d’effets secondaires graves.

Donald Trump, président des États-Unis

Au-delà de sa forte portée symbolique, cette annonce signifie que les Américains amorceront à leur tour une vaste de campagne de vaccination, d’abord axée sur les plus vulnérables. L’opération requiert une logistique immense. Les gouverneurs de chaque État auront le dernier mot, mais Washington souhaite donner la priorité aux aînés, aux travailleurs du réseau de la santé ainsi qu’aux premiers répondants. Des investissements de 14 milliards ont déjà été faits pour accélérer le développement et la distribution du vaccin, qui sera gratuit pour tous.

Plus de 292 000 personnes ont succombé au virus aux États-Unis à ce jour. En outre, plus de 15,6 millions de personnes ont été infectées. Cela en fait le pays le plus touché au monde.

Jusqu’ici, cinq autres États ont déjà autorisé le même vaccin, qu’on dit efficace à 95 %. En plus du Canada, il s’agit du Royaume-Uni – qui est d’ailleurs le premier pays au monde à avoir lancé sa campagne de vaccination –, du royaume du Bahreïn, de l’Arabie saoudite et du Mexique.

Sous haute tension

Cette annonce survient dans un contexte de haute tension politique aux États-Unis. Plus tôt, vendredi, la Maison-Blanche a en effet sommé le chef de l’agence américaine chargée d’approuver les médicaments (FDA) d’autoriser le vaccin le jour même, ou bien de démissionner.

La décision de la FDA était attendue d’ici le week-end, mais le président Donald Trump a lui-même tweeté en matinée que la l’organisation était une « grosse tortue lente ». « Sortez le fichu vaccin MAINTENANT », a écrit le président sortant, qui refuse toujours de reconnaître sa défaite à la présidentielle, par ailleurs.

Selon le Washington Post, c’est le chef de cabinet de Donald Trump, Mark Meadows, qui a directement demandé à Stephen Hahn de finaliser le processus vendredi ou de donner sa démission. Le New York Times, de son côté, rapporte qu’il lui aurait conseillé de refaire son CV si l’autorisation n’était pas donnée vendredi.

Comme c’est le cas pour plusieurs autres organisations de santé publique dans le monde, l’autorisation délivrée par la FDA pour ce vaccin est l’une des plus rapides de son histoire : à peine trois semaines se sont écoulées depuis le dépôt par les fabricants de leur demande.

« Nous allons travailler avec Pfizer sur la distribution [du vaccin] et nous pourrions donc voir des personnes vaccinées lundi ou mardi la semaine prochaine », avait dit plus tôt le secrétaire à la Santé Alex Azar, sur les ondes de la chaîne ABC News.

En plus des 100 millions de doses précommandées à Pfizer, les États-Unis ont commandé 100 millions de doses supplémentaires du vaccin de Moderna. L’entreprise Johnson & Johnson prévoit quant à elle la fin de ses essais cliniques au début de janvier. On saura alors si ceux-ci sont concluants. Au Mexique, la vaccination doit commencer à la fin décembre, avec un premier lot de 250 000 doses pour l’administration du produit, en deux fois, et ce à 125 000 personnes.

— Avec l’Agence France-Presse